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Barbara Matera (PPE, IT) : "J'ai compris l'importance des relations avec les gens"

Actualité 28.07.2010

Un an déjà ! En juin 2009 avaient lieu les élections européennes. Parmi les 736 eurodéputés élus, nombreux sont ceux qui faisaient pour la première fois leur entrée au Parlement européen. A l'occasion de cet anniversaire, Touteleurope.fr a rencontré un certain nombre d'entre eux. L'occasion de faire le bilan de douze mois de travaux, de joies, de déceptions et d'apprentissage.

Touteleurope.fr : Quel souvenir gardez-vous du soir de votre élection au Parlement européen ?

Barbara Matera : A la fin de la campagne j'étais complètement épuisée et je suis rentrée chez moi à Lucera (NDLR: une petite ville dans les Pouilles). J'avais l'impression d’avoir été pendant un an et demi sur un merveilleux manège qui tout d'un coup s'arrêtait en me laissant un vide incroyable.

Lundi après-midi, après la fermeture des bureaux de vote, j'ai passé mon temps au téléphone avec la personne qui est aujourd'hui devenue mon assistante, et avec qui j'ai partagé beaucoup d'émotions. Les appels téléphoniques augmentaient d’heure en heure et tous mes référents régionaux me communiquaient les résultats du dépouillement en temps réel. Les scrutins favorables étaient de plus en plus nombreux, et tout d'un coup j'ai compris que j'étais la première au Sud. Une émotion inimaginable et désormais unique.

 

Touteleurope.fr : Et quel souvenir gardez-vous de la 'rentrée des classes', de votre premier jour de prise de fonctions ?

B.M. : Quelques semaines après mon élection, une fois tous les papiers rangés et encore incrédule sur la nouvelle vie qui m'attendait, j'ai commencé à aller à Bruxelles pour assister aux réunions de mon groupe politique. Au début j'étais désarçonnée par la longueur des couloirs du Parlement, des kilomètres que jour après jour je parcourais d'un bureau à l'autre. Le jour le plus émouvant fut cependant celui de l'investiture, le 14 juillet à Strasbourg en la présence de mes parents. A ce moment-là j'ai réalisé l'exceptionnalité de tout ce que j'avais vécu jusque-là.

 

Touteleurope.fr : Quels étaient vos engagements professionnels et politiques avant d'arriver au Parlement ?

B.M. : A 18 ans je suis partie de chez moi et je suis allée à Rome pour étudier à l'université. Afin de payer mes études et être indépendante, j'ai commencé à travailler dans le spectacle. En décembre 2008 j'ai décidé de changer de vie et de suivre une autre passion: la politique. En 1994 je militais déjà pour Forza Italia, qui a aujourd'hui fusionné dans le Peuple de la Liberté, le parti de la majorité qui a voulu ma candidature.

 

Touteleurope.fr : Quand avez- vous compris que vous souhaitiez devenir eurodéputée ?

B.M. : Il y a deux ans mon parti décidait de miser sur les jeunes et de récompenser leur passion. On m'a ainsi proposé de présenter ma première candidature au Parlement italien. Mais à l'époque j’ai refusé cette proposition car je voulais terminer mes études. Il y a un an, l'occasion s'est présentée à nouveau, avec une candidature au Parlement européen et comme je n'avais qu'à soutenir mon mémoire j'ai accepté. A l’inverse du monde du spectacle où tout est figé, la politique représente pour moi le rapport direct avec le monde qui nous entoure et avec les problèmes de tous les jours.

 

Touteleurope.fr : Aviez-vous une vocation européenne, avant d'être élue eurodéputée ?

B.M. : Il y a un an, au début de ce mandat, si on m'avait parlé de vocation européenne, j'aurais hésité. Mais aujourd'hui, après un an de travail institutionnel et politique à Bruxelles, je peux affirmer avec conviction que c'est ma vocation.

 

Touteleurope.fr : Quel est l’évènement qui vous a le plus marqué au cours de cette première année de mandat ?

