Cour de justice de l'Union européenne

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La justice européenne

© Communauté européenne, 2008La Cour de justice de l'Union Européenne (CJUE) regroupe la Cour de justice, le Tribunal et le Tribunal de la fonction publique. Elle est assistée si nécessaire par des tribunaux spécialisés, qu’elle peut décider de créer. La Cour de justice assure le respect du droit dans l'interprétation et l'application des traités. Elle est la juridiction suprême de l'Union.




 

La Cour de Justice

Vassilios Skouris (Grèce)

Il est Président de la Cour de Justice depuis le 7 octobre 2003.

Les membres de la CJUE
La Cour de Justice est composée de 27 juges (un par Etat membre) et de 8 avocats généraux (jusqu’à 11 en cas de demande de la Cour), nommés d'un commun accord par les Etats membres pour un mandat de six ans renouvelable, après avis d’un comité consultatif.

Le Président de la Cour, désigné parmi les juges pour une période de trois ans renouvelable, dirige les travaux et services de la Cour et préside les audiences et les délibérations.

Composition et fonctionnement de la Cour de Justice

La Cour de justice est composée de 27 juges, soit un par Etat membre. Leur mandat est de six ans renouvelables. Le traité de Lisbonne crée un comité consultatif pour la nomination des juges et des avocats généraux chargé d'émettre un avis sur la compatibilité des candidats avec les fonctions exercées.

Ce comité est composé de sept personnes choisies parmi d'anciens membres des deux juridictions européennes, des membres des juridictions nationales suprêmes et de juristes possédant des compétences notoires, dont l'un est proposé par le Parlement européen.

Huit avocats généraux assistent la Cour dans sa mission, en présentant publiquement, en toute impartialité et en toute indépendance, leurs conclusions sur les affaires soumises à la Cour. Toutefois, depuis 2007 la Cour peut demander de porter le nombre d'avocats généraux à onze si nécessaire (article 252 TFUE).

La Cour peut siéger, en fonction de l'importance de l'affaire, en séance plénière (tous les juges participent quand l'affaire est très importante), en grande chambre (13 juges), ou en chambres de 3 ou 5 juges.

Un avocat général (pour les litiges devant la Cour) et un juge rapporteur sont chargés d'étudier les différentes affaires qui sont soumises à la Cour de Luxembourg. L'avocat général présente ses conclusions sur la façon dont selon lui une affaire doit être réglée, puis les juges délibèrent sur la base du projet d'arrêt établi par le juge rapporteur. Chacun des juges peut proposer des modifications. Chaque juge est aidé par des juristes qui font partie de son cabinet (on les appelle les référendaires).

L'arrêt définitif est prononcé en audience publique et publié dans le recueil des arrêts de la CJUE et du Tribunal. Il s’impose à l’ensemble des Etats membres et sur la totalité du territoire de l’Union européenne.

Missions de la Cour de justice

Instituée en 1952 par le traité CECA, la Cour de Justice (autrefois nommée Cour de Justice des Communautés européennes, CJCE), située à Luxembourg, est une institution juridictionnelle qui veille au respect droit communautaire : elle est la seule compétente pour interpréter les traités.

La Cour peut d’abord être saisie dans le cadre de recours directs. Il en existe plusieurs types :

  • les recours en manquement qui ont pour objet de sanctionner la violation par un Etat membre d’une obligation communautaire (par exemple la mauvaise transposition d’une directive). Ces recours sont formés dans la quasi-totalité des cas par la Commission européenne mais peuvent l’être aussi par les Etats membres. En cas de manquement constaté, l'arrêt s'impose à l'Etat membre concerné et, s'il ne s'y conforme pas, la Cour peut lui infliger des sanctions pécuniaires à la demande de la Commission. Pour ce faire, la Commission doit saisir la Cour de Justice et lui demander de condamner l'Etat en cause pour avoir manqué à l'obligation de respect des arrêts constatant un premier manquement. S'il est condamné, on dira que l'Etat a été condamné pour manquement sur manquement. Pour chaque condamnation, l'Etat est condamné pour avoir manqué à ses obligations communautaires;

  • les recours en annulation qui ont pour objet d’annuler un acte des institutions communautaires. Ces recours peuvent être formés par les Etats membres, mais aussi par les institutions communautaires qui n’ont pas à démontrer d’intérêt à agir, c'est-à-dire qu'elles n'ont pas à être directement et personnellement concernées par l'affaire. Enfin ils peuvent être formés par les personnes physiques et morales qui, pour agir, doivent au contraire être directement et individuellement concernées par l’acte qu’elles attaquent (condition rarement remplie car l'Union européenne produit rarement des actes nominatifs c'est-à-dire des actes personnellement et directement adressés à une personne);

