Dossier Traité transatlantique de libre-échange
Processus décisionnel

Au coeur de la machine européenne

Avec cet ouvrage, les chercheurs Olivier Baisnée et Romain Pasquier ont pour ambition de développer une approche de "l'européanisation" centrée sur les transformations des espaces politiques nationaux.

Historiquement, les études sur "l'européanisation" se sont d'abord attachées à étudier la façon dont s'est construite l'Union européenne. Peu à peu, le mouvement s'est renversé, et la recherche (surtout anglo-saxonne) se penche désormais davantage sur les effets de la construction européenne sur les espaces politiques nationaux. Car depuis 50 ans, "c'est un nouvel espace qui structure plus ou moins les comportements politiques, contribue à les redéfinir, modifie certains rapports de forces, certaines configurations politiques". L'européanisation des politiques publiques a des conséquences qui vont bien au-delà des politiques et des secteurs visés par l'Union européenne.

A travers une série d'études de cas réalisées par des chercheurs et universitaires, l'ouvrage entend rendre compte de deux principaux mouvements. D'abord, du phénomène d'"institutionnalisation", tant des rôles européens que des normes communautaires. Il s'est constitué une véritable "élite européenne", composées de journalistes, lobbyistes, parlementaires, experts, fonctionnaires, qui n'ont plus mené leur carrière en traduisant des ressources nationales à l'échelon européen, mais en accumulant des ressources proprement européennes. Cet effet s'étend au-delà des frontières de l'Union avec, par exemple, l'européanisation des groupes d'intérêts turcs. Cette "élite" n'est pas présente uniquement à Bruxelles, mais également au sein des sociétés nationales, comme le montre l'action menée par les fédéralistes pour initier un débat  et un espace politique européens.

L'Europe a aussi initié un processus de politisation lié à l'émergence du système politique et institutionnel européen. Elle a conduit à une redistribution des ressources politiques. Les auteurs démontrent par exemple que, paradoxalement, le Mouvement pour la France de Philippe De Villiers a survécu car il s'est adapté à la construction européenne en s'appropriant le thème du souverainisme. Par ailleurs, un article consacré aux mobilisations de chasseurs de gibier d'eau en Brière montre que l'action de l'Union européenne a contribué à une "repolitisation" des classes populaires. Cependant, l'article sur "l'affaire Jörg Haider", démontre que cette redistribution des ressources n'est pas uniforme selon les pays. Derrière le consensus européen condamnant le résultat des élections autrichiennes, il existait des logiques nationales très différentes.

La construction européenne a légitimé un nouvel ordre politique. Le jeu politique européen se déroulant en dehors de la compétition électorale, il a donné naissance à des modes d'actions et d'organisations singuliers, comme la "technicisation" et la "juridisation".


Olivier Baisnée & Romain Pasquier (dir.), L'Europe telle qu'elle se fait : européanisation et sociétés politiques nationales, CNRS, 2007