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Biographie du "caméléon"

Actualité 16.09.2009

Le "caméléon", c'est ainsi que ses adversaires surnomment l'actuel président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso. Les décisions de son premier mandat auront en effet été prises de manière, semble-t-il, à s'accorder aux volontés de tous les Etats membres, quitte pour beaucoup à manquer de courage politique. Quant au programme de son nouveau mandat, tous les partis sembleraient y trouver leur compte.

Du maoïsme au libéralisme économique

Faut-il voir également dans la biographie du Portugais une certaine ambivalence ? Né le 23 mars 1956 à Lisbonne, M. Barroso à évolué du maoïsme vers la droite libérale, en passant par la social-démocratie.

Seul candidat à sa propre succession, José Manuel Durão Barroso a été approuvé le 16 septembre par le Parlement européen pour un second mandat de 5 ans à la tête de la Commission européenne. Sur les 718 députés présents, 382 ont voté pour, 219 contre, et 117 se sont abstenus. En avril 1974, à la fin de la dictature de Salazar et alors qu'il entame une carrière universitaire à Lisbonne, il s'engage en effet dans le parti d'opposition maoïste, le Mouvement pour la Réorganisation du Parti du Prolétariat (MRPP), dont il devient le président du mouvement étudiant.

Devenu professeur à Lisbonne, Genève et Washington, son véritable parcours politique débute en 1980, lorsqu'il devient membre du parti social démocrate (PSD), dont il est élu président, puis député, enfin secrétaire d'Etat et ministre des Affaires étrangères de 1991 à 1995. Il organise alors l'autodétermination du Timor oriental et la mise en place du processus de paix en Angola, deux anciennes colonies portugaises. C'est à cette époque qu'il devient également vice-président du Parti populaire européen (PPE).

A la tête de la coalition Parti populaire démocrate/Parti social-démocrate (PPD/PSD), il remporte les élections législatives de 2002 et devient Premier ministre du Portugal jusqu'au 23 novembre 2004, date à laquelle il est nommé à la tête de la Commission européenne, faute d'accord entre les Etats-membres sur les candidats déclarés, tels le belge Guy Verhofstadt, jugé trop fédéraliste par les Britanniques, et le conservateur britannique Chris Patten, refusé par le couple franco-allemand. José Manuel Barroso, soutenu par Londres, émergea donc sur le devant de la scène et fut accepté tant par les 25 Etats membres de l'époque que par le Parlement européen, avec 413 voix sur 711.

 

Consensuel... ou détesté

Les mesures mises en place à partir de 2004 par le Président de la Commission reflètent alors son attachement au libéralisme économique, comme le reproche aujourd'hui la députée verte Sandrine Bélier. Mais les adversaires de M. Barroso critiquent également son manque de courage politique et sa "soumission" au Conseil de l'Union européenne, donc aux décisions des Etats membres de l'Union. "Il est le plus petit dénominateur commun ; il séduit parcequ'il ne dérange pas", dénoncent ainsi en chœur les députés européens Daniel Cohn-Bendit et Sylvie Goulard aujourd'hui dans Le Monde.


Pour le Portugais Luis Manuel Capoulas Santos, "M. Barroso a essayé de contenter tout le monde en reprenant les idées des différents groupes politiques". La Française Pervenche Berès, par ailleurs interrogée par Touteleurope, déclare aujourd'hui dans Le Monde : "La réalité, c'est que son programme mais aussi son bilan font de lui un homme du passé". Même critique concernant le programme exigé par les Etats membres, au premier rang desquels la France et l'Allemagne, que le candidat a présenté le 3 septembre aux eurodéputés. "Quand il parle aux socialistes, il est socialiste. Quand il parle aux libéraux, il est libéral. Il dit aux gens ce qu'ils veulent entendre", a ainsi déclaré le président du groupe S&D au Parlement européen, Martin Schulz.

Mais, seul candidat en lice, soutenu par tous les Etats membres et par le parti majoritaire au Parlement, le Parti populaire européen (PPE), M. Barroso a finalement été réélu pour un second mandat, à 382 voix pour, 219 contre et 117 abstentions. "On peut laisser supposer qu'il n'aura pas les coudées franches par rapport au Conseil et qu'il manquera de pouvoir", déclarait le député PPE Jean-Marie Cavada sur notre site. Espérons qu'il se trompe.

 

 

Sources :

 

"La réélection sans débat du président de la Commission, une menace pour l'Europe sociale et écologique", par Daniel Cohn-Bendit et Sylvie Goulard - Le Monde du 16 Septembre 2009, p. 19

"M. Barroso n'est pas celui dont les Européens ont besoin", par Pervenche Bérès - Le Monde du 16 Septembre 2009, p. 19

Site Internet du président de la Commission européenne - Commission européenne