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Aide au développement : quel partenariat ACP-UE après 2020 ?

Actualité 08.06.2017

A l’occasion des Journées européennes du développement (EDD), personnalités politiques et acteurs du développement du monde entier se sont réunis à Bruxelles, les 7 et 8 juin 2017, afin d’échanger pendant deux jours sur l’avenir de l’aide au développement. L’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) devront très prochainement redéfinir les termes de leur nouveau partenariat : l’occasion pour tous de partager expériences et idées pour préparer la période "post-Cotonou", après 2020.

EDD 2017

Post-Cotonou : le temps de la réflexion

Depuis son entrée en vigueur en 2003, l’accord de Cotonou prévoit l’essentiel de la coopération ACP-UE dans le domaine du développement jusqu’en 2020, date à laquelle l'accord arrivera à échéance. L’édition 2017 des EDD a permis d’initier une réflexion sur le futur commun des deux partenaires. "[Avec l’accord de Cotonou,] l’Europe ne parle pas avec l’Afrique mais parle à l’Afrique", a dénoncé Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda pour qui UE et pays ACP doivent être davantage sur un pied d’égalité dans le dialogue politique à venir.

Certains pays ACP préconisent une meilleure coordination de leurs intérêts pour le prochain partenariat. "Les négociations post-Cotonou sont l’occasion de réfléchir à la direction vers laquelle l’Afrique se dirige", a déclaré la ministre rwandaise. "Le nouveau partenariat devra faire attention aux changements qui se sont opérés dans certaines régions", a réagi Teresa Ribeiro, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et à la Coopération du Portugal.

Au niveau européen, le 7 juin 2017, la Commission, le Parlement et le Conseil européens ont signé un nouveau consensus européen pour le développement. Ce cadre d’action commun en matière d’aide au développement doit permettre d’atteindre les objectifs globaux du Développement durable d’ici 2030 tels qu’ils ont été définis en 2015 par les Nations unies.

"Notre consensus européen pour le développement est notre réponse aux Objectifs du Développement durable", a expliqué le commissaire européen au Développement, Neven Mimica, lors d'une conférence de presse. Ce nouveau consensus place une nouvelle fois l’éradication de l’extrême pauvreté au premier plan. Les dirigeants européens ont particulièrement mis l’accent sur l’association de la société civile, du secteur privé et de l’aide publique au développement ainsi que sur une forte interdépendance entre les différents acteurs et enjeux du développement.

L’investissement, au cœur des priorités

Dans les réflexions sur le nouveau partenariat ACP-UE, l'investissement économique, mais aussi social, et humain ont été mis au cœur des priorités. Trois sujets transversaux vont servir de cadre aux discussions : l'égalité des genres, le renforcement des capacités des jeunes et les partenariats avec le secteur privé.

Dans les pays à faibles revenus, la réduction des inégalités de genre permettrait une diversification des économies et une hausse de la croissance. "En tant que directrice générale du FMI (…) je suis là pour vous dire que macro-économiquement [l'égalité des sexes] est souhaitable", a souligné Christine Lagarde.

Avec 200 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans, et le double d'ici 2045, l'Afrique est le plus jeune continent. Renforcer les capacités des jeunes, c'est également faire en sorte qu'ils puissent envisager un avenir économiquement viable dans leur pays et aborder les enjeux des migrations économiques. Selon Nana Akufo-Addo, président du Ghana, "la compétitivité du secteur privé est une clef pour s'attaquer au sujet de l'inclusion". La compétitivité participerait à construire des économies qui ne soient plus seulement exportatrices de matières premières, mais de produits à forte valeur ajoutée pour permettre d'augmenter les niveaux de rémunération et de niveaux de vie en général en Afrique.

Quelle place pour la quatrième révolution industrielle dans les futures négociations ?

Les pays ACP font face aux mêmes changements macroéconomiques que les pays de l’UE. Les futures négociations de l’accord post-Cotonou devraient donc prendre en compte les enjeux de la quatrième révolution industrielle.

Le "Plan Marshall avec l'Afrique"

Présenté le 18 janvier 2017 par le ministère de l’Economie et de la coopération et du développement allemand, cette proposition de modèle de partenariat pour le G20, pourrait s'intégrer dans un cadre européen. Ce plan propose "des solutions africaines pour les défis africains", à partir de l'Agenda 2063 adopté en 2015 par l'Union africaine. Un sujet qui sera abordé lors du sommet du G20 en juillet 2017.

"L’Afrique peut être l’usine du monde et sera au rendez-vous de la quatrième révolution industrielle", a déclaré Alpha Condé, président de la Guinée en ouverture des EDD.

Le président rwandais, Paul Kagame s’était déjà exprimé sur le sujet en mai dernier lors du Forum économique mondial sur l’Afrique. "L’Afrique doit utiliser les opportunités présentées par la quatrième révolution industrielle pour devenir un vrai partenaire sur la scène mondiale", avait-il souligné.

Cette révolution industrielle présente d’immenses opportunités de développement mais aussi de nouveaux risques et défis en matière de sécurité ou de lutte contre le terrorisme. Le renforcement de la sécurité dans les régions fragiles, déjà mis en avant lors de la dernière révision de l’accord de Cotonou en 2010, nécessitera probablement un débat sur la cyber-sécurité.

S’il n’y a pas de baguette magique en termes d’aide au développement, les pays ACP ont démontré lors des EDD leur volonté politique de se développer davantage économiquement, socialement et numériquement et de débuter les négociations - au plus tard en septembre 2018 - sur un pied d’égalité avec l’UE.

 

Article dirigé par Toute l'Europe et réalisé avec Open Diplomacy