  • les recours en carence qui sanctionnent, à l’inverse, le défaut d’action d’une institution (par exemple quand une institution devait prendre une décision et ne l’a pas fait) et les pourvois. Ces recours peuvent être formés par les institutions, les Etats membres et les personnes physiques ou morales dans les mêmes conditions que pour les recours en annulation ;

  • les recours en indemnité qui mettent en cause la responsabilité de l'Union en raison de dommages causés par ses organes ou ses agents ; ces recours peuvent être formés par les Etats membres et les personnes physiques et morales ;

  • les pourvois contre les arrêts et ordonnances du Tribunal : ils sont ouverts aux parties ayant perdu au procès au moins partiellement, aux intervenants concernés et affectés directement, ainsi qu'aux Etats membres et aux institutions communautaires (même s'ils ne sont pas intervenus, sauf dans les litiges de fonctionnaires). Le pourvoi est limité aux questions de droit c'est-à-dire à l'application du droit par les juges du Tribunal. La Cour ne jugera pas les faits. Elle annule la décision du Tribunal en cas de mauvaise application et peut soit renvoyer l'affaire devant ce dernier soit statuer elle-même définitivement sur le litige.

Vocabulaire juridique

On parle de pourvoi lorsque la partie ayant perdu le procès considère que le Tribunal a mal appliqué le droit communautaire. La partie se pourvoit alors devant la Cour pour que le droit soit appliqué correctement. La Cour ne juge pas les faits du litige mais seulement l'application du droit.

On parle de "réexamen" lorsque le Tribunal statue sur des recours à l'encontre des décisions prises par le Tribunal de la fonction publique (TFP).

Les compétences de la Cour de justice
A côté de ces recours existent un mécanisme original, le renvoi préjudiciel. Il est fondé sur la collaboration entre les juges nationaux et le juge communautaire.

Lorsque le juge national doit appliquer le droit communautaire au cours d'un procès, il peut "surseoir à statuer" et poser une "question préjudicielle".

Dans ce cas, le juge "suspend le procès" le temps de poser la question à la Cour de justice sur la manière d'appliquer le droit communautaire. Lorsque celle-ci a répondu, le procès reprend normalement. 

Les renvois peuvent émaner de toute juridiction d'un Etat membre et porter soit sur des questions d'interprétation du droit communautaire, soit sur des questions d'appréciation de validité d'un acte de droit dérivé (par exemple une directive). Les arrêts rendus par la Cour sur ces renvois ont une force obligatoire et, sauf exception, une portée rétroactive.

Les renvois préjudiciels sont diffusés par la Cour à tous les Etats membres dans leur langue. Ces derniers sont en droit de déposer des observations écrites et/ou orales avant que la Cour ne réponde à la question du juge national afin de donner leur avis sur l'interprétation à donner à la législation faisant l'objet de la question.

Il faut également noter que la Cour peut être saisie par le Parlement européen, le Conseil, la Commission ou un Etat membre, d’une demande d’avis portant sur la compatibilité d'un accord international envisagé entre la Communauté et d'autres Etats ou organisations internationales avec le Traité. Si l'avis est négatif, l'accord prévu ne peut entrer en vigueur qu'après révision du traité.

Innovation du traité de Lisbonne, les parlements nationaux et le Comité des Régions pourront déposer un recours pour violation du principe de subsidiarité contre les actes qui seraient selon eux contraires à ce principe. Pour ce faire, les parlements nationaux devront obtenir l'aval de leur gouvernement.

La procédure préjudicielle est également étendue par le traité de Lisbonne aux actes pris par les organes et organismes de l'Union européenne. Ces actes sont ainsi incorporés au droit de l'Union. La Cour de justice peut donc les interpréter et contrôler leur validité à la demande des juges nationaux afin de leur permettre, par exemple, de vérifier la conformité de leur législation nationale avec ce droit.

Le traité de Lisbonne étend de plus le contrôle de la Cour de justice aux actes du Conseil européen, celui-ci étant reconnu comme une institution à part entière.

