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A Paris, la BEI et bpifrance s'associent pour soutenir le financement des PME

Actualité 24.06.2013

C'est au ministère français de l'Economie et des Finances qu'à l'occasion des premières Assises européennes du financement des PME (AEFP) la Banque européenne d'investissement (BEI) et la toute récente banque publique d'investissement (bpifrance) ont signé ce lundi 24 juin un accord de partenariat prévoyant la mobilisation par la BEI d'1,2 milliard d'euros dans des opérations conjointes visant au financement des PME, en présence du ministre français de l'Economie Pierre Moscovici et du président de la BEI Werner Hoyer.

"Renforcer l'effet de levier réciproque des deux institutions, au service du financement des PME et ETI françaises"

Après la signature d'un accord avec la Caisse des Dépôts et des Consignations la semaine dernière, qui vise à financer des projets d'investissement de collectivités locales en France en vue de relancer la croissance, c'est donc avec la bpifrance que s'associe cette fois la Banque européenne d'investissement. L'objectif : soutenir les PME françaises en finançant des activités de prêts aux très petites entreprises (TPE), petites et moyennes entreprises (PME) et entreprises de taille intermédiaire (ETI), mais également en apportant des garanties pour les nouveaux prêts de bpifrance aux petites entreprises innovantes.

Les Assises européennes du financement des PME ont également été l'occasion d'une signature de conventions de garantie entre le FEI (groupe BEI) et la Banque populaire (Groupe BPCE) visant à fournir un total de 2 milliards d'euros de prêts aux petites et moyennes entreprises en France. Il s’agit de la première opération faisant intervenir un instrument de partage des risques (IPR) en France, et de la plus importante dans l’UE jusqu’à présent, avec une enveloppe de prêts de 250 millions d'euros pour des entreprises innovantes. Le FEI a également signé un accord de prorogation du Programme-cadre pour l’innovation et la compétitivité (CIP) avec les SOCAMA (appartenant au groupe BPCE), ce qui a porté le montant total de l’enveloppe de prêts au titre du CIP à 1,8 milliard d'euros. Environ 50 000 PME devraient bénéficier de cette opération.

"L'idée est simple : renforcer l'effet de levier réciproque des deux institutions, au service du financement des PME et ETI françaises" a résumé Pierre Moscovici. L'accord de coopération signé ce matin par le vice-président de la BEI, Philippe de Fontaine Vive, et le directeur général de bpifrance, Nicolas Dufourcq, va permettre à la BEI de mobiliser 1,2 milliard d'euros dans des opérations conjointes avec bpifrance, apportant ainsi des capacités de financement supplémentaires au profit  des PME françaises.

Pourquoi mettre l'accent sur les PME ? "Parce qu'elles sont au coeur de notre économie", précise le ministre français de l'Economie, et "qu'elles souffrent dans le contexte actuel d'un accès restreint au financement, notamment car elles sont encore, pour l'essentiel, dépendantes du crédit". Or, les banques peinent à financer le risque nécessaire au développement des PME. En garantissant les prêts, la BEI entend abaisser ces barrières. "Mais une fois la garantie apportée, les PME doivent encore obtenir le prêt" soulignait ce matin Philippe de Fontaine Vive, "certaines banques, même avec cette garantie, refusent toujours d'accorder le crédit". "La BEI n'est pas la panacée, à elle seule elle ne peut pas résoudre la crise financière", a également rappelé son président Werner Hoyer.

