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Ashley Fox : "Si rien ne change en Europe, il deviendra difficile pour le Royaume-Uni de rester dans l'UE"

Actualité 30.04.2015

Le 7 mai, les Britanniques sont appelés aux urnes pour des élections législatives qui s’annoncent particulièrement incertaines. Parmi les thèmes de campagne les plus importants, l’économie, l’immigration et l’Europe, avec la promesse de David Cameron d’organiser un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne en cas de réélection.

Ashley Fox, chef de la délégation des conservateurs britanniques au Parlement européen, a répondu aux questions de Toute l’Europe sur les enjeux européens des prochaines élections britanniques.

Drapeaux du Royaume-Uni et de l'Union européenne

Touteleurope.eu : La délégation des conservateurs britanniques au Parlement européen soutient-elle la volonté de David Cameron d’organiser un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne ?

Ashley Fox : Oui, absolument ! Nous sommes à 100% unis derrière la décision du Premier ministre de tenir un référendum sur cette question.

Pourquoi ce référendum ?

Cela fait 40 ans que les Britanniques n’ont pas eu leur mot à dire sur l’appartenance à l’Union européenne. Et depuis tout ce temps, l’UE a changé. Elle était un marché unique et devient de plus en plus une union politique. De fait, les traités d’Amsterdam, de Nice et plus récemment de Lisbonne ont transféré d’importantes compétences, du Royaume-Uni vers Bruxelles. Par conséquent, les Britanniques doivent être consultés sur leur volonté de rester dans l’Union européenne.

S’il est réélu Premier ministre, David Cameron a promis de renégocier les traités. Qu’est-ce que cela implique ?

Nous estimons que Bruxelles dispose de trop de compétences et nous voulons en rapatrier une partie vers les Etats membres. Une fois que nous aurons achevé cette renégociation, nous soumettrons ce « new deal » aux électeurs britanniques.

Ashley Fox

Ashley Fox
est eurodéputé depuis 2009. Chef de la délégation des conservateurs britanniques au Parlement européen, il soutient la promesse de David Cameron d’organiser un référendum sur la place du Royaume-Uni dans l’Union européenne et milite pour réduire les pouvoirs conférés à Bruxelles.

Pour vous donner un exemple de pouvoir que nous souhaitons rapatrier entre les mains des Etats, à l’heure actuelle, les Etats membres doivent traiter les citoyens européens de la même manière que leurs propres ressortissants, notamment concernant les prestations de sécurité sociale. Le changement que demande le Premier ministre est la possibilité de faire la différence entre les citoyens britanniques et les citoyens européens. De cette manière, les Européens vivant au Royaume-Uni devront contribuer pendant quatre ans à notre système de protection sociale avant de pouvoir percevoir des prestations. De mon point de vue, il s’agit d’un changement raisonnable et juste.

Dans le domaine de l’immigration, David Cameron est passé à l’offensive : veut-il revenir sur le principe de libre circulation des personnes ?

Les conservateurs n’ont aucun problème avec la venue de travailleurs européens au Royaume-Uni. Le problème c’est quand ils viennent et qu’ils ne travaillent pas. Je reconnais volontiers que la plupart des immigrants s’installant au Royaume-Uni travaillent dur. Seulement une petite minorité ne le fait pas. Nous voulons donc nous s’assurer que les citoyens européens venant au Royaume-Uni cotisent à notre système de protection sociale pendant quatre ans avant de pouvoir bénéficier de ses avantages.

Et il y a autre chose que nous souhaitons changer. Lorsqu’une personne arrive par exemple de Roumanie et qu’elle travaille à Londres, elle peut demander des allocations familiales destinées à ses enfants restés à Bucarest, même si le coût de la vie y est nettement inférieur. Une fois encore, nous disons que cette personne est la bienvenue pour travailler au Royaume-Uni, mais qu’elle ne pourra percevoir ce type d’allocation avant quatre années.

De tels changements sont-ils susceptibles d’être acceptés au niveau européen ?

Tout à fait ! Ces changements ont de très bonnes chances d’aboutir. Premièrement parce que je pense que la plupart des Etats membres veulent que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne. Bien sûr, il est possible que cette renégociation échoue. Mais si rien ne change, je pense qu’il deviendra difficile pour le Royaume-Uni de rester. Par conséquent, je pense que nos partenaires en Europe seront accommodants : ils voudront nous aider.

