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Portraits d'Européens

Alyn Smith, symbole de l'Ecosse contemporaine ?

Alyn Smith

Relatif inconnu en-deçà du mur d'Hadrien, l'eurodéputé indépendantiste écossais Alyn Smith s'est présenté à l'Europe le 28 juin dernier. Une minute de discours lors de la session plénière extraordinaire du Parlement européen consacrée au Brexit aura suffi. "Ne nous laissez pas tomber", a-t-il scandé à l'Union européenne, recevant une standing-ovation de ses collègues. Membre historique du Parti national écossais, Européen convaincu, spécialiste du Moyen-Orient et, accessoirement, ouvertement homosexuel, Alyn Smith pourrait devenir l'une des figures de proue de cette nation constitutive du Royaume-Uni qui ne veut pas quitter l'Europe.

"Do not let Scotland down"

"Je représente l'Ecosse au sein de cet hémicycle. Et bien que je sois fier d'être Ecossais, je suis tout aussi fier d'être Européen". C'est de cette manière que l'eurodéputé Alyn Smith a entamé son intervention d'une minute le 28 juin au Parlement européen à Bruxelles. "Je veux que mon pays soit internationaliste, coopératif, écologique, juste, européen. Le peuple d'Ecosse, tout comme le peuple d'Irlande du Nord, de Londres, et beaucoup de personnes au Pays de Galles et en Angleterre, a voté pour rester dans notre famille de nations", a-t-il poursuivi. Avant de scander à l'assemblée : "Il y aura beaucoup d'aspects à négocier, nous aurons besoin de têtes froides et de coeurs chaleureux. Mais, s'il vous plait, souvenez-vous de ceci : l'Ecosse ne vous a pas laissés tomber. Je vous en conjure, 'chers collègues' (en français dans le texte), ne laissez pas tomber l'Ecosse maintenant".

Vibrant et déterminé, Alyn Smith a fait le tour du continent avec cette déclaration d'amour à l'Europe, que les médias français, allemands, italiens ou encore roumains ont largement diffusée. Tiré à quatre épingles, la cravate club parfaitement ajustée, la coupe de cheveux étudiée soigneusement en place, la fine barbe de trois jours impeccablement taillée et le sourcil gauche savamment relevé, l'eurodéputé profondément écossais à l'allure toute britannique a reçu l'ovation de l'hémicycle, bien au-delà de son groupe politique des Verts.

L'indépendance et l'Europe

Originaire de Glasgow, passé par le Collège d'Europe, et parlant un excellent français, Alyn Smith est en phase avec la ligne politique de son parti – le Scottish National Party (SNP). Pour lui, l'indépendance de l'Ecosse va de pair avec une adhésion pleine et entière à l'Union européenne. En octobre 2013, dans une tribune parue dans le Edimburgh Reporter, il reprenait ainsi la rhétorique du SNP en affirmant qu'une indépendance de l'Ecosse ne remettrait pas en cause sa place dans l'UE, avec "tous ses droits", à l'image de pays de taille comparable comme la Suède, le Danemark ou Malte, qui ont "assez d'assurance pour se représenter eux-mêmes".

Trois ans plus tard, au moment de faire campagne pour le 'Remain', le son de cloche est le même. Interrogé par L'Obs, Alyn Smith expliquait que "les problématiques des partisans d'un Brexit sont étrangères" aux Ecossais. "La question de l'immigration n'est pas une grande priorité pour nous, et nous n'avons pas de problème avec le cadre européen", ajoutait-il. Avant de prévenir que la possibilité d'une seconde consultation d'autodétermination serait inévitablement remise sur le tapis en cas de victoire du 'out', arguant que cette fois Londres "ne serait pas en position de force".

Maintenant que les Britanniques se sont effectivement prononcés pour un départ de l'UE, Alyn Smith s'est d'ores et déjà placé dans le sillage de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon pour trouver un moyen permettant à l'Ecosse de rester dans l'Europe. Reçue à Bruxelles le 29 juin par Jean-Claude Juncker et Martin Schulz, présidents de la Commission et du Parlement européens, la dirigeante écossaise a eu l'occasion de faire valoir les positions du SNP. Dans leur entreprise, les indépendantistes écossais pourront profiter de la vague de sympathie européenne à leur égard, mais devraient néanmoins rencontrer une méfiance persistante de certains Etats membres, au premier rang desquels l'Espagne. Un pays d'ailleurs violemment critiqué par Alyn Smith en 2015 lorsque Madrid avait refusé de reconnaître la validité de la consultation sur l'indépendance de la Catalogne. Une intransigeance relevant de la "théologie" selon le député européen.

Député de combat(s)

Les obstacles, toutefois, ne semblent pas de nature à l'arrêter ou même l'intimider. De gré ou de force, la carrière politique d'Alyn Smith s'est en effet construite dans la confrontation avec des puissances souvent supérieures. Militant du SNP de la première heure, il est candidat malheureux aux élections législatives de 2001 et régionales de 2003, alors qu'il a rejoint le parti après ses études de droit à Leeds et Nottingham. Devenu entretemps plus jeune eurodéputé britannique lors des élections européennes de 2004, il fait naturellement campagne en faveur du "oui" à l'indépendance lors du référendum écossais de 2014. Donné largement perdant lors du lancement de la campagne face au camp du "Better Together" comprenant à la fois les conservateurs et les travaillistes, le "oui" recueille finalement 45% des suffrages, après avoir donné des sueurs froides aux unionistes.

De la même manière, au Parlement européen, après s'être principalement intéressé aux questions agricoles, Alyn Smith, désormais membre de la commission des Affaires étrangères, a profité de son mandat pour s'élever contre les ventes d'armes à l'Arabie saoudite. Un pays où il a habité une partie de sa jeunesse. Dans une tribune signée pour The National, quotidien écossais partisan de l'indépendance fondé en 2014, le député européen a ainsi déploré que le gouvernement britannique ne suspende pas ses ventes au régime de Riyad alors en guerre contre le Yémen. "Le régime saoudien, et à un moindre niveau celui des Emirats arabes unis, utilise ce que le Royaume-Uni lui a vendu – avions de combat, bombes, missiles, roquettes et toute l'assistance technique qui va avec – dans le cadre d'une guerre non déclarée qui a causé la mort d'au moins 8 000 Yéménites, dont une écrasante majorité de civils", écrivait-il en janvier dernier.

Affiche de promotion du mariage homosexuel

Enfin, Alyn Smith fait également partie d'une génération, particulièrement nombreuse, de leaders politiques écossais – quatre sur six lors des dernières élections régionales  – ouvertement gays, participant donc à faire de la nation britannique le lieu offrant la "meilleure protection juridique au monde aux homosexuels". Personnellement engagé pour défendre cette communauté, l'eurodéputé fait partie de l'intergroupe dédié aux droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) au Parlement européen et assure la direction bénévole d'une association anti-homophobie écossaise. Un ultime moyen, naturellement plus personnel, de donner à l'Ecosse un coup d'avance progressiste sur un Royaume-Uni plus que jamais conservateur ?

 

Portrait réalisé en partenariat avec 28'ARTE

L'Européen du mois - 28 minutes