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Quelle politique européenne pour les migrations et l'asile ? (3 minutes pour comprendre l'Europe - n°19)

Synthèse 16.09.2019 Vincent Lequeux

Vous n'êtes pas spécialiste des questions européennes ? Toute l'Europe vous explique l'essentiel en 30 épisodes de 3 minutes ! Fonctionnement, espace Schengen, Brexit... redécouvrez "l'UE" simplement. Dix-neuvième épisode de la série : comment l'UE tente de réguler l'immigration et l'asile.

Quelle politique européenne pour les migrations et l'asile ? (3 minutes pour comprendre l'Europe - n°19)

Depuis les années 1980, les arrivées sur le sol européen sont plus importantes que les départs. En 2017 comme en 2018, la différence entre entrées et sorties (solde migratoire) a été de 1,4 million de personnes. Un chiffre qui oscille généralement entre 1 et 2 millions depuis les années 2000.

Sur les 513,5 millions d'habitants que compte l'Union européenne au 1er janvier 2019, 0,3% sont donc "arrivés" (ou revenus) en 2018. Et comme depuis 2015 le nombre de décès dépasse celui des naissances dans l'Union européenne, ce sont ces migrations qui entraînent l'augmentation de sa population.

Migrants ou réfugiés ?

La question migratoire recouvre un ensemble de réalités propices aux confusions. Aujourd'hui, le terme "migrant" est souvent employé pour désigner, de fait, les demandeurs d'asile.

En réalité, les demandeurs d'asile cherchent à être accueillis dans un autre Etat que le leur pour y être protégés. Lorsque l'Etat d'accueil reconnaît que le demandeur a raison de craindre la persécution dans son pays d'origine (du fait de sa race, religion, nationalité, appartenance à un certain groupe social ou opinions politiques), celui-ci obtient un statut temporaire de réfugié.

Fin 2018, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime à 30 millions le nombre de réfugiés dans le monde. Parmi eux, 1,5 million sont accueillis par l'Allemagne et 500 000 par la France.

Les migrants, eux, "choisissent de quitter leur pays non pas en raison d'une menace directe de persécution ou de mort, mais surtout afin d'améliorer leur vie en trouvant du travail et, dans certains cas, pour des motifs d'éducation, de regroupement familial ou pour d'autres raisons", précisent les Nations Unies.

Circulation et citoyenneté

Les migrations au sens large recouvrent donc des phénomènes qui ne se limitent pas à l'asile. D'ailleurs, si plus de la moitié des personnes qui arrivent dans les Etats membres de l'UE proviennent de pays extérieurs, de nombreuses migrations sont aussi intra-européennes.

Au moins 3 millions d'émigrants ont quitté un État membre en 2017. Un million pour se rendre hors de l'UE. Mais les deux tiers pour se rendre dans un autre pays de l'UE.

La nationalité de ces "migrants" peut être européenne ou non, indépendamment de leur pays de départ et d'arrivée.

Politique migratoire et d'asile

Bien que leurs effets soient étroitement liés, les politiques européennes de la migration et de l'asile poursuivent des objectifs distincts.

La première vise à encadrer l'immigration légale et, ce qui constitue aujourd'hui l'essentiel des moyens déployés, à lutter contre l'immigration clandestine. La seconde s'efforce d'offrir une protection aux ressortissants de pays tiers qui en ont besoin.

La grande variété des dispositifs mis en oeuvre par l'une et l'autre nécessiterait un long développement. Mais notons parmi leurs réalisations principales :

  • la création de l'espace Schengen, qui abolit les contrôles aux frontières intérieures de ses membres. Il complète le droit à la libre circulation (déplacement, travail, installation...) des Européens.
  • la création de l'agence européenne Frontex, qui aide les Etats à limiter l'immigration clandestine aux frontières extérieures de l'UE.
  • la signature d'accords de réadmission pour faciliter le retour des personnes en séjour irrégulier dans leur pays d’origine ou de transit. L'un des plus emblématiques a été signé avec la Turquie en 2016.
  • le principe, fixé par le règlement de Dublin, selon lequel les demandes d'asile doivent être traitées par le premier pays d'entrée dans l'UE. Dans les faits, l'Allemagne en gère une grande partie, suivie par la France, la Grèce, l'Italie et l'Espagne. Cette disposition fait partie d'un cadre plus large, le régime d'asile européen commun, qui vise à harmoniser le droit d'asile (procédures, conditions d'accueil...).

Et maintenant ?

L'immigration et l'asile divisent profondément les pays européens, qui peinent à mettre en place des politiques communes. Et plusieurs gouvernements préfèrent agir seuls, le plus souvent de manière répressive vis-à-vis des migrants et demandeurs d'asile extraeuropéens.

Parmi les nombreuses initiatives aujourd'hui sur la table figure l'amélioration du régime commun de l'asile. Et notamment la réforme du règlement de Dublin pour soulager les Etats soumis à une pression migratoire trop importante.

En 5 ans (2014 - 2018), 17 800 personnes sont décédées ou ont disparu en tentant de rejoindre l'Europe par la Méditerranée.