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Allemagne : une nouvelle grande coalition est-elle possible ?

Revue de presse 08.01.2018

Les démocrates-chrétiens (CDU/CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) allemands ont débuté, dimanche 7 janvier, les négociations préliminaires pour former une coalition gouvernementale. Malgré l'optimisme affiché, un accord est loin d'être conclu tant les positions des différents partis sont éloignées.

Martin Schulz (SPD), Angela Merkel (CDU) et Horst Seehofer (CSU)

Martin Schulz (SPD), Angela Merkel (CDU) et Horst Seehofer (CSU)

"Speed-dating"

Dimanche 7 janvier, la CDU, son alliée bavaroise de la CSU et le SPD se sont rencontrés à Berlin pour des "discussions exploratoires" afin de constituer le prochain gouvernement allemand [Le Journal du dimanche]. Pour Marianne il s'agit d'un "speed-dating" afin de savoir "si cela vaut la peine de se lancer dans la laborieuse rédaction d’un programme commun".

L'hebdomadaire relate que "pendant la trêve de Noël" des groupes de travail "ont travaillé d’arrache-pied pour tenter de déminer les zones minées". Les négociations qui se sont ouvertes le 7 janvier vont voir "les 14 groupes de travail et les 39 participants [essayer de] se mettre d'accord sur de grandes lignes directrices et des projets centraux" [RFI]. Le Journal du dimanche explique que "chaque soir, le 'groupe des six', composé des trois chefs de parti et des présidents des trois groupes parlementaires, se réunira pour trancher les débats de la journée". Selon l'hebdomadaire, les discussions ont été "planifiées à l'heure près".

Les négociateurs se sont donné jusqu'au vendredi 12 janvier pour "pour décider si oui ou non, ils formeront d'une nouvelle coalition pour gouverner l'Allemagne" [Euronews]. En cas d'accord, commencera la phase "de la rédaction du contrat de coalition proprement dit, (…) lundi 22 janvier, au lendemain du congrès du SPD", rapporte Le Monde.

"Convaincre les militants"

Les représentants des trois partis "se veulent prudemment optimistes" [RFI]. D'après Le Point, Angela Merkel et le chef du SPD Martin Schulz "ont promis dimanche 'une nouvelle politique'". Toutefois, cet optimisme affiché masque les négociations houleuses qui s'annoncent, "en raison de divergences sur la politique migratoire ou l'Europe entre la CSU, plus à droite que la CDU de Mme Merkel, et le SPD". De même, "il va aussi falloir convaincre les militants", car ceux-ci estiment que les mauvais résultats électoraux de la CDU/CSU et du SPD sont dus à une "'perte de profil politique' au sein de la précédente grande coalition" [Marianne]. En effet, ces trois partis ont dirigé l'Allemagne de 2013 à 2017 et ont vu leurs scores diminuer lors des élections de septembre dernier.

Et alors qu'en Bavière des élections régionales doivent avoir lieu à l'automne  prochain, la CSU craint que "sa majorité absolue [ne soit] mise en danger par la poussée du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD)" [Le Point]. C'est pour cela que "ses dirigeants multiplient les exigences pour durcir la politique d'accueil des demandeurs d'asile". Par ailleurs, ceux-ci "ont reçu vendredi [5 janvier] encore la visite du président hongrois Viktor Orbán, bête noire du SPD et opposant connu à toute politique d’accueil des réfugiés".

En face, "la barre est placée (…) haut" pour le SPD, car c'est un congrès "extraordinaire", le 21 janvier, qui doit "décider si les sociaux-démocrates entament ou non des négociations en bonne et due forme" [RFI]. Or comme le relate Le Monde, au sein de la formation conduite par Martin Schulz "beaucoup estiment qu’il serait suicidaire de poursuivre l’aventure, et que le parti aurait davantage intérêt à se refaire une santé dans l’opposition plutôt que de servir de force d’appoint à une Mme Merkel en fin de course". Selon le quotidien, "les législatives ont érodé [la] popularité" de la chancelière allemande.

En cas d'échec des négociations "les deux hypothèses envisageables pour la suite sont (…) politiquement risquées", précise Le Monde. Angela Merkel pourrait former "un gouvernement conservateur minoritaire", option qu'elle a déjà écarté, rappelle Le Point. L'autre alternative serait l'organisation, à la demande du président allemand Frank-Walter Steinmeier, de nouvelles élections. Pour Mme Merkel le risque serait, alors, qu'au sein de son parti on réclame "son départ et la désignation d’un(e) autre candidat(e) à la chancellerie".