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Au Salon de l'agriculture, chacun cherche sa PAC

Actualité 09.03.2010

Des vaches sur leur 31, des distributions de pommes, des dégustations de fromages… Les visiteurs du Salon de l'agriculture profitent de la plus grande ferme de France à Paris, deux jours avant sa clôture. Une ambiance détendue qui tranche avec le discours des représentants des syndicats agricoles. Ils se font l'écho des vives inquiétudes des agriculteurs pour l'avenir, après une année qui a vu leurs revenus chuter de 34 %. Au centre des débats, la fameuse Politique Agricole Commune (PAC). Qu'attendent-ils de la réforme de la PAC, à l'horizon 2013 ?

"Une année dur-dur"



Olivier Cassou, membre du conseil d'administration de la FNSEA pour la Gironde.


Au stand rutilant de la FNSEA se trouve Olivier Cassou, membre du conseil d'administration (représentant de la Gironde) du premier syndicat agricole de France. Il est un peu étourdi par la foule de citadins que draine le salon. Pour lui, "c'est le salon du machinisme de Villepinte qui est le vrai endroit pour prendre la température du secteur". Ce propriétaire de 100 hectares de maïs et de légumes a cependant une bonne idée du climat qui règne parmi les agriculteurs. Il a pu constater la rudesse de l'année écoulée : "la plupart des agriculteurs vont présenter un bilan dans le rouge".

Plutôt qu'une Politique Agricole Commune, Olivier Cassou souhaiterait qu'on parle d'une "Politique Alimentaire Commune". Pour lui, la priorité est de dresser un état des lieux de la souveraineté alimentaire européenne, un thème qui revient souvent dans les allées du salon. L'Europe est un très gros importateur net, ce qu'il ne récuse pas. Mais il faut que ces approvisionnements puissent être mieux assurés.

La PAC du "clan des bobos"


Selon Olivier Cassou, la PAC actuelle ne tient pas compte des besoins de la majorité des citoyens, mais plutôt de ceux du "clan des bobos". Le système d'aides aux agriculteurs de la PAC était traditionnellement basé sur la production. Olivier Cassou regrette qu'on assiste à une répartition des aides de plus en plus basée sur la qualité, ce qui est moins égalitaire selon lui. "On fait des AOC, on fait du cochon à un prix faramineux au kilo, voilà ce qui est subventionné". Pour faire bref, "un kilo de nourriture vendu aux riches" est bien plus subventionné qu'un kilo vendu à M. Tout-le-monde. Peut-être vaut-il mieux éviter de parler du bio…

Justement, l'environnement doit-il être une priorité de la nouvelle PAC ? Oui, mais pas à n'importe quel prix. "Peut-on vraiment baisser les surfaces exploitées en Europe, alors qu'on pille les garde-manger de nos voisins ?". Pour Olivier Cassou, la prise en compte de l'environnement doit être globale, et ses coûts surveillés de près.

"Toujours plus de critères à respecter"



Christian Schievene, agriculteur à Montauban et Gilles Keller, animateur régional de la Coordination rurale en l'Alsace-Lorraine


Au stand de la Coordination rurale, une belle vache normande en plastique accueille les visiteurs. Il y a là Gilles Keller, animateur régional du syndicat pour l'Alsace-Lorraine, et Christian Schievene, qui partage en famille 130 hectares d'une exploitation céréalière, maraîchère et fruitière à Montauban.

Tous deux jugent le bilan de la PAC "misérabiliste", notamment pour les producteurs indépendants. Plutôt que des aides, ils veulent que les prix soient vraiment rémunérateurs. Ils craignent que la prochaine PAC ne "désintègre un tiers des agriculteurs", et redoutent la mise en place progressive de la contractualisation. "Pour obtenir le statut d'agriculteur, il faudra être assuré contre les aléas climatiques, par exemple. Cela va forcer les producteurs à rejoindre des coopératives, avec des critères énormes à respecter et des obligations d'approvisionnement". Pour eux, l'orientation vers plus de normes de qualité est une bonne chose, mais entraine un surcroit de travail.

