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Agriculture et alimentation : les ministres de l'OCDE répondent aux défis mondiaux

Actualité 02.03.2010

Réunis les 25 et 26 février à Paris, les ministres de l'agriculture des 30 pays membres de l'OCDE, de pays extérieurs ainsi que les représentants de l’UE, de la FAO et de l’OMC se sont accordés sur l'avenir "des politiques agricoles et alimentaires à la hauteur des défis et opportunités planétaires". Or les conclusions de ces deux jours de négociations, bien que non contraignantes, ne peuvent qu'orienter la future réforme de la politique agricole commune.

2007 - 2008 : explosion de l'insécurité alimentaire

Hafez Ghanem, sous-directeur de la FAO

Interviewé par Touteleurope, M. Ghanem rappelle les principes de la collaboration entre FAO et UE, et plaide pour un système commerce international plus équitable.

Depuis la fin de l'année 2007 et l'augmentation brutale des prix agricoles mondiaux, l'alimentation est devenue un défi majeur du XXIe siècle, en particulier dans les pays en développement.

 

Y apporter des  réponses constitue l'un des objectifs de cette réunion des ministres de l'agriculture les 25 et 26 février dans les locaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), intitulée "Pour un avenir durable : des politiques agricoles et alimentaires à la hauteur des défis et opportunités planétaires". Plus largement, le piétinement des négociations internationales dans le cadre de l'OMC (cycle de Doha) peut également expliquer cette rencontre, la dernière s'étant tenue en 1998.

 

Ont participé à ces négociations les ministres de l'agriculture des 30 pays membres de l'OCDE, ceux de l’Afrique du Sud, de l’Argentine, du Brésil, du Chili, de l’Estonie, de la Russie, de l’Indonésie, d’Israël, de la Roumanie et de la Slovénie (dont la plupart sont en voie d’adhésion à l’OCDE), ainsi que les représentants de l’Union européenne, de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Comme le souligne le communiqué final de la présidence, ces pays représentent ensemble "une proportion colossale de la production et de la consommation mondiales de produits agricoles et alimentaires".

 

Notons toutefois que l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil et l’Indonésie "n'ont pas souscrit au communiqué final" mais exprimé leur adhésion à  plusieurs conclusions, en particulier sur "les échanges, (…) l’importance des marchés ouverts et (…) la poursuite de la libéralisation des échanges de produits agricoles".

 

L'avenir de l'agriculture, et notamment celui de la politique agricole commune, y a été plus ou moins directement débattu à travers les points suivants :

 

Augmentation de la production

"Les différents représentants ont ainsi convenu que les solutions à l’insécurité alimentaire devaient s’articuler sur divers domaines, au premier rang desquels la production et (...) la croissance de la productivité", précise le communiqué final de la présidence, et ce dans toutes les parties du monde : les pays en développement mais aussi "les régions richement dotées en ressources naturelles et autres facteurs nécessaires à l’agriculture".

 

Commerce international

Un "système commercial multilatéral fonctionnant correctement et soumis à des règles" (dans le cadre du programme de Doha), ainsi que des marchés (y compris européens) "plus ouverts" (notamment aux pays en développement) doivent, selon le communiqué, permettre "une meilleure circulation mondiale des biens alimentaires".

 

Or la Politique agricole commune est régulièrement dénoncée par les pays du Sud du fait des subventions à l'exportation et de l'accès limité de ces derniers au marché européen.

 

"Certains pays ont exprimé le souhait de prendre en compte les normes environnementales et sociales", points sur lesquels insiste notamment la politique agricole commune. Le rôle de l'innovation et l’importance du transfert et de la mise en application des connaissances et technologies existantes ont également été soulignés.

 

Changement climatique

"L'agriculture devrait apporter une contribution importante à la réduction des émissions de gaz à effet de serre". L'enjeu et la difficulté est alors de "réduire l’intensité d’émissions de la production alimentaire tout en préservant la compétitivité économique du secteur" et en augmentant la production agricole. A nouveau, la politique agricole commune souligne la nécessité de combattre le changement climatique.

 

OGM

Les ministres notent ensuite "que les réglementations concernant certaines nouvelles technologies et l’attitude du public à l’égard de ces dernières présentaient des différences d’un pays à l’autre. Les techniques de modification génétique en sont un exemple. Elles se heurtent à des résistances de l’opinion dans certaines parties du monde, mais d’aucuns ont le sentiment qu’elles peuvent jouer un rôle important en aidant le secteur à répondre à une demande croissante". Autrement dit : la recherche sur les OGM doit ainsi être poursuivie.

 

Pouvoir de marché

"Il a été jugé important que les agriculteurs reçoivent une part équitable du prix payé par le consommateur final (…). Il a été admis que des cadres réglementaires adaptés, en particulier une politique de la concurrence efficace, seraient en l’occurrence utiles".

 

Multifonctionnalité

"Certains pays ont fait mention de la multifonctionnalité de l’agriculture, c’est-à-dire du fait que le système agricole, outre les produits de base utilisés en alimentation humaine et animale ou à d’autres fins, peut aussi produire des biens et services environnementaux au travers de la biodiversité et des paysages, par exemple, ou encore contribuer au développement des zones rurales".

 

On peut sans difficulté soupçonner plusieurs membres de l'Union d'avoir mis en avant le principe de multifonctionnalité, le deuxième pilier de la PAC ("développement rural") traduisant sa pleine prise en compte au sein de l'UE. D'autres pays "ont insisté sur le fait que l’action publique axée sur la multifonctionnalité ne devait pas (…) fausser les échanges".

 

Opinion publique

"Les ministres ont estimé que des efforts devraient être consentis pour améliorer l’image du secteur. Il a été fait mention de l’intérêt croissant que les consommateurs témoignent aux modalités et au lieu de production des aliments (…). L’intérêt de ces derniers pour des questions comme la qualité des aliments, le bien-être des animaux et les conditions environnementales dans lesquelles la production s’effectue a été noté lui aussi, de même que l’importance de l’étiquetage en vue d’informer les consommateurs sur ces thématiques".

 

Pour une agriculture saine et durable

Enfin, notons que la conclusion du communiqué rappelle a bien des égards les objectifs de la Politique agricole commune (bien que les moyens avancés n'y soient pas nécessairement les mêmes) : "Notre tâche, en tant que ministres et membres de nos gouvernements, est de veiller à ce que les réglementations, institutions et politiques nécessaires soient en place pour permettre aux agriculteurs et au système alimentaire dans sa totalité de faire ce qu’ils font le mieux : fournir des aliments sains et nutritifs là où ils sont nécessaires, répondre à diverses attentes de la société et des consommateurs, et prendre soin de nos ressources naturelles".

 

 

Sources

 

Réunion du Comité de l'agriculture au niveau des ministres, 25 - 26 février 2010, Résumé de la présidence - OCDE

 

 

En savoir plus

 

La Politique agricole commune (PAC) - Touteleurope.fr

Chronologie de la Politique agricole commune - Touteleurope.fr