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[Bilan 2016 : épisode 3] Crise des réfugiés, l'Europe toujours démunie

Actualité 28.12.2016

Brexit, terrorisme, immigration, commerce, populismes : du 26 au 30 décembre, Toute l'Europe dresse le bilan de l'année 2016.

 

Aujourd'hui, retour sur la crise des réfugiés et sa difficile gestion par l'Union européenne.

Réfugiés secourus en Méditerranée en janvier 2016 aux larges de Lesbos (Grèce)

En 2016, pas plus qu'en 2015, la gestion de la crise des réfugiés n'aura pas été une affaire aisée. L'urgence humanitaire est pourtant toujours bien présente. Si le nombre de demandeurs d'asile enregistrés en 2016 a baissé d'environ 250 000 personnes, ce dernier s'élève toujours, selon Eurostat, à 1 075 350 (chiffre arrêté au 1er décembre).

Selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre de personnes mortes en tentant de franchir la Méditerranée sur des embarcations de fortune a même augmenté de près de 1 000 par rapport à 2015, passant de 3 771 à 4 742. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui illustrent l'étendue des efforts à fournir pour mettre fin à cette immense crise humanitaire.

Le controversé accord UE-Turquie en péril

Signé en mars 2016, l'accord prévoit le renvoi de toute personne arrivée sur les îles grecques, porte d'entrée de l'UE pour de nombreux migrants venant du Moyen-Orient, dont la demande d'asile a été refusée ou qui ne l'a pas effectuée, vers la Turquie, dernier point de passage avant l'arrivée en Grèce. En outre, pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, l'UE s'est engagée à en réinstaller un sur son territoire dans la limite de 72 000 personnes. Les Européens garantissent également l'accélération du versement d'une aide de 6 milliards d'euros, en deux temps, pour l'accueil des réfugiés en Turquie. Enfin, l'accord prévoit la levée des visas pour les Turcs dans l'espace Schengen, à la condition qu'Ankara parvienne à contrôler ses frontières et respecte une série de critères politiques. Ce qui n'est pas le cas à ce jour.

Dessin de presse : l'accord UE-Turquie

Dessin de presse : l'accord UE-Turquie, par CLAC (cliquez pour agrandir l'image)

Mettant fin à une situation anarchique doublée d'une crise humanitaire majeure, menaçant tant l'UE que la Turquie, l'accord peut, du moins sur le plan comptable, être qualifié de succès. Le nombre d'arrivées sur les îles grecques est en effet passé de 57 000 en février à "seulement" 1 500 en juin.

Le putsch manqué du 19 juillet, fomenté à l'encontre du pouvoir turc, est toutefois venu changer la donne. Y répondant par une purge sans concession contre tous les opposants du régime, et par un net recul de l'Etat de droit, le président Recep Tayyip Erdogan s'est attiré les critiques des Européens. Une dégradation des relations UE-Turquie symbolisée par la demande du Parlement européen, en novembre, du gel des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, entamées il y a près de cinquante ans.

[Vidéo] Quel bilan peut-on tirer de l’action de l’Europe face à la crise migratoire ?

Menaçant désormais de mettre fin à l'accord UE-Turquie, le président Erdogan n'a guère intérêt, estime l'universitaire spécialiste de la Turquie Jean Marcou, interrogé par Toute l'Europe en novembre, à se détourner de l'Europe, tant les intérêts partagés sont importants, notamment concernant l'accord sur les migrants.

Des dissensions profondes entre Etats membres

Solidarité flexible : idée défendue par le groupe de Visegrad, qui estime que les Etats membres de l'UE devraient accueillir des réfugiés uniquement sur une base volontaire, en fonction de leurs moyens et de leur expérience dans ce domaine.

Outre la difficile mise en œuvre de l'accord avec la Turquie, l'Europe a également dû composer avec le refus de plusieurs pays de participer au plan de relocalisation des réfugiés, présenté par la Commission européenne en septembre 2015. Les quatre Etats du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont engagé un véritable bras de fer avec Bruxelles. Ces derniers ont, dans une large mesure, obtenu gain de cause lors du sommet de Bratislava du 16 septembre, avec l'acceptation tacite par les Européens du concept de "solidarité flexible" (voir encadré), défini par le groupe de Visegrad et revenant à enterrer la relocalisation obligatoire des réfugiés.

D'autant qu'en octobre, Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, enfonce le clou en organisant un référendum à l'intitulé contestable dans lequel il demande aux Hongrois de se prononcer sur le plan relocalisation des réfugiés de la Commission européenne. Manœuvre politique visant à provoquer Bruxelles et à s'affirmer en tant que leader contestataire, il s'agit d'un semi-échec pour le dirigeant hongrois, car si le "non" l'emporte à 98%, la faible participation (moins de 40%) invalide le scrutin.

En septembre, Euractiv rapportait que seuls 6 651 réfugiés avaient été relocalisés dans les Etats membres depuis la Grèce et l'Italie.

Des solutions à la portée encore limitée

Encore timide et marquée par la désunion, la réaction des Européens à la crise des réfugiés aura tout de même abouti à quelques avancées en 2016. La création de l'Agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes (EBCG) est sans doute la principale. Proposée par la Commission européenne en décembre 2015 et entrée en vigueur le 6 octobre 2016, il aura fallu moins d'un an pour la mettre en place. Remplaçant Frontex, organe européen aux compétences jugées trop limitées, cette nouvelle agence a pour but de mettre en commun les moyens des Etats membres pour mieux surveiller et contrôler les frontières extérieures de l'UE.

Les informations relatives aux entrées et sorties de l'UE sont désormais mieux partagées entre Etats membres, ce qui permet un contrôle des frontières plus efficace. De même, l'EBCG est en mesure d'identifier plus facilement les points vulnérables des frontières et, par conséquent, de limiter les flux de réfugiés. Au-delà des compétences, les Etats membres se sont accordés pour fournir des moyens plus importants à la nouvelle agence qu'à Frontex. Le budget et le personnel de l'agence doivent en effet être progressivement augmentés, pour atteindre respectivement 322 millions d'euros et 1 000 personnes en 2020. Une force de réserve, comprenant 1 500 garde-côtes et garde-frontières, sera par ailleurs constituée.

Pour en savoir plus, consultez également notre dossier Crise des réfugiés : un défi pour l'Europe

Pour endiguer les flux migratoires, l'Union européenne s'est également penchée sur des solutions pour régler le problème à la source. A la suite du sommet Europe-Afrique, qui s'est tenu à Malte en novembre 2015, l'UE a renforcé la coopération économique avec plusieurs Etats africains, soutenant des projets de développement (notamment à travers la création d'un fonds d'1,8 milliard d'euros), en échange d'un meilleur contrôle des routes migratoires de leur part. L'avancée la plus notable dans cette politique est la signature d'un accord entre l'UE et le Mali le 11 décembre. En échange d'un engagement de Bamako, notamment dans la lutte contre les passeurs, l'UE doit renforcer son action en direction de l'économie malienne.