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Bernard Guetta : "l'Union européenne est mal-aimée des citoyens et donc en danger"

Actualité 17.06.2010

A l'occasion de l'édition 2010 des Etats Généraux du Renouveau à Grenoble, Touteleurope.fr donne la parole à Bernard Guetta, chroniqueur à France Inter. Il participe à l'atelier "La Fin de l'Union européenne est-elle possible ?", organisé par Les Euros du Village.

Touteleurope.fr : Vous participez aux Etats Généraux du Renouveau dans l'atelier "La fin de l'UE est-elle possible ?". Peut-on vraiment défaire la construction européenne ?

Bernard Guetta : Certains en rêvent, ils sont peu nombreux. Le problème est qu'aujourd'hui la dynamique d'unification des pays européens est entrain de buter sur de vrais problèmes. Le plus profond à mes yeux est le divorce entre les Européens et l'Europe.

Premièrement parce que les Européens comprennent de moins en moins le fonctionnement de leurs institutions. Ils ne s'y retrouvent pas entre le Conseil des ministres, le Conseil, la Commission, le Président permanent, la présidence tournante, etc. Il est vrai que ce maquis institutionnel est très difficile à pénétrer, même pour ceux qui y travaillent aujourd'hui.

Le deuxième problème est que les premières décisions de politique commune prises pour l'Union sont des politiques d'austérité, par définition impopulaires et douloureuses. De surcroit, leur justification est très largement discutable  puisqu'elles vont freiner une reprise déjà fragile.

La troisième raison de malaise est que d'une manière générale les Européens craignent la mondialisation. Ils en voient plus les inconvénients que les avantages. A leurs yeux, même si c'est un tort mais c'est ainsi, l'unification européenne est le cheval de Troie de la mondialisation dans leur quotidien. Elle vient bousculer les cadres nationaux et les avantages acquis négociés dans ces cadres.

Quand un grand ensemble en construction est à ce point mal-aimé par ses citoyens, il  y a véritablement danger. On peut d'autant moins le sous-estimer que les économies européennes sont fragiles, que les Etats sont endettés. Les fragilités économiques s'ajoutent ainsi à celles politiques. Cela étant dit, il est infiniment peu probable, et certainement pas souhaitable, que l'Union se défasse. Mais on ne doit pas sous-estimer les menaces qui pèsent sur elle. Ne pas les voir ne ferait que les aggraver.


Touteleurope.fr : La Gauche social-démocrate ne doit-elle pas devenir réellement européenne avec un vrai Parti socialiste européen ?

Bernard Guetta : Bien sûr que oui. Pas seulement la gauche du reste, la droite aussi : l'ensemble des forces politiques européennes aurait dû déjà depuis très longtemps s'organiser en partis pan-européens. L'urgence est d'organiser la démocratie européenne pour parer aux menaces pesant sur la construction européenne.

Il faudrait qu'enfin les élections parlementaires européennes soient l'occasion d'un débat, d'une confrontation d'idées et de solutions pour l'ensemble des pays européens. L'enjeu des élections européennes doit apparaître clairement aux électeurs, quelque soit leurs opinions. Cet enjeu est le contrôle de la Commission européenne. Celle-ci devrait procéder d'une majorité parlementaire européenne et qu'elle devienne enfin le gouvernement élu de l'Union européenne, même si cela s'opère de manière indirecte.

Tant qu'on aura pas ça, que surtout les électeurs n'identifient pas de responsables des politiques européennes, le malaise continuera à grandir dans l'Union.


Touteleurope.fr : Pensez-vous comme Oliver Ferrand dans son livre "L'Europe contre l'Europe" que l'Europe fédérale ne pourra pas venir des Etats mais viendra d'un "coup d'Etat démocratique" du Parlement européen ?

Bernard Guetta : Je le pense et l'écrit depuis vingt ans. Il faut souhaiter le plus démocratique des coups d'Etat : celui des électeurs. Les citoyens ont tous les moyens pour prendre le pouvoir dans l'Union européenne : des élections européennes, un parlement européen, une Commission qui ne peut pas être mise en place sans une investiture du Parlement européen...

Il faut que la majorité politique désignée par la majorité de l'électorat pan-européen prenne en main la Commission. Dans tout régime parlementaire, le gouvernement par définition procède de la majorité.


Touteleurope.fr : Comment avez-vous alors réagi à la ré-élection de M. Barroso à la présidence de la Commission européenne avec les voix d'un certain nombre de députés du Parti Socialiste Européen ?

Bernard Guetta : J'ai trouvé cela totalement consternant. Cette mauvaise manie qu'ont les deux grandes forces dominantes sur la scène européenne, la social-démocratie et la démocratie-chrétienne, de gouverner par consensus mou au Parlement européen est aujourd'hui une catastrophe totale.

En savoir plus :

le site des Etats Généraux du Renouveau

les deux ateliers organisés par Touteleurope.fr

les chroniques de Bernard Guetta sur France Inter

Bernard Guetta : "C’est l’union politique de l’Europe qui la sauvera de tous ses maux" - Eurosduvillage.eu