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Brexit : Boris Johnson démissionne à son tour

Revue de presse 10.07.2018

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a présenté lundi 9 juillet sa démission, à la suite de nombreux désaccords avec Theresa May sur la future relation du Royaume-Uni avec l'UE. Cette annonce est intervenue au lendemain du départ du ministre chargé du Brexit, David Davis. Une question se pose désormais : tourmente ou libération pour Theresa May ?

Boris Johnson, l'ex-ministre des Affaires étrangères britannique

Boris Johnson, l'ex-ministre des Affaires étrangères britannique. Photo : Profil Facebook officiel.

"Les spéculations allaient bon train depuis la démission du ministre en charge du Brexit, David Davis [le 8 juillet] : dautres Brexitersvont-ils suivre ?”, s'interrogeait l’hebdomadaire britannique New Statesman [Courrier international]. Et bien la réponse est oui ! Selon Le Monde, "le départ presque conjoint de MM. Davis et Johnson débarrasse Theresa May des fondamentalistes du Brexit". Il faut dire que les deux ministres  "n’avaient cessé de défier Theresa May et de menacer de claquer la porte, sans jamais passer à l’acte jusqu’à présent". C'est finalement le virage de Theresa May en faveur du maintien de "liens étroits" entre le Royaume-Uni et l’UE qui "a précipité les deux hard brexiters hors du navire gouvernemental".

Selon les deux hommes, la Première ministre britannique n'aurait pas tenu ses promesses. Il est vrai que quand "Theresa May s'était hissée à la tête du pays pour mener à bien la tâche la plus complexe entreprise depuis la Seconde Guerre mondiale", le Brexit voulait dire Brexit et c'est ce qu'elle "promettait doctement aux électeurs, dont elle assurait avoir entendu la colère", rappelle Le Figaro.

Le départ de Boris Johnson, un poids en moins pour Theresa May ?

A la suite de sa démission,  Boris Johnson a affirmé que la nouvelle position de Theresa May en faveur du maintien d'étroites relations économiques avec l'UE allait "vraiment" conduire le Royaume-Uni "vers le statut de colonie de l'UE" [Le Progrès]. Selon lui, le Brexit serait un "rêve en train de mourir, étouffé par un déficit injustifié de confiance en nous" [Challenges]. Par conséquent, "défendre le plan de Mme May revenait à cirer une crotte", c'est pourquoi il a préféré tenter sa chance contre le gouvernement [Le Monde].

Le journal l'affirme, "l’arithmétique est à présent simple : pour obtenir un vote de défiance contre Theresa May, 15 % des députés tories – soit 48 d’entre eux – doivent le demander par écrit". Cette option reste dangereuse étant donné que les "ultra Brexiters ne disposent pas d’un plan alternatif clair". Ils prônent une "Grande-Bretagne mondiale, construite autour d’une déréglementation sociale et fiscale poussée" mais cette option reste "impopulaire", d'autant que "les promesses d’accord de libre-échange avec l’Asie et l’Amérique" sont très aléatoires. De plus, Woody Johnson, "l’ambassadeur des Etats-Unis à Londres a vertement douché leurs espoirs d’un rapide accord économique" : le "deal est en suspens", a-t-il déclaré.

Difficiles négociations à venir pour Theresa May

Pour Florent Collomp, correspondant à Londres pour Le Figaro, ces démissions sont le signal d'un "retour à la case départ - à 262 jours de la sortie effective de l'Union européenne". "Deux ans après le référendum, tout reste possible", confirme le journaliste : "les négociations sont au milieu du gué".

Le Point porte quant à lui un regard plus critique sur la situation, qui serait due à "l'incapacité du gouvernement britannique à dépasser une posture à la fois dogmatique et erratique pour définir une position sur les futures relations avec l'Europe". Selon le journal, Theresa May aurait en effet "consacré plus de temps à essayer de trouver un compromis au sein de son gouvernement qu'à faire avancer les négociations avec Bruxelles".

Enfin, selon Challenges, "Theresa May s’est inclinée" et aurait abandonné l'option d'un hard Brexit "sous la pression des industriels", que cette perspective paniquait. Le Figaro complète et affirme que les "milieux d'affaires ne se cachent plus pour mettre en garde sur les menaces d'une sortie désordonnée de l'Union". Ainsi, le "lobbying des Airbus, Siemens, BMW, Honda, Jaguar et autres responsables du secteur industriel a payé", assène Challenges.

La position du "wait and see" à Bruxelles

Les négociateurs bruxellois se gardent, pour leur part, bien de faire des commentaires sur la situation britannique. Selon une source européenne reprise par Les Echos, "rien ne change, le processus continue" sachant que le départ de David Davis "ne changera pas fondamentalement la donne des négociations tant il était déjà marginalisé dans les discussions".

"Tout commentaire officiel attendra la transmission en bonne et due forme, espérée jeudi" 12 juillet, des propositions britanniques pour la reprise des négociations, informe le journal. Cependant, la volonté de Theresa May de "picorer dans le marché unique" en fonction des "intérêts de l'économie britannique" ne permet pas à l'UE "d'accepter [l'accord] en l'état". Il serait en effet trop dangereux de donner des "idées aux contributeurs nets de l'UE, comme l'Autriche et les Pays-Bas, ou d'inciter des partenaires comme la Norvège ou la Suisse à renégocier leurs propres accords bilatéraux" [Les Echos].