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A Matignon, lors des Journées du patrimoine, on a aussi parlé d'Europe

Actualité 18.09.2018 Justine Daniel

L'hôtel de Matignon a ouvert ses portes samedi 15 et dimanche 16 septembre, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. Pendant la visite, le public a été invité à donner son sentiment sur l’Union européenne dans le cadre d'une consultation citoyenne.

Les visiteurs de Matignon ont pu participer à un débat sur l'Union européenne lors des Journées européenne du patrimoine - Crédits : Marie Guitton.

Les visiteurs de Matignon ont pu participer à un débat sur l'Union européenne lors des Journées européenne du patrimoine - Crédits : Marie Guitton.

Ce dimanche 16 septembre, sous une grande tente blanche déposée sur la pelouse des jardins de Matignon, une soixantaine de chaises s'apprêtent à recevoir les visiteurs dominicaux qui profitent des Journées européennes du patrimoine pour parcourir la résidence du Premier ministre.

"Que vous soyez pour ou contre, n'hésitez pas à vous exprimer sur l'Union européenne", lance Sandrine Gaudin, secrétaire générale des affaires européennes, qui anime la consultation citoyenne alors que les premiers intéressés commencent à approcher : "les critiques, on les prend aussi car on en a besoin pour formuler de nouvelles idées". Les débats de l'après-midi, soigneusement pris en note, contribueront à la restitution nationale des Consultations, au mois de novembre.

Droit de pétition

Des visiteurs passent leur chemin tandis que d'autres s'assoient quelques minutes ou plus. Certains se saisissent du micro. Les questions des participants sont nombreuses et les sujets défilent : glyphosate, lobbies, numérique, endettement… Deux étudiantes en droit racontent leur année "géniale" à l'étranger qu'elles ont effectuée grâce au programme Erasmus. D'autres expriment leur hostilité à l'égard de certaines politiques européennes.

Mais les Consultations citoyennes sont aussi l'occasion de proposer des améliorations. Un participant irlando-britannique résidant en France ne peut pas faire fonctionner son droit de pétition auprès du Parlement européen : "quand on est en France, on a besoin d'une carte d'identité française. En Irlande et au Royaume-Uni, il faut être résident" car les règles de mise en œuvre de ce droit demeurent à la discrétion des États membres. "Il faudrait plutôt utiliser le numéro de titre de séjour comme critère d'identification", suggère donc ce monsieur. "Comme quoi les consultations citoyennes peuvent être très concrètes", observe Sandrine Gaudin, qui reconnaît là une vraie lacune.

Difficile de s'informer sur l'UE

Les participants semblent plutôt emballés par le format. Clément, un autre participant, interroge Sandrine Gaudin sur les perspectives de l'Europe de la défense : "c’est bien de faire ce genre de consultations, et surtout de faire ça ici”. Etudiant en sciences politiques, il est bien informé sur l'UE mais reconnaît que les sujets sont souvent très techniques.

Une complexité inévitable dans une communauté composée de vingt-huit États membres, mais qui permet à certains responsables politiques d’utiliser l’Union européenne comme bouc-émissaire, explique Sandrine Gaudin. "C'est aussi à nos hommes et femmes politiques d'être plus courageux, car souvent quand une décision est impopulaire, ça vient de l'UE et quand ça fonctionne, ça vient de l'État”, déplore-t-elle.

Mais cette complexité entretient aussi une forme de déconnexion avec les citoyens. Et Sandrine Gaudin le reconnaît : "dans mon travail opérationnel auprès du Premier ministre, je suis plongée toute la journée dans les dossiers et je ne mesure pas quelles sont les préoccupations réelles des citoyens sur l'UE. Ce type de rencontre me permet de me rendre compte des problématiques qui intéressent les gens".

D'autant plus que l'accès à des informations pédagogiques sur l'Union européenne est parfois difficile, ajoute une femme : "on n'a plus d'émissions grand public sur ce sujet". Pour Élisa, ce qu'il manque surtout, c'est une perspective européenne : "il faudrait un média qui traduise dans toutes les langues des articles des médias des autres États membres". Car ce qu'il manque selon elle, ce ne sont pas des informations, mais des "informations communes".

Sandrine Gaudin, Secrétaire générale des affaires européennes et conseillère Europe au cabinet du Premier ministre, a répondu aux questions des participants - crédits : Yves MALENFER/MATIGNONSandrine Gaudin, Secrétaire générale des affaires européennes et conseillère Europe au cabinet du Premier ministre, a répondu aux questions des participants - crédits : Yves MALENFER/MATIGNON