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Bénévolat, service civique, stage et emploi solidaires en Europe : comment s'engager avec le corps européen de solidarité ?

Question-Réponse 30.10.2019 Justine Daniel

Vous êtes âgés de 18 à 30 ans et vous aimeriez mener un projet solidaire en Europe ? Être bénévole dans une association, partir en service civique ou avoir une expérience professionnelle dans l'économie sociale et solidaire ? Cette initiative de l'UE pourrait vous intéresser. Le corps européen de solidarité (CES) apporte une aide financière aux jeunes souhaitant s'engager pour un volontariat, un stage ou un emploi dans les organismes porteurs de projets solidaires.

Groupe de volontaires du Corps européen de solidarité, participant à la reconstruction de la Basilique Saint-Benoît à Norcia, en Italie, après le tremblement de terre de 2016 - Crédits : Fabio Frustaci / Commission européenne

Groupe de volontaires du Corps européen de solidarité, participant à la reconstruction de la Basilique Saint-Benoît à Norcia, en Italie, après le tremblement de terre de 2016 - Crédits : Fabio Frustaci / Commission européenne

A quoi sert le corps européen de solidarité ?

Le corps européen de solidarité finance des projets de solidarité portés par des organismes, publics ou privés, préalablement labellisés. Ceux-ci proposent des offres de volontariat, de stage ou d'emploi pour les jeunes qui souhaitent s'engager. Un portail européen les met en relation.

Il s'agit d'une "initiative de l'UE qui vise à donner aux jeunes la possibilité de se porter volontaire ou de travailler dans le cadre de projets organisés dans leur pays ou à l'étranger, et destinés à aider des communautés ou des personnes dans toute l'Europe", explique le site internet dédié au CES.

Dans quels projets ou activités peut-on s'engager ?

Les projets couvrent un "large éventail", selon la Commission européenne. Toute forme d'activité ayant pour objectif la "préparation et à la réaction à long terme aux catastrophes naturelles, de répondre à des défis sociaux tels que l'exclusion sociale, la pauvreté, les questions de santé et de démographie, ou de travailler pour l'accueil et l'intégration des réfugiés", ou encore les problématiques liées à la protection de l'environnement. Ils peuvent prendre de multiples formes :

  • Projets de sensibilisation aux enjeux environnementaux ;
  • Aide à la mise en place de services de proximité aux personnes âgées, malades et handicapées ;
  • Création d’un centre d’accueil pour les sans-abri ;
  • Animation d'activités culturelles et sportives pour enfants, aide scolaire ;
  • Rénovation urbaine ou reconstruction d'infrastructures ;
  • Aide à l'intégration de demandeurs d'asile ;
  • Activités interculturelles pour l’intégration et la lutte contre le racisme…

Volontariat, stages, emplois et projets de groupe : que propose le corps européen de solidarité ?

Le corps européen de solidarité subventionne des projets de volontariat ou professionnels (stages, emplois) à destination des jeunes de 18 à 30 ans.

  • Volontariat

Il s'agit de l'ancien Service volontaire européen (SVE), à présent absorbé par le corps européen de solidarité. Un volontariat au Corps Européen de Solidarité peut également entrer dans le cadre du programme français de Service civique.

Les jeunes participent aux missions quotidiennes qui leur sont confiées par les organismes d'accueil pour 2 à 12 mois dans un autre pays, comme c'était le cas dans le cadre du SVE. Pour les jeunes ayant moins d'opportunités (handicap, défavorisés…), des programmes existent d'une durée de deux semaines à deux mois. Les activités de volontariat peuvent avoir lieu dans tous les États membres de l'UE (y compris le pays de résidence du bénévole), mais également certains pays partenaires : les Etats des Balkans, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, la Russie ainsi que certains pays à l'est de l'Europe et du Moyen-Orient.

L'aide financière de l'UE couvre un certain nombre de frais déployés par le volontaire bénévole :  les frais de voyage (en grande partie), de logement, de nourriture, ainsi que l'argent de poche (voir les règles de financement).

Des missions de volontariat en groupe, composé de 10 à 40 participants originaires d’au moins deux pays, peuvent également être financées pour une période de 2 semaines à 2 mois.

  • Projets professionnels

Les organismes labellisés par le corps européen proposent :

Des stages. Ils durent entre 2 et 6 mois et sont renouvelables une fois. Ils doivent être à plein temps et peuvent avoir lieu soit à l'étranger, soit dans le pays de résidence.

Des emplois. Ils durent entre 3 et 12 mois dans le pays de résidence du participant ou à l'étranger. 

