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A la veille du référendum, la campagne électorale s’accélère en Ecosse

Actualité 17.09.2014

Il n’y aura pas de trêve avant le référendum. La campagne électorale qui a commencé il y a 16 semaines se poursuivra jusqu’à demain, le jour même du scrutin. Si 4,3 millions d’Ecossais se sont inscrits pour voter (97 % des électeurs ayant le droit de voter), un sur dix demeure encore indécis. Et à la dernière minute, les appels au vote se multiplient. "Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne serai pas ici pour toujours", a plaisanté lundi David Cameron lors de son discours à Aberdeen (Ecosse). Avant d’ajouter : "une victoire du 'oui' serait une rupture définitive". Le Premier ministre britannique, tout comme Ed Miliband (Labour) et Nick Clegg (LibDem), a promis davantage de pouvoirs au Parlement d’Edimbourg en cas d’une victoire du "non". De l’autre côté, le leader indépendantiste Alex Salmond (Scottish National Party) appelle les électeurs à ne pas manquer cette occasion et les prie de ne pas croire aux promesses de Londres. Reportage depuis Edimbourg et Glasgow à la veille du vote.

Partisans du "oui" à l'indépendance de l'Ecosse

Une balade avec les unionistes d’Edimbourg

Il est 18h à Morningside, dans le sud-ouest d’Edimbourg. Les partisans du "non" se retrouvent pour faire du porte à porte dans le quartier. Listes électorales et plan de la ville à la main, ils font un dernier point avant de se séparer en petits groupes. "Tu l’as déjà fait hier ? Alors t’es un expert !", lance l’organisateur, Arthur Scott, à un activiste. Les bénévoles ont des profils variés : jeunes, âgés, Ecossais mais aussi Anglais. Pour certains, c’est la première fois qu’ils participent à une campagne électorale. "Ne les forcez pas, n’insistez pas", répète Arthur aux débutants, "l’important est qu’ils aillent voter". Dans ce quartier résidentiel et verdoyant, la plupart des habitants penchent pour le "non". Il faut donc s’assurer qu’ils aillent bien voter jeudi 18 septembre et surtout que personne ne change d’avis d'ici-là... "Nous avons parlé à environ 10 % de la population d’Edimbourg", explique Arthur. "Je dirais qu’au moins 60% sont contre l’indépendance, mais il faut s’assurer qu’ils aillent aux urnes", dit-il d’un air préoccupé.

Dans un autre groupe, Phil, la soixantaine, est le plus expérimenté : il a déjà fait un premier tour ce matin. "Quand j’étais plus jeune, j’étais communiste", raconte-t-il. "Cela m’a pris beaucoup de temps de m’en sortir et aujourd’hui j’ai l’impression que les électeurs du 'oui' sont dans le même état : l’indépendance c’est comme une religion, tu ne peux pas discuter avec eux". Accompagné par Pelinda, qui est née à Edimbourg mais qui a longtemps vécu à New York, Phil fait à nouveau un tour du quartier. D’un porte-à-porte à l’autre, les réponses varient largement. "J’étais pour le 'non', puis j’ai écouté le dernier débat télévisé et Alex Salmond m’a convaincu de voter oui", raconte un jeune homme, jeans et pull, appuyé contre la porte de sa maison. "Moi aussi, je voterais pour le oui à chaque fois que je l’écoute", répond Phil du tac au tac, "mais c’est une indépendance à la Mickey Mouse qu’ils nous proposent : ils ne pourront rien faire de ce qu’ils promettent". Le jeune homme hésite, puis se décide finalement pour le  "non". "Les indécis sont encore très nombreux", dit Arthur à la fin du tour, deux heures plus tard. "J’ai parlé avec des centaines de personnes depuis cet été, et il y en a certains qui ne trancheront jamais, je le crains".

A Glasgow, la cause indépendantiste séduit les rues et les cafés

Si la capitale écossaise penche en faveur du "non", dans la ville de Glasgow, fief du parti travailliste (Labour), le "oui" devrait l’importer. Dans le centre-ville, les indépendantistes ont pris d’assaut Buchanan Street, la rue commerçante, qui offre désormais un éventail de couleurs et où les passants peuvent swinguer sur la musique retentissante. "No campaign got no campaign !" ("la campagne du 'non' n’a pas de campagne") crient des activistes assis sur un vélo à six places. A quelques pas, un militant chevronné en kilt joue de la cornemuse, tandis qu’un homme équipé d’un mégaphone annonce "la fin des gouvernements conservateurs" si le "oui" l'emporte. "Glasgow votera oui", assure Toni Giuliano, employé du front indépendantiste Yes Scotland. Au QG du mouvement, une vingtaine de personnes sont postés derrière leur ordinateur, tandis que d’autres s'affairent à diverses activités, vont et viennent pour récupérer les badges, les pin's ainsi que les tracts qu'ils distribueront dans les rues de Glasgow. "Durant cette campagne, nous avons réveillé l’esprit politique écossais, il y a eu une véritable renaissance du débat démocratique", s’enthousiasme Mr. Giuliano. "Regardez cette carte, les points noirs et jaunes indiquent les groupes locaux de soutien à la cause indépendantiste : il y en a plus de cinquante dans toute l’Ecosse", poursuit-il, "quel que soit le résultat du référendum de jeudi, cette énergie ne disparaîtra pas".

Alors qu'à la veille du référendum, le "non" regagne du terrain, les pubs de Glasgow, eux, affichent leur position. Le "Vespbar" a modifié temporellement son nom pour devenir le  "YesBar", tandis qu’au "Referendum Cafe", des débats sont organisés pour permettre aux indécis de choisir leur camp. "Nous avons lancé ce concept il y a une semaine", raconte Simon Jones (24 ans), l’un des animateurs du café. "Nous voulions créer un espace de discussion ouvert et libre, qui pourra exister même après le référendum", poursuit Simon. Derrière lui, un tableau noir se tient à la disposition des visiteurs où chacun peut y écrire les raisons qui le motive à voter "oui" ou "non". "Pour l’instant, la plupart des clients sont des indépendantistes ou des électeurs qui n'ont pas tranché, mais nous accueillons tout le monde", raconte Simon. Ce mardi, à la table-ronde consacrée à la question énergétique, on pouvait y rencontrer deux Américains, fraîchement débarqués du North Carolina. "C’est un moment historique, nous voulions y être", affirme Ed, accompagné de son fils. "J’ai des origines écossaises et même si je n’ai pas le droit de voter au référendum, je suis fasciné par la cause indépendantiste", poursuit-il, un badge du "yes" accroché à la chemise.

Demain, les électeurs auront quinze heures, de 7 à 22h, pour décider de leur sort et s'ils mettront fin ou non à l’union avec l’Angleterre, qui date de 1707. A en croire les derniers sondages, 52 % des électeurs devraient voter contre l’indépendance, tandis que seuls 48 % seraient en faveur. Mais face à une Ecosse si partagée, la stabilité de l’Union est loin d’être assurée. Si le "non" devait effectivement l’emporter, Londres devra respecter les promesses de décentralisation faites à la veille du référendum : le Royaume-Uni sera alors sauvé et l’Ecosse un peu plus indépendante.