D’ailleurs, en ce qui concerne les prestations sociales, Angela Merkel ou encore le gouvernement néerlandais soutiennent les changements que nous proposons. Au moins sur ce point, et je suis sûr qu’il y en aura d’autres, je suis confiant dans notre capacité à trouver à des alliés.

Sur le plan économique, la City semble s’inquiéter d’un potentiel 'Brexit'…

Je pense qu’une sortie de l’UE est improbable et que nous obtiendrons un bon accord. Cela dit, l’échec est toujours possible.

La raison pour laquelle la City de Londres est inquiète, c’est parce que le marché unique est très important pour le Royaume-Uni, particulièrement pour les échanges de services. Et la City est le cœur de nos services financiers. Il est donc logique que de nombreuses compagnies financières veuillent rester dans le marché unique. Je pense que ce sera le cas.

La City va-t-elle donner son soutien au Parti travailliste pour les élections législatives du 7 mai ?

Non, je ne pense pas. Si vous regardez le bilan économique des conservateurs, vous verrez que nous avons fort bien réussi. L’inflation est à zéro. Nous avons créé deux millions de nouveaux emplois au Royaume-Uni, ce qui est plus que les 27 autres Etats membres de l’Union européenne combinés. Pour cela nous avons suivi les bonnes politiques économiques. C’était difficile, mais nous avons fait les bons choix. Alors qu’en parallèle, le Parti travailliste prévoit d’emprunter davantage, de taxer davantage et de dépenser davantage. Ils veulent imiter monsieur Hollande. Je pense que ce serait un désastre et je pense que la plupart des chefs d’entreprises sont de mon avis.

Le 29 avril, dans le Figaro, Ed Miliband a déclaré que la politique étrangère et européenne de David Cameron a affaibli et isolé le Royaume-Uni. Qu’en dites-vous ?

Pourquoi dirait-il autre chose ? Ed Miliband et le Parti travailliste n’ont jamais rien accompli en Europe. Le dernier gouvernement travailliste a d’ailleurs renoncé à une partie du rabais britannique sans rien demander en échange.

Au pouvoir, le Labour ne défend pas les intérêts britanniques. Alors que le gouvernement sortant a un bon bilan européen. David Cameron a diminué le budget de l’Union européenne. Quelque chose que tout le monde pensait impossible, mais il l’a obtenu. Il a aussi donné son véto contre un traité qui était contraire à nos intérêts : le Pacte budgétaire européen. Il a donc été le premier dirigeant britannique à refuser un traité. Et il a aussi tenu le Royaume-Uni hors des plans de sauvetage des pays européens en difficulté. N’étant pas membre de la zone euro, il ne relevait pas de notre responsabilité de faire le ménage dans ce désordre.

Depuis six ans, le Parti conservateur britannique n’appartient plus au groupe PPE au Parlement européen – à la différence de la plupart des autres partis de centre-droit en Europe. N’est-ce pas plus difficile de trouver des alliés ?

Non. Le groupe des conservateurs et réformistes européens que nous avons formé est en pleine progression. Dans de nombreux cas, nous travaillons avec le PPE et nous votons de la même manière, notamment pour les enjeux relatifs au marché unique où nos intérêts convergent.

Mais il existe une différence fondamentale entre les partis membres du PPE et nous. Nous ne souhaitons pas un approfondissement sans fin de l’union politique en Europe. Le PPE croit que toujours plus de pouvoirs doivent être transférés à Bruxelles. Le Parti conservateur britannique et ses quatorze alliés au Parlement européen disent ‘non’ à cette idée. Bruxelles doit cesser d’interférer dans la vie quotidienne des citoyens. D’ailleurs si vous regardez en France et dans d’autres Etats membres, vous verrez que notre message est très populaire.

Le 7 mai, les conservateurs auront peut-être besoin de former une coalition pour gouverner. Une nouvelle alliance avec les libéraux-démocrates pourrait-elle voir le jour compte tenu de vos différences sur l’Europe ?

Je ne veux pas d’une coalition. Je veux une majorité afin d’appliquer notre programme. Si c’est impossible, nous étudierons les options en fonction du choix des électeurs. Une nouvelle coalition est dès lors possible. Mais qu’il s’agisse des libéraux-démocrates ou de tout autre parti avec lequel nous pourrions former une coalition, ils doivent savoir qu’organiser ce référendum sur la place du Royaume-Uni en Europe est non négociable.