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Bosnie et Moldavie dans l’UE : ça s’en va et ça revient !

Actualité 27.02.2015

A l’heure où la Bosnie-Herzégovine reprend le chemin vers une possible adhésion à l’UE, la Moldavie serait sur le point de basculer sous influence russe. Le 18 février, en Moldavie, les communistes pro-russes arrivaient aux portes du gouvernement. Une semaine plus tard à Sarajevo, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, se félicitait de la déclaration pro-UE adoptée à l’unanimité par le Parlement bosnien. Deux directions opposées pour ces pays voisins à l’Est de l’Europe.

(c) SEAE

La Bosnie sur la voie de l’UE ?

Lundi 23 février, le Parlement bosnien a adopté à l’unanimité une déclaration qui prévoit la mise en oeuvre de réformes économiques et sociales en vue d’un rapprochement avec l’UE. Présente dans l’hémicycle lors du vote à Sarajevo, la haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a salué une "décision historique, prise au nom de ceux, nombreux, en Bosnie-Herzégovine, qui veulent que le pays avance vers l'Union européenne". 

En déplacement à Sarajevo pour la deuxième fois depuis décembre dernier, la chef de la diplomatie européenne a également invité les autorités locales à "se concentrer maintenant sur des mesures concrètes". Mme Mogherini a listé les principales réformes nécessaires pour permettre une éventuelle adhésion à l’UE : la lutte contre le chômage, qui touche 60% des jeunes bosniens ; le développement d’un climat d’affaires basé sur la confiance et propice aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux autorités ; la création d’une économie de marché viable ; le renforcement de l’Etat de droit ; ou encore, une réforme de l’administration publique afin qu’elle soit plus efficace à tous les niveaux. 

Cette nouvelle approche de l’UE s’appuie sur la proposition germano-britannique de fin 2014. A l’occasion d’une conférence à Berlin sur les Balkans occidentaux, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et son homologue britannique Philipp Hammond ont proposé de "réactiver le processus de rapprochement de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine". Dans une tribune commune et dans une "lettre ouverte" aux habitants de Bosnie-Herzégovine, les deux ministres appelaient les dirigeants politiques de Sarajevo à s’engager par écrit à "préparer les institutions de leur pays à tous les niveaux en vue d’une coopération efficace avec l’Union européenne".

L’initiative de Federica Mogherini suit donc la voie déjà tracée fin 2014. Bruxelles demande à la Bosnie-Herzégovine de réaliser les réformes sociales et économiques mentionnées et de mettre en place un Mécanisme de coordination. Des points requis afin que Sarajevo puisse demander le statut de pays candidat à l’UE avant 2018. Depuis plusieurs années, ce processus est au point mort et cela à cause des désaccords entre les trois communautés qui composent la Bosnie-Herzégovine : les Serbes, les Croates et les Bosniaques. Vingt ans après la fin du conflit (1992-95) et la signature des Accords de Dayton, ce pays de l’Europe sud-orientale demeure figé dans une architecture constitutionnelle complexe, qu’il peine à réformer. Aujourd’hui, l’UE demande aux autorités de Sarajevo de mettre de côté le chantier constitutionnel qui n’avance pas et de se concentrer sur les dossiers économiques et sociaux. Mais ce qui reste à prouver, ce sont les futures actions du gouvernement bosnien qui suivront cette déclaration d’intentions.  

La Moldavie, entre Europe et Russie

Si d’un côté la Bosnie-Herzégovine a repris son chemin européen, de l’autre, la Moldavie semblerait s’éloigner de Bruxelles. Mercredi 18 février, plus de deux mois après les législatives du 30 novembre dernier, ce petit pays situé entre l’Ukraine et la Roumanie s’est enfin doté d’un gouvernement. Et alors que le front pro-européen avait remporté les élections face aux socialistes et aux communistes pro-russes, cette fois-ci, seul un compromis avec le Parti communiste de Moldavie a permis aux libéraux-démocrates de gagner le pouvoir. Avec 60 votes sur l’ensemble des 101 membres du Parlement de Chisinau, l’entrepreneur de 38 ans Chiril Gaburici a été nommé Premier ministre. Trois partis le soutiennent : le parti libéral-démocrate (sa formation politique), le parti démocrate et les communistes. Quant aux deux autres partis qui siègent au Parlement, les libéraux et les socialistes, eux ont voté contre.

M. Gaburici prend ainsi la place de l’ex-Premier ministre Iurie Leanca, dont la candidature a été rejetée le 12 février par les députés. Le libéral-démocrate Iurie Leanca, contraire à la formation d’un gouvernement de coalition avec les communistes, a déclaré ne pas avoir voté en faveur de son successeur, pourtant du même parti. "L’élection d’un gouvernement minoritaire est une preuve d’irresponsabilité", a affirmé M. Leanca, pour qui le pays perd aujourd’hui de sa crédibilité sur le plan international. De son côté, M. Gaburici a assuré durant sa campagne électorale qu’il continuera le processus de rapprochement de l’Union européenne mené par son prédécesseur. L’allié communiste, lui, n’a pas obtenu de portefeuille au gouvernement. La ligne pro-européenne va-t-elle continuer ? A l’heure où la rivalité entre l’UE et la Russie atteint son "climax", ce pays de quelque 3,5 millions d’habitants risque de payer en termes d’instabilité politique sa position frontalière…