Ainsi, la Cour peut, sur demande de l'Etat membre concerné, se prononcer sur la légalité d'un acte adopté par le Conseil européen ou le Conseil de l’Union européenne lorsqu'il a été identifié un risque clair de violation grave par cet État membre de certaines valeurs, comme le respect de la dignité humaine, le respect des droits de l'homme, etc.

Enfin, la Cour est désormais compétente, dans les mêmes conditions, pour se prononcer sur les recours formés par la Cour des comptes, la Banque centrale européenne et, par le Comité des Régions qui tendent à la sauvegarde des prérogatives de ceux-ci.

Domaines d'intervention

Avec le traité de Lisbonne, la compétence de la Cour s'étend au droit de l'Union européenne à moins que les traités n'en disposent autrement.

En matière de Liberté, sécurité et Justice, la Cour voit ses compétences renforcées. En effet, les restrictions sont presque toutes levées. Elle pourra désormais statuer sur des recours concernant les visas, l'asile, l'immigration et d'autres politiques liés à la circulation des personnes.

En matière de coopération policière en matière pénale, la compétence de la Cour de justice pour statuer à titre préjudiciel devient obligatoire et n'est plus subordonnée à une déclaration de chaque État membre reconnaissant cette compétence et indiquant les juridictions nationales pouvant la saisir.

Le domaine de la police et de la justice pénale entre dans le droit commun et toutes les juridictions peuvent saisir la Cour de justice. Cette compétence ne sera cependant applicable que cinq ans après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Enfin, la Charte des Droits fondamentaux de l'Union européenne acquiert la même valeur juridique que les Traités. Elle intègre "le bloc de constitutionnalité" sur lequel la Cour de justice peut se prononcer. Cependant, la Charte n'est pas opposable au Royaume-Uni et à la Pologne qui bénéficient d'une dérogation. Cette dérogation devrait être étendue dans l'avenir cette dérogation à la République tchèque.

 

Le Tribunal

Marc Jaeger (Luxembourg)
C'est le Président du Tribunal de l'UE depuis le 17 septembre 2007, pour un mandat de 3 ans.

Les membres du Tribunal

La Cour de Justice est assistée depuis 1989 par un Tribunal de première instance, qui devient avec le traité de Lisbonne le Tribunal.

Il est  composé de 27 juges nommés par les Etats membres pour six ans renouvelables après avis comité consultatif pour la nomination des juges et des avocats généraux.

Un renouvellement partiel a lieu tous les trois ans. Les personnes sortantes peuvent être réélues.

Les juges désignent parmi leur président pour trois ans.

Il n'y a pas d'avocat général au Tribunal. Sous le traité de Nice, lorsque le Tribunal le jugeait utile, il pouvait nommer un juge qui faisait fonction d'avocat général pour une affaire spécifique. L'article 254 TFUE prévoit désormais que le Tribunal, s'il le juge utile, peut être assisté d'avocats généraux.

Le Tribunal peut siéger, en fonction de l'importance de l'affaire, en séance plénière, en grande chambre (13 juges), en chambres de 3 ou 5 juges ou en formation à juge unique. 


Le traité de Nice prévoyait qu'il était juge en première instance pour l'ensemble des recours directs : les recours en annulation, en carence, ou responsabilité déposés par les personnes physiques ou morales et les recours contre la Commission européenne déposés par les entreprises.

Désormais, le traité de Lisbonne prévoit aux articles 263 et suivants du TFUE qu'il sera de, plus, juge de première instance pour:

  • Le contrôle de légalité des actes des Institutions, organes ou organisations de l'Union destinés à produire un effet juridiques à l'égard des tiers,

  • Les recours formés par un Etats  membres, le Parlement, le Conseil ou la Commission pour incompétence, pour violation des formes substantielles, pour violation des traités et du droit dérivé et pour détournement de pouvoir,

  • Les recours formés par la Cour des comptes, la BCE et le Comité des régions lorsque leurs prérogatives sont concernées,

  • Le recours de personnes physiques ou  morales contre les actes les concernant directement et qui ne comportent pas de mesures d'exécution.

Le délai de recours est de deux mois à partir de sa publication ou notification.
Il est également compétent pour les recours formés contre les décisions des tribunaux spécialisés (art. 256 TFUE) ainsi que sur les questions préjudicielles énumérées à l'article 267 du TFUE lorsque son statut le prévoit.
 

Les tribunaux spéciaux

Le traité de Lisbonne prévoit dans son article 257 que des tribunaux spéciaux peuvent être créés par un règlement du Parlement européen et du Conseil adopté selon la procédure législative ordinaire sur proposition, selon le cas, soit de la Commission européenne avec avis de la Cour de Justice, soit de la Cour de Justice avec avis de la Commission.

