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A la veille de la Présidence française, les Français dessinent une vision mitigée de la construction européenne

Actualité 29.06.2008

A deux jours du début de la Présidence française de l'Union européenne, un sondage réalisé par BVA pour Touteleurope.fr, Orange et Ouest-France fait le point sur le sentiment et les attentes des Français à l'égard de la construction européenne. Montée d'un sentiment de crainte vis-à-vis de l'Europe, attente d'une Europe plus active sur la scène internationale mais pas forcément dans les domaines du quotidien, faible soutien à la poursuite du processus de ratification du traité de Lisbonne : tels sont les principaux enseignements de cette enquête. Les résultats confirment un sentiment de morosité enregistré à l'échelle de toute l'Europe par le dernier Eurobaromètre.

Pour les Français, l'Europe est tout autant une source de crainte que d'espoir

Jérôme Sainte-Marie, consultant pour BVA :

"Au final, c’est une image brouillée de la construction européenne dans l’opinion publique française qui se dessine. L’incertitude sur la répartition souhaitée des domaines d’intervention prioritaire des États et de l’Union, la tendance à moduler ses opinions sur l’Europe en fonction de la situation politique intérieure, et enfin le vent de pessimisme levé par le vote irlandais soulignent l’urgence, à l’orée de la présidence française de l’Union européenne, d’un discours redonnant un sens clair à celle ci."
Un tiers des Français (33%) perçoit la construction européenne comme une source de crainte, un autre tiers comme une source d'espoir (30 %), un dernier tiers ne se prononce pas (37%). Des résultats statistiquement équilibrés (même si ceux qui envisagent l'Europe avec espoir sont légèrement minoritaires), qui révèlent surtout "une relation émotionnelle très dégradée entre l'opinion française et la construction européenne", selon Jérôme Sainte-Marie : il y a cinq ans, 61 % des Français disaient percevoir la construction européenne comme une source d'espoir.

La perception varie énormément selon les catégories socioprofessionnelles. Par exemple, quand 13 % des ouvriers voient dans la construction européenne une chance, c'est le cas de 49 % des cadres supérieurs. Le niveau de revenu et de formation constitue un  clivage décisif dans la relation émotionnelle à l'Europe. Une constatation qui s'était déjà imposée au lendemain du référendum sur le traité constitutionnel européen.

Autre enseignement qui évoque le paysage politique observé lors du référendum de 2005 : politiquement, la ligne de clivage entre les deux types de perception ne passe pas entre la  gauche et  la droite, mais oppose les partis "de gouvernement" et les autres.

Attentes à l'égard de la Présidence de l'UE : le statu quo

La protection de l'environnement (27 %), la protection des consommateurs (26 %) et la politique de l'énergie (17 %) arrivent en tête des préoccupations des Français à l'orée de la Présidence française de l'UE.  "Les deux items contenant le terme protection sont très souvent retenus, notamment à gauche", constate Jérôme Sainte-Marie, qui voit là le désir d'une Europe "bouclier".

On constate que les préoccupations des Français ne recoupent qu'imparfaitement les priorités de la France pour ses six mois de Présidence (environnement, énergie, défense, immigration et probablement réforme des institutions, à la suite du "non" irlandais).

Rien de nouveau par rapport au sondage réalisé par Ifop pour Touteleurope.fr en janvier dernier. Les préoccupations y étaient désignées dans le même ordre, dans des proportions similaires, à une exception près : l'énergie, qui dépasse l'immigration dans cette enquête BVA. Doit-on y voir une conséquence de la hausse spectaculaire des prix du pétrole ?

L'Europe sur la scène internationale : un constat d'impuissance, de fortes attentes

Eurobaromètre du printemps 2008

La vague 69 de l'Eurobaromètre sur l'opinion publique dans l'Union européenne a été publiée le 24 juin. Elle traduit un retournement du  moral des Français sur les questions économiques, qui a des répercussions sur leur attitude à l'égard de l'UE.