Pour les stages et emplois, une aide financière de l'UE couvre les frais de voyage et une partie de l'installation (voir les règles de financement). C'est l'organisme d'accueil ou de soutien qui distribue cette aide financière au bénéficiaire et met en œuvre les démarches pour financer l'accueil. Les conditions de travail et de rémunération sont fixées par le contrat de travail, conformément aux conditions du pays d'accueil. Les stages et emplois ne peuvent être effectués que dans un État membre de l'UE.

  • Projets de solidarité

Au moins cinq jeunes de 18 à 30 ans qui souhaitent développer un projet qui porte les valeurs de l'UE dans une communauté locale pour une durée de 2 à 12 mois peuvent également solliciter une subvention. L'aide financière de l'UE est forfaitaire et s'élève à 500€ maximum par mois. Un forfait "coaching" (214€ par jour pour 12 jours) peut également être financé pour surmonter les étapes administratives et techniques. Contrairement aux stages et emplois, les projets de solidarité ne peuvent être développés que dans l'Etat membre de résidence des membres du groupe.

Pour un jeune, comment se porter candidat à un projet individuel ?

Le candidat qui souhaite trouver une opportunité doit pour sa part s'enregistrer sur le portail du corps européen de solidarité. Il peut s'y inscrire dès l'âge de 17 ans mais ne peut participer à un projet qu'à partir de 18 ans. Son projet doit par ailleurs s'achever avant ses 31 ans. Le candidat doit fournir un certain nombre d'informations comme ses coordonnées, ses intérêts, ses expériences, ses compétences, les pays dans lesquels il aimerait se rendre, ainsi que ses disponibilités.

Ces informations sont enregistrées dans une base de données que peuvent consulter les organisations labellisées. Celles-ci "peuvent rechercher des candidats dans la base de données. Les organisations invitent ensuite les participants sélectionnés à rejoindre leurs projets" et le processus de recrutement pour leurs volontariats, stages et emplois proposés, précise la Commission. Les candidats peuvent aussi, de leur côté, entrer en contact avec les organismes présents dans la base.

Enfin, un candidat inscrit dans le volet professionnel peut également rechercher des offres sur le portail EURES avec un filtre spécial pour le CES. Il peut également débuter son inscription à partir du site de Pôle emploi afin d'être pris en charge par un conseiller.

Ai-je accès, en tant que participant, à des formations avant mon départ ?

En fonction du type de projet, des connaissances et de l'expérience requises, il est possible de bénéficier d'une formation avant le début du projet. Des cours de langue sont accessibles en ligne.

Des cycles de formation peuvent également être proposés par les agences nationales et/ou les organisations elles-mêmes.

Et s'agissant des projets de solidarité en groupe, comment postuler ?

Le groupe d'au moins cinq personnes âgées de 18 à 30 ans qui souhaite solliciter une subvention pour son projet doit déposer une candidature auprès de l'agence en charge du programme (Agence Erasmus+ en France). Ils peuvent obtenir l'aide d'une association qui dépose le dossier en leur nom.

Pour une organisation porteuse d'un projet, comment participer ?

Tout type d'organisme public ou privé établi dans un ou plusieurs États membres de l'UE peut participer au corps européen de solidarité. "Il peut aussi s’agir d’entités de toutes tailles, des grandes multinationales aux petites ONG travaillant à l’échelon local. Ces organisations doivent mener des projets solidaires", précise le site du CES. Dans le cas des entreprises, le corps concerne notamment celles qui évoluent dans le domaine de l'économie sociale et solidaire.

Avant toute chose, une organisation qui souhaite accueillir (structure d'accueil) de jeunes candidats au corps européen de solidarité ou soutenir et suivre (structure de soutien) leur parcours doit obtenir un label de qualité qui garantit que ses objectifs et ses aspirations respectent un certain nombre de critères décrits dans le guide programme et d'engagements décrits dans la charte du corps européen de solidarité. Pour obtenir le label, elle peut postuler auprès de l'agence nationale en charge du programme (l'Agence Erasmus+ en France) ou, dans le cas d'organisations à dimension européenne, auprès de l'Agence exécutive de la Commission européenne (EACEA).

Une fois le label obtenu, l'organisation obtient un accès au portail dans lequel sont inscrits les jeunes. Elle peut alors proposer à l'agence un projet de solidarité dans le cadre des appels à projets lancés chaque année par la Commission européenne, et recevoir un financement à hauteur de 20% du budget du projet (voir les règles établies dans le guide du programme).

Les organisations sont les seules interlocutrices de l'agence en charge du programme. Ce sont elles qui versent aux jeunes qu'elles recrutent l'aide financière de l'UE qui leur est destinée. Ce sont également elles qui font les démarches pour financer l'accueil (création d'un compte bancaire, etc.).