 

 

D'où viennent les tomates du ketchup ?


Pour la Coordination rurale, l'objectif d'une plus grande sécurité alimentaire est louable, et la traçabilité des produits reste à améliorer. "Il est impossible de savoir où ont été produits des haricots surgelés. C'est la même chose pour les tomates dans le ketchup : on ne trouve sur l'emballage que l'adresse de l'usine".

Quant à la question environnementale, Christian Schievene et Gilles Keller pointent du doigt une certaine hypocrisie. "Il y a une vraie campagne médiatique atour de la PAC pour faire valoir l'environnement, alors que l'on trouve sur les étalages beaucoup de produits d'importation", dont il est difficile de savoir dans quelle conditions ils ont été produits. Pour eux, soit les efforts doivent être globaux, soit la préférence communautaire doit être appliquée plus strictement.

"L'autosuffisance alimentaire, on en est loin"



Régis Hochart, secrétaire national de la Confédération paysanne et agriculteur dans le Tarn-et-Garonne


Adossé au stand de la Coordination rurale se trouve celui de la Confédération paysanne. Régis Hochart, secrétaire national du syndicat et agriculteur dans le Tarn-et-Garonne, ne se lasse pas de répondre aux questions sur le bilan de santé de la PAC. Il est lui aussi alarmiste : "Si on ne fait rien, il n'y aura plus de production fruitière dans 15 ans en France, puis ce sera l'élevage, puis les légumes. Il ne restera plus qu'une partie de la viticulture et les céréales".

Pour Régis Hochart, la nouvelle PAC doit permettre de changer les systèmes de production agricole pour permettre une relative autosuffisance alimentaire, loin d'être atteinte. Il distingue des priorités différentes suivant l'échelle. Au niveau local, il faut favoriser la vente de proximité, et donner du pouvoir aux collectivités locales. "Les cantines ne peuvent pas choisir les produits qu'elles servent !". Au niveau européen, il souhaite une harmonisation des politiques environnementales, et notamment une diminution de l'usage de pesticides.

"Ce n'est pas aux agriculteurs de baisser les prix"


A l'échelle mondiale, Régis Hochart estime qu'on ne peut pas mettre en concurrence les agriculteurs européens avec les Chinois ou les Sud-américains. "Les prix sont trop bas, on ne peut pas suivre. Ce n'est pas aux agriculteurs d'assurer la baisse des prix. Le consommateur ne devrait pas s'attendre à manger pour rien". Un point de vue qu'il convient de relativiser : les subventions massives des pays de l'OCDE ont un effet néfaste sur les pays en développement, dénoncé aujourd'hui encore par l'ONU.

Finalement, c'est bien la question des prix qui est le principal point d'achoppement du débat. Trouver un nouvel équilibre entre production et prix, tel sera visiblement l'enjeu majeur de la PAC 2013. Il y a ceux qui veulent une maîtrise des volumes et de la qualité pour garantir des prix rémunérateurs, et il y a ceux qui veulent privilégier des prix bas en assurant une production soutenue. Le seul point d'accord semble être la nécessité de donner une plus grande priorité aux producteurs européens. Les projecteurs s'éteignent Porte de Versailles, de longs mois de réflexion s'annoncent sur l'avenir de la PAC. Les agriculteurs espèrent que le débat n'est pas plié d'avance.

 

 

En savoir plus :

Le dossier PAC de Touteleurope.fr
 Agriculture et alimentation : les ministres de l'OCDE répondent aux défis mondiaux (02/03/10) - Touteleurope.fr
 OGM, de nouvelles variétés autorisées sur le territoire de l'Union (03/03/10) - Touteleurope.fr

 

Les sites des syndicats agricoles :

Le site de la FNSEA
Le site de la Confédération paysanne
Le site de la Coordination rurale