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Albanie : les troubles pénalisent la vocation européenne du pays

Actualité 25.01.2011

Les récents évènements en Albanie risquent de pénaliser sa marche vers l'intégration européenne. Son instabilité politique pourrait engendrer un prochain rapport pénalisant de la Commission européenne. Pourtant, depuis 1993, l'Albanie a fait de nombreux efforts économiques et politiques afin de connaître la même évolution que ses voisins balkaniques, et semblait en bonne voie pour l'intégration européenne. Toute l'Europe revient sur la longue marche de l'Albanie vers l'Europe. 

Un parfum de jasmin en Albanie

Une manifestation ordinaire s'est transformée en bataille rangée à Tirana vendredi dernier. Plusieurs centaines de manifestants ont occupé les rues de Tirana pendant plusieurs heures avant d'avoir été dégagés par les forces de police. L'opposition socialiste avait appelé à manifester et condamne la répression. Le leader socialiste et maire de Tirana, Edi Rama, s'est publiquement scandalisé de cette situation, affirmant qu'il était "inacceptable que des milliers de manifestants pacifiques aient été provoqués et la manière dont ils ont été traités et même tués parce qu'ils demandaient à être écoutés".

Les funérailles de deux manifestants tués par balles se sont déroulées dans le calme dans le sud du pays. Plus tard, dans un discours retransmis en direct à la télévision, le Premier ministre Sali Berisha (parti démocratique d’Albanie) a accusé, dans des termes passionnés, l'opposition d'avoir engagé des casseurs : "ces bâtards ont imaginé un scénario à la tunisienne, et ces derniers jours, ils n'ont pensé qu'à ça".

Salish Berisha

Âgé de 67 ans, Sali Berisha, cardiologue de formation, est le fondateur du Parti démocratique. Leader du mouvement qui fit chuter en avril 1991 le régime établi par Enver Hoxha, il occupe depuis une place centrale sur la scène politique. Elu président de la République d'Albanie en 1992 après la victoire de son parti aux élections législatives libres du pays, il gouverne d'une main de fer. Il fait juger pour génocide des dizaines d'anciens dirigeants communistes. En 1997, il est chassé du pouvoir à la suite d'émeutes, et revient au poste de premier ministre en 2005, à la suite d'un scrutin dénoncé par le parti socialiste d'opposition.

Ces troubles s'inscrivent largement dans le sillage des élections controversées de Juin 2009, que le parti du Premier ministre avait remportées de justesse. Si ces élections n'avaient pas été contestées au tout début, la rumeur avait ensuite enflé quant à la faible légitimité de cette victoire. Depuis lors, les tensions étaient vives entre les deux camps.

Une instabilité politique qui entrave le chemin vers l'Union européenne

Ces incidents risquent d'entraver la voix sur laquelle l'Albanie était engagée pour intégrer l'Union européenne. Bien que le pays n'ait pas encore le statut de candidat à l'adhésion, au contraire de la Turquie, ou de la Croatie, plusieurs étapes ont néanmoins imbriquées la relations entre l'UE et la Tunisie.

En effet, l'UE a réagi fortement à ces incidents, et a condamné l'usage de la violence par les forces de l'ordre aux ordres du Premier ministre. La diplomatie européenne est d'autant plus inquiète que d'autres manifestations sont prévues pour cette fin de semaine. "Nous appelons urgement tous les hommes politiques au calme et à refréner tout type de provocation", ont conjointement déclaré Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, et Stefan Füle, Commissaire à l'élargissement, en déplorant les vies perdues et la violence exercée dans la capitale albanaise. Ils ont été rejoints par la France et l'Allemagne le 25 janvier.

Des violences similaires avaient eu lieu une semaine auparavant, et on avait déploré la mort de trois personnes et des dizaines de blessés. "Nous devons continuer notre lutte de manière déterminée puisque l'issue est claire, soit pour une Albanie libre pour tous, ou soit maintenir un peuple subordonné sous la botte d'un pouvoir barbare", s'etait écrié alors M. Rama aux funérailles d'un des manifestants morts.

L'Albanie et l'Union européenne

Les relations ont commencé très tôt après l'instauration du multipartisme en Albanie, en 1990. Pendant les premières années, ce sont principalement des accords commerciaux qui se chargèrent d'intégrer progressivement les structures économiques albanaises à l'Union européenne. En 1992 est signé l'accord de commerce et de coopération, et à cette même date, le pays devient éligible pour prétendre aux fonds européens du programme PHARE.

Le Programme PHARE

Le programme d'aide communautaire aux pays d'Europe centrale et orientale (Phare) constitue le principal instrument financier de la stratégie de pré-adhésion pour les pays d'Europe centrale et orientale (PECO). Depuis 1994, les missions de Phare ont été adaptées aux priorités et aux besoins de chaque PECO. Le programme poursuit essentiellement deux priorités: le renforcement des institutions et des administrations; le financement des investissements. Même si, à l'origine, il était réservé aux PECO, il est en passe de s'étendre aux pays candidats des Balkans occidentaux.