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Sur la scène internationale, l'Europe est jugée plus apte à atténuer les tensions économiques qu'à résoudre les crises politiques. Pour 63 % des Français, elle est bien placée pour répondre à la hausse des prix alimentaires.

Une minorité des personnes interrogées (47 %) pense qu'elle peut juguler la hausse des prix de l'énergie. Des scores bien plus bas dès lors qu'il s'agit de régler les tensions au Proche et au Moyen-Orient (33 %) ou de négocier avec la Chine sur la question du Tibet (25 %).

Pour autant, lorsqu'on leur demande quel domaine ils préfèreraient voir traité au niveau européen plutôt qu'au niveau national, les Français citent en premier lieu la politique étrangère (à 53 %), à égalité avec l'immigration. Le signe d'un désir d'une Europe qui s'impliquerait davantage dans les affaires du monde.

L'Etat doit continuer de décider pour les domaines qui touchent le quotidien des Français

En revanche, les décisions qui touchent davantage le quotidien des Français devraient selon eux être déterminées au niveau national plutôt qu'à l'échelle européenne. C'est le cas pour l'emploi (76 %), l'éducation (78 %) et la santé (83 %). En fait, la situation est aujourd'hui telle que le souhaitent les Français, l'Union européenne disposant dans ces domaines d'attributions limitées. On remarque toutefois qu'en matière de fiscalité, une bonne proportion de Français (44 %) souhaiterait que l'UE ait davantage de pouvoir.

Le rejet irlandais condamne le traité de Lisbonne aux yeux d'une majorité relative de Français

Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, commente les résultats pour Touteleurope.fr.

Il s'exprime notamment sur les suites à donner au rejet par l'Irlande du traité de Lisbonne : "un second vote pourrait être envisagé, reste à savoir si les Irlandais souhaiteraient revenir sur le choix du 'statu quo' qu'ils ont exprimé le 12 juin dernier".

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Pour 37 % des Français, la victoire du non au référendum irlandais est perçue comme une mauvaise nouvelle pour l'Europe (une bonne nouvelle pour 26 %, 37 % de sans opinion). C'est davantage encore une mauvaise nouvelle pour la Présidence française qui débute. 42 % des Français partagent cette opinion (13 % pensant qu'il s'agit d'une bonne nouvelle, 45 % pour qui ce n'est ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle).

Face au refus irlandais, 41 % des Français pensent qu'il faut renoncer au traité de Lisbonne. Un quart des personnes sondées pense qu'il est préférable de "poursuivre la construction européenne sans les Irlandais avec les pays qui ont ratifié le traité". La possibilité la plus souvent évoquée dans les cénacles européens ("faire revoter les Irlandais en leur proposant des adaptations au traité de Lisbonne") est celle qui recueille le plus faible taux d'approbation (14 %).

Ces résultats peuvent paraître contraires à ceux du sondage réalisé cette semaine par Viavoice pour Libération (qui plaçait un deuxième vote irlandais en tête des préférences des Français), mais la formulation des propositions était différente. Là où les Français interrogés par Viavoice placent en tête le choix le plus respectueux du vote des Irlandais (la possibilité de les faire revoter "sur un projet complété par des formulations répondant mieux à leurs attentes"), le panel consulté par BVA préfère un abandon du traité à une adaptation minimale aux exigences des Irlandais.  
Sur le plan politique, on note que les militants UMP sont plus enclins à soutenir un deuxième vote irlandais, tandis que la moitié des sympathisants socialistes choisit l'abandon du traité.

Verdict de Jérôme Sainte-Marie : "nombreux sont ceux qui veulent voir dans le résultat de ce scrutin l'occasion d'une pause bienvenue dans un processus qu'ils ont le sentiment de ne plus bien comprendre".

Sondage en ligne réalisé par l’Institut BVA, du 18 au 24 juin 2008, auprès d’un échantillon de 996 personnes, constitué selon la méthode des quotas et représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

     



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Résultats complets du sondage [pdf]