Pour les projets tenus avant fin 2020, la Commission européenne a publié un appel à propositions en trois phases. Les demandes ont ainsi dû être effectuées avant les 7 février 2019, 30 avril 2019 ou 1er octobre 2019.

Comment les projets sont-ils sélectionnés ?

En France, l'Agence Erasmus+ a été désignée pour coordonner la mise en œuvre du corps européen de solidarité. Elle reçoit les réponses aux appels à propositions de la Commission et c'est elle qui organise la délibération pour décider des projets éligibles aux subventions.

Un groupe d'experts indépendants évalue chacun des dossiers selon des critères formels (quantitatifs) et qualitatifs fixés par le guide du programme. Si la note dépasse un certain seuil, le projet est éligible à un financement dans la limite des budgets disponibles.

Pour 2019, la France devait disposer d'une enveloppe comprise entre 12 et 13 millions d'euros, selon l'Agence Erasmus+. Les projets choisis reçoivent des subventions forfaitaires selon un certain nombre de critères décrits dans le guide du programme.

Un premier appel à propositions a été lancé le 10 août et s'est clôt le 28 septembre 2018. Il concernait trois volets prioritaires : l'héritage culturel, l'inclusion sociale de personnes issues de pays tiers et les défis environnementaux.

En France, sur les 96 projets reçus, 73 ont obtenu un financement. Pour l'instant, 80% de l'enveloppe budgétaire est destiné au volet volontariat, 10% au volet "stage et emploi" et 10% aux projets de solidarité, mais le volet professionnel a vocation à s'accroître progressivement.

Parmi les projets financés, l'Association pour le développement des initiatives citoyennes et européennes (ADICE) devait par exemple recevoir 65 113 € pour soutenir 20 mobilités de stagiaires dans des ONG et notamment issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville à Roubaix (Hauts-de-France).

Quand le corps européen de solidarité a-t-il été conçu ?

Le programme est pour la première fois évoqué par Jean-Claude Juncker le 14 septembre 2016 lors de son discours sur l'état de l'Union. "La solidarité est le ciment de notre Union", a-t-il ainsi déclaré. En rejoignant le corps, "les jeunes de toute l'Union pourront proposer leur aide là où elle sera le plus utile, pour répondre aux situations de crise", tout en "développ[ant] des compétences, [en ayant] un travail" et afin de "vivre une expérience humaine de grande valeur".

Durant la première phase du programme, lancée à titre expérimental en décembre 2016, 10 000 jeunes ont participé à des projets (données extraites le 19 novembre 2018 par la Commission). 935 d'entre eux ont participé à une mission en Italie, 841 en Espagne, 777 en Pologne et 562 en France.

L'un des bénéficiaires français de cette première phase se nomme Franck Vilbas. Il venait d'arrêter ses études d'économie et a passé six mois en Italie, notamment auprès d'InterSoc, une filiale de l'Unicef qui visite les centres d'accueil pour mineurs isolés afin de vérifier le respect de leurs droits. "J'ai gagné un sentiment d'humilité", explique-t-il. Ce type d'expérience "incite à devenir des citoyens engagés et plus conscients".

Alors que le corps était initialement financé par différents programmes européens existants, le règlement 2018/1475 qui instaure sa base juridique est adoptée en première lecture par le Conseil, le 27 septembre 2018, lui permettant ainsi de bénéficier de son propre budget.

Quels sont ses objectifs ?

Le but de ce programme est triple. Il permet à des jeunes, notamment parmi ceux ayant le moins d'opportunités, d'acquérir une expérience, de renforcer ou de développer de nouvelles compétences pour ainsi améliorer leur employabilité, leur autonomie ou encore leur estime de soi.

Dans le même temps, il vise à apporter de l'aide aux plus démunis et répondre à des situations difficiles tout en exprimant la solidarité de l'Union européenne.

"La solidarité éveille également l'intérêt des jeunes pour le projet européen commun", note le règlement. C'est un moyen de "reconnecter la jeunesse à l’Europe" et développer "une conscience européenne chez les jeunes", car "le sentiment d’appartenance se vit à travers des expériences", a ainsi souligné Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation, lors du lancement du corps européen de solidarité en France.

L'objectif est que 100 000 premiers jeunes volontaires aient pu rejoindre le corps entre son lancement et l'année 2020. Un budget général de 375,6 millions d'euros est prévu pour la mise en œuvre du corps entre octobre 2018 et le 31 décembre 2020. Pour la période 2021-2027, la Commission propose d'allouer 1,26 milliard d'euros, ce qui permettrait "à environ 350 000 jeunes de participer entre 2021 et 2027".

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