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Birmanie : Quelles sanctions européennes pour 2011 ?

Actualité 13.04.2011

Le 12 avril 2011, les pays de l’Union européenne ont renouvelé leur position commune sur la Birmanie. Pour la première fois depuis la mise en place des sanctions contre le pays, celles-ci ne sont pas renforcées mais allégées.

En 1988, les soulèvements populaires réprimés dans le sang par le régime militaire birman ont poussé l'Union européenne à instaurer une série de mesures à l’encontre de la junte, dont un embargo sur les armes et l'arrêt de toute aide au développement. Prenant le nom de "Position commune européenne" en 1996, ces mesures ont acquis un statut officiel au sein de la politique étrangère conjointe de l'Union.  Désormais, chaque année au mois d'avril, les ministres des Affaires étrangères se réunissent pour réviser leur position en fonction des évolutions dans le pays.

Et ces évolutions ont été nombreuses en 2010. Des élections générales en novembre dernier ont amené au pouvoir un gouvernement civil présidé par Thein Sein, tandis qu'Aung San Suu Kyi, la célèbre opposante au régime, a été libérée peu de temps après.

"Encourager les améliorations"

"Nous avons pris connaissance des changements qu'il y a eu récemment en Birmanie au niveau du gouvernement et nous allons maintenant juger ce nouveau gouvernement sur ses actes", a ainsi déclaré David Lipman, ambassadeur de l'Union Européenne en Birmanie.

Pour les pays européens anti-sanctions, parmi lesquels la France, l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie et l'Espagne, les récents évènements justifient un relâchement de la pression à l'encontre de la junte. C'est également la position de l'Union européenne depuis mardi, qui dans une communiqué, a assuré souhaiter "encourager et répondre aux améliorations" de la situation dans le pays.

Néanmoins la position des pays pro-sanctions, comme le Royaume-Uni, la République Tchèque, les Pays-Bas, l’Irlande et le Danemark, n'a pas été complètement abandonnée et l'allègement des sanctions reste minime. Nombreux sont ceux en effet qui restent très critiques vis-à-vis du régime.

Ils qualifient de fantoche le parti de la junte militaire, le Parti pour la solidarité et le développement de l’Union (USDP). De plus, le tout nouveau Premier ministre, Thein Sein, est un proche de l’ancien chef de la junte militaire Than Shwe.

L'USPD a remporté 260 des 330 sièges de la Chambre basse, et 129 des 185 sièges de la Chambre haute. Avec 25% des sièges réservés aux militaires, l’USDP et l’armée contrôlent à eux deux 84% et 83% des deux assemblées "démocratiquement" élues.

A l'occasion des élections, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, avait regretté que "les autorités [birmanes] ne prennent pas les mesures nécessaires pour des élections libres et justes".

Et la libération d'Aung San Suu Kyi n'a pu faire oublier qu'elle a été empêchée de se présenter aux élections, ni que son parti a été forcé à la dissolution. En janvier 2011, Aung San Suu Kyi a d'ailleurs appelé au maintien des sanctions internationales et européennes, accusant plutôt le "capitalisme de connivence" et" l'incompétence économique" de la junte comme étant la cause principale du désastreux niveau de vie de la population.

Des sanctions allégées mais maintenues

Au niveau économique, les sanctions restent donc les mêmes pour le moment. Les diverses interdictions en matière d'investissement ou d'importations européennes d'armes, de bois, métaux, minerais et pierres précieuses sont également prolongées (elles continuent d’exclure le pétrole et le gaz, notamment sous la pression de la France). L'embargo sur les armes est maintenu et l'aide au développement reste suspendue.

Les gels d'avoirs sont reconduits pour une année supplémentaire, de même que l'interdiction des visas d'entrée en Europe. Néanmoins, cette interdiction est levée pour les membres civils du nouveau gouvernement birman (soit un tiers environ). Les pays européens souhaitent également reprendre les "visites de haut niveau" dans le pays.

L'Union européenne a donc choisi une voie alternative, entre maintien et allégement des sanctions. Cette nouvelle position commune ne tranche toujours pas le débat récurrent sur l'efficacité des sanctions et a de fortes chances de ne satisfaire aucun des protagonistes, pro- ou anti-sanctions.