Dossier Traité transatlantique de libre-échange
Sport

"Européens, en avant toute !"

Remettre les Européens en mouvement. C’est à ce défi, multiple, qu’est confronté aujourd’hui la plupart des Etats membres de l’UE, ainsi que les organisations européennes et internationales. Un défi à prendre ici au sens littéral, même si son sens figuré trouve un écho particulier en ces temps de crises - économiques, sociales et diplomatiques – où le projet européen semble s’essouffler. Par Sylvain Landa, Directeur adjoint du think tank Sport et Citoyenneté, en partenariat avec Audencia et Nestlé Waters.

Le défi tient en un paradoxe : alors que les nombreux avantages de l’activité physique tout au long de la vie sont aujourd’hui parfaitement documentés, jamais les Européens n’ont si peu pratiqué, de manière régulière, une activité physique ou sportive.

Le think tank européen Sport et Citoyenneté est un lieu de réflexion et de mise en réseau auprès des pouvoirs publics, du secteur économique et des acteurs associatifs afin de promouvoir les valeurs du sport et de militer pour leur meilleure implantation dans la société.

Cette situation touche indifféremment toutes les tranches d’âge. Seuls 34% des jeunes Européens (11-15 ans) pratiquent une activité physique suffisante pour répondre aux lignes directrices fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le constat est le même pour la population adulte : deux tiers de la population européenne n’atteindraient pas les niveaux recommandés (30 minutes par jour, cinq fois par semaine).

Une situation qui inquiète les pouvoirs publics, conscients que la sédentarité croissante de la population européenne impacte tant la santé des individus que l’économie de nos sociétés. D’après une étude réalisée en 2009 par l’OMS, l’inactivité physique serait en effet le quatrième facteur de risque de mortalité précoce et de maladie, par ordre d’importance, dans les pays à haut revenu du monde entier et aussi la cause de plus d'un million de décès rien qu'en Europe.

Plusieurs études ont tenté de chiffrer les coûts de santé liés à l’inactivité physique. En France, le Conseil National des Activités Physiques et Sportives (CNAPS) estimait en 2008 à 250 euros par an la différence des dépenses de santé entre une personne active et une personne sédentaire. Au Royaume-Uni, l’analyse menée par le Centre for Economics and Business Research  établit à 12 000£ (soit 14 500 euros) le coût, pour l’économie britannique, de chaque jeune sédentaire tout au long de sa vie.

Ce double impact justifie que soient menées des actions fortes de la part des pouvoirs publics pour promouvoir l’activité physique comme outil de santé.
Cette prise de conscience est relativement récente. Les premiers documents de référence de l’OMS sur ce sujet datent de 2004 . Depuis, la promotion de l’activité physique a été incluse dans les objectifs de l'action mondiale en matière de lutte contre les maladies non transmissibles.

Au niveau européen, ce sujet relève avant tout de la compétence des Etats membres. L’UE s’est tout de même dotée d’outils politiques au milieu des années 2000 , en même temps qu’elle affinait son approche du secteur "sport". En 2008, elle alignait sa position sur celle de l’OMS à travers l’adoption de Lignes d’action recommandées en matière d’activité physique, et développait le concept d’activité physique bienfaisante pour la santé (APBS), plus connu sous son acronyme anglais HEPA (Health Enhancing Physical Activity).

Le rôle dévolu à l’UE est depuis d’encourager les gouvernements nationaux à mettre en place des politiques incitatives envers les citoyens de tous âges . De fait, depuis 2010 une majorité d’Etats membres ont indiqué avoir mis en place, sous une forme ou sous une autre, des recommandations en matière d’activité physique.

Pourtant, malgré ces dispositifs (nationaux, européens et internationaux) les taux d’inactivité physique reste élevés, et croissent même selon les enquêtes régulières publiées par l’UE. L’APBS reste un domaine politique relativement jeune, et les observateurs relèvent, dans la plupart des Etats européens, l’absence de politiques transversales sur ces sujets. Un point déjà souligné par les experts européens dans le 23e numéro de la revue Sport et Citoyenneté  et qui a poussé le Conseil de l’UE à adopter le 26 novembre 2013 une recommandation sur la promotion transversale de l’APBS, la toute première concernant le secteur du sport. Ce document doit permettre aux Etats d’élaborer une stratégie nationale et un plan d’action destinés à promouvoir de manière transversale l’APBS et d’assurer le suivi des niveaux d’activité physique et de la mise en œuvre des politiques d’APBS grâce aux outils développés par l’UE.

L’adoption de cette première recommandation en matière de sport le confirme : la promotion de l’APBS constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs en matière de santé publique en Europe. L’UE entend d’ailleurs poursuivre son action de soutien et d’accompagnement dans ce domaine, que ce soit à travers le suivi de cette Recommandation, la mise en œuvre de son programme Erasmus + ou lors de la future Semaine européenne du sport, dont la première édition est prévue au mois de septembre 2015.

Ce sujet, Sport et Citoyenneté le suit depuis sa création en 2007, quelques semaines après l’adoption du Livre blanc sur le sport. A différentes reprises, notre think tank s’est penché sur cette thématique et a ouvert les débats sur ces questions. Ainsi, en mars 2012, un panel d’experts européens a été réuni lors d’un atelier de travail organisé à Copenhague dans le cadre de la Présidence danoise du Conseil de l’UE. Parmi les conclusions de cet atelier figurait la volonté de réaliser un panorama des politiques mises en œuvre en Europe pour promouvoir l’activité physique comme outil de santé.

Nous avons choisi de réaliser aujourd’hui ce panorama, en collaboration et avec le soutien d’Audencia Nantes Ecole de Management et de Nestlé Waters. Le parti pris de cet ouvrage est de présenter, à travers plusieurs contributions, comment l’activité physique contribue, d’une part au bien-être individuel des individus et, d’autre part, au bien-vivre ensemble.

Il présente également un panorama de mesures incitatives développées en Europe, ainsi que plusieurs initiatives que l’on pourrait qualifier de bonnes pratiques dans ce domaine. Face aux faibles taux d’activité physique relevés partout en Europe, le succès de la politique d’APBS dépendra dans une large mesure de la capacité à mobiliser tous les acteurs . Cet ouvrage entend modestement contribuer à cette mobilisation.