Dossier spécial L'Europe dans la Présidentielle

Perturbateurs endocriniens : la Commission échoue de nouveau à réglementer

[Revue de presse] Perturbateurs endocriniens : la Commission échoue de nouveau à réglementer

Encore raté. La Commission européenne a renoncé, mardi 28 février, pour la quatrième fois consécutive, à soumettre au vote des Etats membres de l'UE sa définition commune des perturbateurs endocriniens. La faute aux critères établis jugés trop laxistes par certains pays dont la France.

Epandage de pesticides sur un champ de soja

Le vote sur les perturbateurs endocriniens attendra

"Les discussions sur la définition des perturbateurs endocriniens, promis à interdiction, continuent de capoter" annoncent Les Echos. Réunis à Bruxelles, les experts des Etats membres ne sont pas parvenus à un accord, mardi 28 février, sur "l'épineuse question" des perturbateurs endocriniens (PE), "ces substances qui ont des effets indésirables sur la santé humaine", présents dans de nombreux produits de la vie quotidienne [France 24].

Les critères retenus par la Commission européenne afin de définir ces substances "reliées à une multitude de maladies courantes : cancers (sein, prostate, testicule), infertilité, malformations congénitales, obésité et diabète" font l'objet de débats depuis 2013, rappelle Le Monde. Il n'y a en effet derrière cette tentative de définition "rien d'anodin", puisque "d'une définition de Bruxelles plus ou moins restrictive découlera une réglementation plus ou moins sévère", explique Libération .

L'exécutif européen a présenté ce mardi aux Etats membres la définition suivante : "un PE est une substance qui a des effets indésirables sur la santé humaine, qui agit sur le système hormonal et dont le lien entre les deux est prouvé". Une annonce qui a provoqué un "tollé" parmi les scientifiques et les ONG, les jugeant trop laxistes, poursuit Libération. De source associative, la France, le Danemark et la Suède étaient contre la proposition de la Commission, la Pologne, le Royaume-Uni, la Grèce ou encore la Belgique se sont abstenus, alors que l’Allemagne, l’Espagne ou encore les Pays-Bas étaient favorables, indique Le Monde .

Guerre des lobbies à Bruxelles

"Un niveau de preuve irréaliste", dénoncent les associations interrogées [France 24]. Selon bon nombre d'entre elles, "démontrer le mode d'action endocrinien est un critère bien trop exigeant". La députée européenne d'Europe Ecologie, Michèle Rivasi, a notamment rappelé à la chaîne d'actualité, le cas des PCB, des polluants chimiques dangeureux, produits par Monsanto dont les effets indésirables "ont été démontrés (…), même si on ne connaît pas le mode d’action de cette substance". Bruxelles refuse en effet d'identifier les perturbateurs endocriniens "en fonction d’un système de catégories inspirées du classement des cancérigènes : perturbateur endocrinien suspecté, présumé ou connu" [France info].

Parmi les autres dispositions qui ne passent pas Le Monde relève "une dérogation glissée en décembre 2016 dans un paragraphe de dernière minute", afin de répondre "à une vieille demande de l’industrie des pesticides". Celle-ci permet d'empêcher tout retrait du marché pour les "pesticides conçus pour être des perturbateurs endocriniens visant certains ravageurs". Une mesure qui ressemble "trait pour trait, à une idée formulée par les agrochimistes Bayer, BASF et Syngenta, et publiée dans la littérature scientifique en 2013", selon le journal.

Les Echos pointent aussi le cas de l'Allemagne, "accusée par les ONG d'agir sous l'influence de ses puissants lobbies industriels, notamment chimique".

Le débat n'est pas clos et Paris entend aller plus loin

Pour la ministre française de l'Environnement Ségolène Royal, la définition de la Commission "n'est toujours pas acceptable" et il faut que l'institution "continue à travailler pour déboucher sur une décision enfin crédible" [Ouest France]. Cependant, "il n'y pas de date prévue pour de nouveaux débats", a indiqué un porte-parole de la Commission européenne à l'issue de la réunion à Bruxelles. Selon François Veillerette, le porte-parole de l'association Générations futures,  on est repartis pour un mois ou deux", en attendant que "la Commission mette une nouvelle proposition sur la table" [Libération].