 

En juin 2000, le Conseil européen de Feira valide le fait que tous les pays étant sous le processus de stabilisation et d'association sont des "candidats potentiels" à l'Union européenne, et lors du sommet européen de Zagreb en 2000, l'Albanie devient effectivement partenaire officielle de ce processus.

En 2003, le Conseil européen de Thessalonique, le processus d'association et de stabilisation est adopté en tant que politique européenne pour les Balkans occidentaux. La perspective européenne pour ces pays, dont l'Albanie, est officilaisée et en juin 2006, l'accord est signé entre les différents contractants.

A partir de 2007, l'intégration progressive dans les politiques européennes s'occupe davantage de la libre circulation des personnes. En septembre 2007 puis en octobre 2007, la signature de l'accord de facilité pour les visas entre en vigueur. Fort de ces étapes majeures, ainsi que d'autres progrès réalisés entre les deux parties, l'accord principal d'association et de stabilisation entre définitivement en vigueur le 1er avril 2009. En conséquence, l'Albanie dépose sa candidature pour devenir un membre à part entière de l'Union européenne. Le 16 novembre 2009, le Conseil prend positivement acte de cette candidature et invite la Commission européenne à donner son avis.

 

Le processus d'association et de stabilisation (Stabilisation and Association process, SAP)

Ce processus se décrit comme un engagement à long terme pour la région concernée, tant en termes d'effort politique qu'en ressources financières et humaines. Le SAP est un tremplin vers des relations de plus en plus étroites avec l'UE, fondées sur des incitations et des obligations, et se déroule en trois étapes 1) Accords d'association et de stabilisation 2) Assistance financière de l'UE 3) Mesures commerciales autonomes

Une candidature qui progresse

Après le renouvellement de la Commission, Stefan Füle succède à Olli Rehn comme Commissaire à l'Elargissement.

Les préparatifs à l'intégration de l'Albanie avancent progressivement en 2010. En avril, le Premier ministre albanis, M. Sali Berisha a rendu un questionnaire de préparation de l'opinion publique albanaise, qui a été évalué plus tard par la Commission. Mais dans un premier temps, M. Füle a estimé le rendu de ce questionnaire comme étant de bonne augure.

En juin 2005, le second sommet concernant l'accord d'association et de stabilisation a eu lieu à Bruxelles, dans lequel les progrès de l'Albanie sont apparus faibles. Cependant, il a été noté que l'Albanie "a maitenu un rôle constructeur et stabilisateur dans la région" selon le Commissaire européen à l'élargissement.

Le 27 mai 2010, le commissaire Füle marque une nouvelle étape importante avec une proposition permettant aux citoyens albanais de voyager dans les pays de l'espace Schengen sans avoir recours à un visa temporaire, à condition que l'Albanie remplisse certaines obligations en terme de circulation.

En juin 2010, Catherine Ashton et Stefan Füle ont participé à un Sommet de haut niveau UE - Balkans occidentaux, réaffirmant la solidité des candidatures des pays engagés dont l'Albanie. Le 19 Octobre 2010, Herman Van Rompuy, le Président du Conseil européen, réaffirme les positions de l'Union européenne lors d'une visite régionale. La totalité du monitoring exercé par la Commission est rendu public le 9 novembre 2010, à l'occasion de l'adoption de la stratégie annuelle de la Commission sur l'élargissement, où les progrès des Balkans occidentaux sont mis en relief. Dans le dernier rapport sur l'Albanie, la Commission précise que "les résultats obtenus par l'Albanie en ce qui concerne le respect des obligations qui lui incombent, en vertu de l'accord de stabilisation et d'association sont, dans l'ensemble, positifs". En ce qui concerne les critères économiques, l'Albanie a atteint un certain niveau de stabilité macroéconomique.

 

Des progrès économiques et politiques nécessaires

Toutefois, pour devenir une économie de marché viable telle que définie par le Conseil européen de Copenhague de 1993, "elle doit encore renforcer sa gouvernance, améliorer les performances de son marché du travail, garantir la reconnaissance des droits de propriété et renforcer la primauté du droit. Pour être en mesure de faire face à moyen terme à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l'intérieur de l’Union, elle doit renforcer son infrastructure matérielle et son capital humain et mener de nouvelles réformes structurelles".

Mais c'est surtout dans le champ politique que l'Albanie doit fournir des efforts considérables. A ce titre, la Commission estime que les négociations en vue de l'adhésion de l'Albanie à l'UE devraient débuter dès que le pays aura atteint le niveau nécessaire de conformité aux critères d'adhésion et, en particulier, aux critères politiques de Copenhague qui lui imposent d'avoir des institutions stables garantissant notamment la démocratie et la primauté
du droit. Or les récents évènements ne vont pas dans ce sens. Une enquête devrait d'ailleurs avoir lieu sur leurs circonstances, ainsi que sur la classe politique albanaise soupçonnée de corruption.

 

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