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Arrestation de Mladic : la Serbie croit en son avenir européen

Actualité 27.05.2011

C'était l'une des dernières conditions sine qua non posée par l'Union européenne pour attribuer le statut de candidat à la Serbie : livrer l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, à la justice internationale. Le président de la Commission européenne rappelait d'ailleurs la semaine dernière que la coopération pleine et entière de la République de Serbie avec le Tribunal pénal international serait un élément décisif pour son rapprochement avec l'UE. C'est désormais chose faite, et l'ex-général accusé de génocide et de crimes de guerre devrait être extradé rapidement vers la Haye.

 

16 ans de cavale, 15 chefs d'inculpation


En 1995, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie inculpe Radovan Karadzic et Ratko Mladic. Ce dernier est accusé de génocide, de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Derrière ces chefs d'inculpation se cache sa responsabilité dans le massacre de Srebrenica, qui a fait plus de 7000 victimes, mais aussi la persécution systématique à l'encontre des non-Serbes qu'il souhaite chasser du pays. Il est aussi responsable du siège de Sarajevo, où pendant plus de 3 ans des civils musulmans sont bombardés.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a été créé par l’Organisation des Nations Unies pour juger les personnes présumées responsables des crimes de guerre commis dans les Balkans au cours des conflits des années 1990.

De par sa responsabilité directe et son autorité sur tout le fonctionnement de l'armée, l'arrestation de Mladic est devenue l'un des enjeux les plus importants de la réconciliation en ex-Yougoslavie. L'attention du TPIY se focalise d'autant plus sur son cas que son mentor et supérieur, Radovan Karadzic, est arrêté en 2008.

C'est donc après une fuite de plus de quinze ans que Ratko Mladic vient d'être appréhendé par la police serbe. La lenteur des autorités à livrer l'ancien général à la justice interroge quant aux soutiens possibles reçus par le criminel présumé non seulement au sein de la population, mais aussi dans la police et dans l'armée.

En effet pour beaucoup de Serbes, Ratko Mladic est sinon un héros de guerre, du moins une figure du nationalisme. Un sondage révélait en 2009 que seul un quart des Serbes souhaitait son arrestation. Plus impressionnant, selon un sondage effectué en mai et publié par le site d'information B92, seulement 7% le dénonceraient en l’échange des 10 millions d’euros promis par le gouvernement pour toute information pouvant aider à sa capture.

Une arrestation qui ouvre les perspectives européennes de la Serbie


L'annonce de l'arrestation par le président serbe Boris Tadic tombe à pic : la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton avait prévu de se rendre en Serbie pour une visite officielle ce jeudi. C'est également le jour où a été dévoilé le rapport du procureur du Tribunal de la Haye, Serge Brammertz, dans lequel il affirme que les efforts de la Serbie pour arrêter Ratko Mladic n'étaient pas suffisants".

Un timing parfait donc pour le gouvernement serbe pour qui la perspective d'entrée dans l'UE est un enjeu stratégique. Le pays a multiplié ces derniers temps les signes en direction de l'Union : dialogue avec le Kosovo qu'il ne reconnait pas, durcissement du contrôle des flux de demandeurs d'asile à destination de l'UE.

Mais pour les Européens, c'est bel et bien l'arrestation de Ratko Mladic qui fait tomber le dernier obstacle sur le chemin de l'adhésion. Les réactions positives se sont succédé jeudi, les dirigeants des Vingt-Sept louant le courage du président Tadic. Pour Jean-Arnault Dérens, spécialiste des Balkans, "la Serbie peut espérer obtenir le statut de pays candidat d'ici à la fin de l'année".

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