Imprimer cette page Envoyer la page

11/03/09Olivier Costa : "l'abstention aux élections européennes est tout sauf surprenante" 1

A moins de trois mois du scrutin européen, le politologue et professeur Olivier Costa répond aux questions de touteleurope sur la traditionnelle abstention aux européennes, le déficit démocratique de l'Union ou encore le rôle d'Internet dans la campagne.

Voir la vidéo (3'16)


 

Des élections marquées par un fort taux d'abstention

En 1979, le taux de participation aux élections européennes était de 63% dans l'Europe des 9. Il n'a cessé de diminuer depuis, pour atteindre 61% en 1984, 58,5% en 1989, 56,8% en 1994, 49,8% en 1999 et enfin 45,7% dans l'UE27 en 2004. En France, il est passé de 60,7% en 1979 à 42,76% en 2004.Interrogé tout d'abord sur le fort taux d'abstention qui caractérise habituellement le scrutin européen, Olivier Costa juge que "cette abstention est tout sauf surprenante". Ainsi, juge le chercheur, toutes les raisons sont réunies "pour que l'électeur ne se déplace pas" : les citoyens ne se sentent pas directement concernés, ont le sentiment de ne pas être compétents pour juger des listes à choisir, et enfin perçoivent difficilement l'enjeu d'une élection qui de toute façon ne bouleverse pas le paysage politique.


Si le taux de participation a pu être important lors des premières élections du Parlement européen au suffrage universel direct en 1979, du fait principalement de l'effet de nouveauté, on a pu constater un déclin de cette participation ensuite. Or, selon Olivier Costa, il y a "assez peu de raisons que le phénomène s'enraye en 2009, étant donné que les fondamentaux n'ont pas changé, et surtout qu'il n'y a toujours pas de mobilisation intense des médias et des partis politiques nationaux autour de ces enjeux".

 

Le déficit démocratique de l'Union

Il est généralement de bon ton de critiquer le manque de démocratie qui caractérise l'Union européenne et son fonctionnement. Cependant, si le citoyen considère "qu'il y a un problème de démocratie avec l'Union européenne, il doit y avoir une part de vérité", estime Olivier Costa, en soulignant que "les institutions européennes commencent à admettre ce point de vue".
 

Ce sentiment de déficit démocratique provient essentiellement du fait que l'Union fonctionne selon "de drôles de principes" et "ne ressemble pas pleinement aux régimes parlementaires" qui existent au niveau national. "A partir du moment où il n'y a pas ce sentiment de familiarité ou de connaissance de ce système, le citoyen soupçonne l'Union européenne de ne pas être démocratique".

Améliorer le fonctionnement démocratique de la Communauté passe donc, pour Olivier Costa, par une meilleure lisibilité, une plus grande simplicité du fonctionnement de l'Union, et ce notamment du point de vue de la participation des électeurs.

 

Intéresser les citoyens

Comment attiser la curiosité de la population européenne envers ces élections et l'UE en général ? Pour Olivier Costa, l'intérêt des citoyens n'est pas lié à la publicité européenne ou à l'information sur le fonctionnement de l'Union, ses compétences, ses pouvoirs, une idée qui "a montré ses limites", mais à la "mobilisation des partis politiques, qui doivent réellement s'investir dans les débats sur les questions européennes", sans en faire comme d'habitude un "référendum" ou de "sondage grandeur nature" sur la politique nationale du gouvernement.

 

Internet et la campagne

Enfin, sur le rôle d'Internet dans la campagne électorale, Olivier Costa estime que celui-ci peut être important bien que son principal défaut soit d'être un média "passif". Ainsi, seuls les gens qui cherchent de l'information sur Internet  "ne vont trouver des informations sur Internet", à la différence de la radio, de la télévision, de la presse ou des réunions publiques qui d'habitude structurent les campagnes électorales.

 

Sources

Taux de participation aux élections européennes (1979-2004) - European Navigator

 

En savoir plus

Dossier élections européennes 2009 - Touteleurope
Interview de Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof - Touteleurope

 
Affichage des commentaires 1 à 1 sur 1

(dimanche, 19-04-09 10:28) Daniel CHARRIER Le problème de l'absentéisme aux élections européennes, à mon avis, vient de deux sources principales. (je m'exprime en tant que Français, connaissant très peu les autres pays)
Le sentiment national est trop fort. Les électeurs français veulent rester français alors qu"il faudrait accepter de perdre, d'aabandonner cet attachement à la nation pour devenir européen. Il conviendrait de se dire européen, puis français, puis normand ou chti ... puis marseillais ou grenoblois ...
Il faut non pas ababdonner un identité nationale forte mais l'enrichir d'une identité plus puissante face au monde qui nou entoure. Cela demanderait une forte application pédagogique de nos élus et candidats qui, c'est vrai, se servent de ces élections pour consolider ou créer leur assise nationale. Bien souvent les médias jouent le même jeu.
En second lieu, le commun des électeurs ne peut guère expliquer à quoi sert l'Europe et surtout le parlement européen. Que voit-il des décisions de l'Europe ? Ce que les médias lui en disent. Des choses futiles ou outrageantes pour leurs valeurs proches. Exemple : le droit d'appeller rosé le mélange de vin rouge et de vin blanc. Quoi de plus futile ! C'est ça l'Europe ? Ils ne connaissent rien, qu'ils nous laissent tranquilles !
Tant que les hommes et femmes politiques ne joueront que sur l'échiquier national, tant que les médias joueront le scoop, tant que l'Europe ne montrera pas qu'elle est indépendante des lobbies, tant qu'elle ne s'expliquera pas sur son rôle et ses actions il ne faudra pas attendre un grand intérêt des français pour les élections au parlement européen.

Votre commentaire