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3e sommet UE-Afrique en Libye : vers une relance du partenariat stratégique ?

Actualité 29.11.2010

Initié en 2000 lors du sommet du Caire, le processus euro-africain tiend un troisième sommet à Tripoli (29 et 30 Novembre 2010) et s'efforce de faire progresser le partenariat entre les deux continents. S'insérant dans une actualité politique chargée (deux mois après la réunion de haut niveau des Nations unies consacrée aux objectifs du millénaire pour le développement (OMD), et alors que débute à Cancun la conférence sur le changement climatique) ce troisième sommet représente une occasion unique de consolider les relations stratégiques et économiques entre l'Europe et l'Afrique. 

Après Le Caire et Lisbonne, le 3e sommet de Tripoli veut franchir une nouvelle étape

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C’est, en pourcentage, la part des échanges de biens que l’Union européenne a réalisés avec l’Afrique au cours des neufs premiers mois de 2010.
Après une baisse de ces échanges en 2009 (précédée de six années de croissance), les exportations européennes vers l’Afrique ont augmenté, passant de 79 milliards d’euros au cours des neuf premiers mois de 2009 à 90 milliards au cours de la même période de 2010, tandis que les importations ont progressé de 79 milliards à 96 milliards.

Cette rencontre abordera le thème de "l'investissement, la croissance économique et la création d'emplois", et traitera des questions relatives à la paix, la sécurité, le changement climatique, l'intégration régionale, le développement du secteur privé, les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, la sécurité alimentaire et les migrations. Un plan d'action, composé d'actions concrètes en faveur du renforcement  de la coopération dans les huit partenariats UE-Afrique mais aussi de nouveaux domaines d'action prometteurs, doit être adopté à l'issue du sommet.

Le sommet pourra compter sur la participation, à titre d'observateurs de la BEI (banque européenne d'investissement), de l'ONUDI (développement industriel), et des institutions financières internationales confirmées. Trois ans après la signature du partenariat stratégique UE - Afrique à Lisbonne, ce sommet entend favoriser une nouvelle dynamique en posant les bases d’une coopération politique euro-africaine rénovée. Le troisième sommet intercontinental Europe-Afrique s'attellera donc à la relance des partenariats établis progressivement depuis le premier sommet UE-Afrique au Caire en 2000.

Mais c’est plus largement lors du sommet de Lisbonne en 2007 que le rôle de l’Union Africaine s'était densifié à travers la mise en place d’une stratégie commune aux deux continents. C'est en effet ce sommet qui avait posé les bases des relations entre l'Afrique et l'UE. En effet, les deux parties avaient décidé de placer les relations Afrique-UE sur un pied d'égalité. Elles avaient convenu d'abandonner la relation bailleurs de fonds-bénéficiaires au profit d'un véritable partenariat symbolisé par l'élaboration d'une stratégie commune, et de faire face ensemble aux nouveaux défis et aux nouvelles perspectives à l'échelle mondiale.

A l'occasion du débat à propos du prochain sommet UE-Afrique, les députés européens devraient demander un engagement politique plus important dans l'optique de la stratégie UE-Afrique, favoriser une meilleure implication du Parlement européen, plaider pour un renforcement des capacités institutionnelles de l'Union africaine et oeuvrer pour plus grande attention du partenariat UE-Afrique. Une résolution du Parlement européen sera par ailleurs adoptée pendant la session prochaine de décembre 2010, pour tirer les conclusions de cette rencontre qui se tient à Tripoli, en Libye.

Le Plan d’action 2011-2013

Les participants au sommet devraient également entériner le deuxième plan d'action (2011-2013) de la stratégie commune Afrique-UE. Lors de la 14e réunion ministérielle Afrique-UE, qui avait eu lieu en avril 2010, les ministres ont pris conscience des attentes et des enjeux fondamentaux pour l'Afrique, bien décidés à les évoquer et les transformer en action concrètes avant la tenue du sommet. Ils ont aussi exhorté l'ensemble des acteurs à redoubler d'efforts, en particulier en ce qui concerne l'élaboration du plan d'action pour 2011-2013.

La problématique de ce 3e sommet sera de trouver un équilibre entre ambition et réalisme. Le nouveau plan d'action sera constitué des feuilles de route déjà existantes et tiendra compte de l'expérience acquise et des résultats obtenus les années précédentes. Les initiatives participeront à la réalisation des approches novatrices de la stratégie commune visant à porter le partenariat "au-delà du développement, au-delà de l'Afrique et au-delà des institutions".

Un projet de plan d'action avait d'ailleurs été exposé à ce sujet lors d'une réunion ministérielle qui s'est tenue  à Lilongwe, au Malawi, en octobre 2010. Dans cette perspective, l'ensemble des partenaires devraient formuler des suggestions sur les modalités pratiques des huit partenariats thématiques pour le 3e sommet UE-Afrique.

Un Sommet plus proche des acteurs quotidiens

Etant donné  leur importance pour l'intégration africaine, il semble essentiel que les communautés économiques régionales et sous-régionales (CER) d'Afrique s'impliquent plus profondément  dans le cadre du partenariat Afrique-UE. D'autres acteurs, comme les parlements, la société civile ou le secteur privé, ont aussi été amenés à participer à la stratégie et sont invités à unir leurs efforts pour la mettre en œuvre.

Cette approche "participative", qui inclut différents sortes d'acteurs, sera considérée comme la plus pertinente pour ce sommet. Contrairement aux précédents sommets, une série d'événements tiendra place à la marge de l'évènement, et rassemblera des représentants de la société civile, de la jeunesse, du secteur privé, des syndicats, des chercheurs et des scientifiques des deux continents.

Leur but est de redonner un souffle à la stratégie commune Afrique-UE en tant que "partenariat axé sur les personnes", en invitant toutes les personnes concernées à la bonne marche du sommet. Il sera donc cordialement recommandé que tous les acteurs concernés s'impliquent dans ce processus dans le but de créer une dynamique profitable aux futurs bénéficiaires des accords UE-Afrique.

 

Des tensions se font sentir lors de la première journée du Sommet

Sont mises en cause notamment les pressions de l'Union européenne sur les gouvernements africains au sujet de la libéralisation des échanges. Durablement affectés par l'échec des politiques de développement et de rapports économiques "inégaux" entre les deux parties, les hommes politiques africains menacent de s'éloigner du processus initié au Caire en 2000. A terme c'est la réalisation du partenariat stratégique euro-africain qui risque d'en être affectée, le processus avançant trop lentement pour l'Union européenne comme pour les Etats africains.

La question sous-jacente de l'immigration illégale serait probablement à l'origine des tensions, puisque la Libye, pays hôte du sommet, demeure une plaque tournante de l'immigration illégale vers l'Union européenne. Le leader libyen avait réclamé 5 milliards d'euros pour lutter contre ce phénomène, mais l'UE n'aurait débloqué que 50 millions pour le financement d'un programme international de lutte contre l'immigration clandestine.

Ce sommet s'avère donc crucial pour l'avenir des relations euro-africaines. L'UE demeure en effet le premier partenaire commercial de l'Afrique, et étant donné le dynamisme affiché par le continent africain, l'union européenne se doit de conserver une relation saine avec lui, sous peine que l'Afrique lui échappe et se tourne vers d'autres puissances économiques.


En savoir plus
:

Site officiel du 3e sommet Ue-Afriquehttp://www.africa-eu-partnership.org/fr/node/424

Les huit partenariats entre l'Ue et l'Afrique

Interview de  Sylvain Touati, coordinateur du programme Afrique subsaharienne de l'IFRI sur Touteleurope