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Avant même de commencer, Rio+20 déçoit les écologistes

Actualité 21.06.2012

Ils ont failli ne pas y arriver, mais hier soir les négociateurs de Rio+20 ont trouvé un accord sur le document à présenter aux leaders mondiaux. "L'avenir que nous voulons" est le titre de ce texte de 49 pages, qui sera discuté pendant trois jours à la conférence des Nations Unies sur le développement durable. Un document qui est "misérable", selon le président du WWF France, Serge Orru, actuellement en déplacement à Rio.

"Un petit Rio"

"On aurait pu se dire que, vu qu'ils sont forts en foot, les Brésiliens allaient être aussi forts en environnement. Mais ça n'a pas été le cas, ça a été un 'petit Rio'". Serge Orru cherche à ironiser sur cette conférence mondiale, mais sa voix reste grave, et il ne rigole pas à sa propre blague. Pour le président du WWF France, le document publié hier et qui sera la base de l'accord final est tout simplement "misérable".

serge orruSerge Orru, président du WWF France, participe à Rio+20, la conférence des Nations Unies sur le développement durable. Par contre, la plupart des leaders des grands pays ne s'est pas rendu à Rio de Janeiro.


"L'avenir que nous voulons", ce document qui suscite maintenant la déception des écologistes, a pourtant été le fruit de longues négociations. Il y a à peine deux jours, le 18 juin 2012, la délégation européenne avait élevé sa voix. Le commissaire en charge de l'Environnement, Janez Potocnik, avait critiqué les autres participants, en les accusant de vouloir "un texte sans ambitions". Les relations entre Bruxelles et Brasilia s'étaient alors refroidies et la conférence était sur le point de faillir complètement.

Aujourd'hui, après des négociations à la baisse, le document est prêt pour l'arrivée des représentants des Etats. Mais le produit de Rio+20 pourrait ne plus être à la hauteur des défis environnementaux. "Il est clair que les égoïsmes nationaux l'ont remporté", explique M. Orru, "les diplomates ont produit des piètres résultats". "L'aspect social est mis un peu plus en avant, mais c'est tout", affirme le président du WWF France.

En effet, les 49 pages de ce document ne sont qu'une "réaffirmation" des principes déjà annoncés en 1992. Pas de nouveaux fonds pour l'économie verte, pas de sanctions pour les Etats qui polluent, pas de convention pour la protection des océans, rien, enfin, de tout ce qui était présent dans l'agenda préparatoire de Rio+20. "C'est un accord faible, décevant", a commenté la commissaire européenne à l'Action pour le climat,  Connie Hedegaard, "personne parmi ceux qui étaient dans la salle où le texte a été approuvé n'en est sorti heureux".

Aucun "big" ne sera présent à Rio+20

"Je suis déçu pour mes enfants, pour les générations futures."

Serge Orru, président du WWF France.

"Nous avons décidé de participer à Rio+20 car nous préférons lutter, plutôt que nous contenter d'être déçus à la fin", dit Serge Orru. "Le WWF est présent depuis plus de 50 ans dans les conférences internationales sur l'environnement. Il est important de ne pas laisser les diplomates décider seuls", poursuit-il. Cependant, il était peut-être prévisible que Rio+20 ne produise pas de grands résultats. Entre la crise économique du Nord de la planète et les ambitions de croissance du Sud, les Etats auraient difficilement accepté des mesures contraignantes.


"Nous nous attendions à une prise de conscience des Etats", admet le président du WWF France. "Après, nous savons qu'il s'agit d'une négociation, donc il y a toujours un rapport de force. Mais quand on voit que le président des Etats-Unis ne participera même pas à la conférence, cela signifie quelque chose". En effet, la plupart des leaders des grands pays ne sera pas présent à Rio+20: les premiers à arriver seront le Cubain Raul Castro et l'Iranien Mahmoud Ahmadinejad. Mais, alors que les représentants des Etats débarquent  au Brésil, pour les associations écologistes présentes à Rio, le sommet est déjà fini.

"Je suis déçu", avoue Serge Orru. "Je suis déçu pour mes enfants, pour les générations futures". "L'écologie c'est une question de démocratie, d'égalité, c'est du social. Le monde des entreprises doit s'en rendre compte. La biodiversité c'est le plus grand patrimoine de la planète", conclue le leader du WWF France. Vingt ans après le premier Sommet de la Terre, qui avait inauguré la lutte contre le changement climatique et la désertification et qui avait introduit l'idée de "biodiversité", Rio+20 ne réussit pas à faire un nouveau pas en avant. Pour voir son environnement protégé, la planète devra peut-être attendre encore vingt ans.


En savoir plus

 

Rio+20 : un nouveau sommet de promesses ? – Touleurope.eu

The future we want – Le document officiel élaboré par le comité préparatoire de RIO+20 [PDF, en anglais]