Quatre domaines prioritaires

Concrètement, a explique ce matin Philippe de Fontaine Vive à l'occasion de cette signature, ce partenariat de la BEI et de la BPI française poursuit quatre grandes priorités :

  • Le financement conjoint des activités de prêts des deux institutions aux TPE, PME et ETI.
  • Une activité de garantie pour TPE, PME et ETI innovantes françaises et une collaboration dans le projet de garantie de prêt étudiant "ERASMUS for All"
  • La constitution d'un fonds de dette au bénéfice des TPE et PME
  • Un investissement commun en fonds propres pour favoriser le déploiement de fonds d’amorçage, de fonds de capital investissement régionaux et de fonds de Business Angels en France

 

Interview de Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI


Un problème d'accès au financement en France, malgré les outils disponibles

Pour le président de la Confédération Générale des Petites et Moyennes entreprises (CGPME), Jean-François Rubaud, qui intervenait ce matin lors des AEFPME, le problème ne vient pas tant du coût du financement que des difficultés que rencontrent les entreprises pour y avoir accès. Citant un baromètre publié le 18 juin, il constate ainsi qu'un quart des PME françaises rencontrent des problèmes de financement et même que 37% d'entre elles réduisent leurs demandes en financement face au durcissement des conditions d'octroi de crédits. "La BEI deviendra sûrement l'un de nos principaux partenaires" a-t-il conclut.

Un constat également partagé par Nicolas Dufourcq pour qui le problème n'est pas le coût du financement. "Les PME françaises bénéficiaient aujourd'hui des taux d'emprunt les plus bas en Europe, inférieurs en moyenne de 80 points de base aux taux demandés aux PME allemandes" a souligné le directeur général de bpifrance. "Le sujet n'est pas tant de baisser les taux en France que de combler quelques failles de marché" a-t-il poursuivi. Il regrette également que bpifrance soit encore trop peu sollicitée. "Si on devait faire 10 milliards d'euros de plus de crédit aux PME en 2013 on pourrait, le problème c'est les dossiers, l'argent il est là. Il est là en crédit et en fonds propres" a-t-il expliqué dans une interview à BFM Business. Pour M. Rubaud, la BPI doit agir au plus près des PME, en régions : "bpifrance doit avoir un rôle principal, celui de guichet unique implanté dans les régions, avec des comités régionaux incluant les entrepreneurs".

L'amélioration de l'accès au financement pour les PME passe aussi par la diversification des sources de financement et la "désintermédiation" qui a été au coeur des échanges de la matinée de ces premières Assises européennes du financement des PME. En effet, tous les intervenants ont constaté que les PME européennes, et notamment françaises, dépendaient encore trop du financement bancaire. "A moyen terme, l'Europe va soutenir une diversification du financement des PME, pas seulement pour faire face aux changements du système bancaire mais aussi pour attirer les capitaux internationaux" a ainsi expliqué Gerassimos Thomas, directeur financier à la DG Affaires économiques et Financières de la Commission européenne. Il a ainsi appelé à plus de financement des PME par les marchés financiers, même s'il reconnaît qu'il n'est pas adapté à toutes les PME et que le financement bancaire devrait rester prédominant.

Le représentant de la Commission considère cependant que le programme de soutien européen aux PME qui travaille, via la BEI, avec les banques de proximité pour financer l'innovation, fonctionne bien. En 2012, l'activité de la BEI en France a ainsi été portée à 4,3 milliards d'euros, contre une moyenne de 4 milliards durant la dernière décennie. Elle intervient dans l'innovation, les PME et micro-entreprises, les transports, l'aménagement urbain, l'énergie et l'efficacité énergétique. Gerassimos Thomas considère cependant que les instruments européens, notamment le FSE, ont des difficultés à s'adapter à la crise. Il recommande qu'à court terme soit introduite plus de flexibilité dans les programmes européens, et c'est l'un des enjeux des négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (2014-2020).

Le Conseil européen des 27 et 28 juin sera en grande partie consacré à la croissance et l'emploi, un an après l'adoption par les chefs d'Etat et de gouvernement du Pacte de croissance. La BEI et la Commission viendront y présenter leur rapport conjoint [pdf] qui détaille la mise en oeuvre de la recapitalisation de la BEI et les initiatives conjointes BEI-Commission européenne pour renforcer les activités de prêts à l'économie réelle.