B.M. : A la fin de cette première année de mandat, l'événement que je porte dans mon cœur est mon intervention en plénière en faveur de l'établissement d'un fond de solidarité pour le séisme qui a frappé les Abruces. Je n'arrivais pas à comprendre comment, face à cette tragédie, les institutions n'arrivaient pas à dépasser les entraves procédurales à l'octroi de l'aide européenne. Et je me suis battue pour la solution immédiate du problème. Je me souviens également d'un épisode plaisant qui date du jour où j'ai porté à Bruxelles le premier G8 des femmes - qui se tenait à Rome en parallèle. A cette occasion, j'ai convaincu la plupart de mes collègues de mettre un bracelet blanc, symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes, un sujet qui me passionne tout particulièrement et qui est l'un des objets de mon combat européen.

 

Touteleurope.fr : Quel est le dossier le plus intéressant que vous avez traité au cours de ce premier an de mandat?

B.M. : Sans aucun doute le rapport sur l'utilisation et sur l'implémentation du Fonds européen d'adaptation à la mondialisation, un outil très important en ce moment de crise économico-financière, qui permet à des grandes entreprises en crise de récupérer autour de 500 travailleurs licenciés, en favorisant leur réinsertion sur le marché du travail.

 

Touteleurope.fr : Quel est votre bilan à la fin de cette première année de mandat?

B.M. : Mon bilan est nettement positif. L'enrichissement en termes d’évolution personnelle et de formation professionnelle a été énorme. Et pour cela je dois remercier les personnes qui m'ont suivie de près, mais aussi de loin. En un an, j'ai appris à rester en équilibre toute seule, même dans des situations difficiles, même quand la vie change radicalement et que s'y ajoutent de responsabilités nouvelles et importantes. J'ai pu faire face à tout cela grâce à l'amour et à la présence de mes parents, de ma sœur et de ceux qui me suivent  toujours. Je dois absolument remercier Mario Mauro, mon chef de délégation parce qu'il a guidé mon insertion dans le système et a veillé sur mes choix. Merci également à ceux qui ont fortement voulu ma candidature et qui parfois me dispensent des conseils qui jusqu'à présent se sont révélés fondamentaux. Ainsi j'ai appris à mieux comprendre le système des institutions, les relations entre collègues et surtout l'importance des relations avec les gens qui m'ont élue, qui me cherchent toujours et à qui je dois donner des réponses, rien qu'avec mon investissement constant.

 

Touteleurope.fr : Quels sont vos prochains objectifs et vos dossiers à l'étude ?

B.M. : L'hiver prochain, je pense intensifier mon rapport avec le territoire, en portant encore plus l'Europe dans les six régions du sud de l'Italie. Je le ferai en utilisant tous les instruments que le Parlement met à notre disposition. En ce qui concerne les dossiers, je continuerai sans aucun doute à travailler sur les droits humains, que je suis déjà depuis un an en tant que vice-présidente de la Commission pour les droits de la femme et l'égalité des genres.

 

Touteleurope.fr : Est-ce que cette première année de mandat vous a changée?

B.M. : Ce sont plutôt les personnes qui me connaissent mieux qui constatent le changement, et moi je ne peux pas le nier non plus. Bien évidemment, j'ai appris à voyager avec une valise peu encombrante et à organiser ma vie sur trois maisons et des hôtels : Lucera, Roma, Bari, Bruxelles et Strasbourg. Je suis devenue plus réservée et méfiante, mais aussi plus libre de m'exprimer. En un an j'ai acquis beaucoup plus de confiance par rapport à moi-même et à mon travail. Je suis méthodique, j'ai le sens du devoir : je ne rate même pas un jour de travail et je ne m'épargne pas face à de nouveaux défis comme celui d'être devenue membre de la commission temporaire pour définir les nouvelles stratégies de l'Union.

 

 

Propos recueillis le 26 juillet 2010