Ce règlement fixe également son champ de compétence. Adjoints au Tribunal, ils peuvent connaitre de recours formés dans des matières spécifiques.

 

Le Tribunal de la fonction publique (TFP)

Paul J. Mahoney
(Grande-bretagne)
Il est le Président du Tribunal de la fonction publique de l'UE depuis le 6 octobre 2005.
Les membres du TFP
Depuis 2006, le Tribunal de la fonction publique (TFP) est adjoint à la Cour de justice de l'Union européenne et au Tribunal. Il fait désormais partie des tribunaux spéciaux prévus par le traité de Lisbonne.

Il est composé de sept juges nommés par le Conseil, pour une période de six ans renouvelable. Le Conseil veille à une composition équilibrée du Tribunal sur une base géographique aussi large que possible parmi les ressortissants des États membres et en ce qui concerne les systèmes juridiques nationaux représentés.

Le TFP siège en chambres composées de trois juges. Toutefois, lorsque la difficulté ou l’importance des questions de droit le justifient, une affaire peut être renvoyée devant l’assemblée plénière.

Ce tribunal est la juridiction spécialisée dans le domaine du contentieux de la fonction publique de l’Union européenne. Il est compétent pour connaître en première instance des litiges entre les Communautés et leurs agents. Il est également compétent pour trancher les litiges concernant certains personnels spécifiques, notamment les personnels d’EUROJUST, d’EUROPOL, de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Office pour l’harmonisation dans le marché intérieur.

En revanche, il ne peut connaître des litiges opposant les administrations nationales à leurs agents.

Ses décisions peuvent faire l’objet, dans un délai de deux mois, d’un pourvoi limité aux questions de droit devant le Tribunal.

 

La justice européenne en quelques chiffres

Les 23 langues officielles de l'Union sont utilisées à la CJUE . Une audience typique mélange au moins 5 ou 6 langues. La traduction de toutes les pièces de procédures vers toutes les langues est en partie responsable de la lenteur de la procédure.


Près de deux tiers des fonctionnaires de la Cour sont des fonctionnaires "linguistiques", c'est à dire soit des juristes linguistes, soit des interprètes.

De 1952 à 2004, 13 493 affaires ont été portées devant la Cour, qui a prononcé 6465 arrêts dans tous les champs de compétence de l'Union européenne: agriculture, aides d'Etat, droit institutionnel, droit des entreprises, environnement, consommateurs, fiscalité, libre circulation des marchandises et des personnes, pêche, politique commerciale, politique régionale, politique sociale, rapprochement des législations, relations extérieures, transports...

S'agissant du Tribunal, 3 735 affaires lui ont été soumises de 1989 à 2004 ; 2894 arrêts ont été prononcés.


Rapport d'activité de la Cour de justice des Communautés européennes pour l'année 2008

 

En 2008, la Cour a été saisie de 592 affaires nouvelles, chiffre qui dépasse encore le chiffre de 2007, qui avait été le plus élevé dans l’histoire de la Cour. Les délais de procédure ont considérablement diminué.

La durée moyenne des procédures de renvoi préjudiciel s'élève désormais à 18,2 mois au lieu de 25,5 mois en 2003. Quant aux recours directs et aux pourvois, la durée moyenne de traitement enregistrée en 2008 est respectivement de 16,9 et de 18,4 mois (contre 21,3 mois et 20,9 mois en 2005).

Le nombre d'affaires clôturées en 2008 a légèrement diminué passant à 495.

Malgré l'attribution du contentieux de la fonction publique à une juridiction spécifique, le nombre d'affaires introduites devant le Tribunal a nettement augmenté passant de 291 affaires en 2005 à 629 en 2008 (522 en 2007). La durée moyenne d'instance a sensiblement diminué, passant de 27,7 mois en 2007 à 24,5 mois en 2008.

Enfin, l'année 2008 a été marquée par le premier renouvellement triennal partiel du Tribunal de la fonction publique de l'Union européenne, qui été saisi de 111 nouvelles affaires contre157 en 2007. 129 affaires ont déjà été clôturées en 2008.

 

 


Textes et documents

Le Traité de Lisbonne et la Cour de justice de l'Union européenne [pdf] - 30/11/09 - Cour de justice des Communautés européennes - Communiqué de presse n° 104/09



Adresse utile

Cour de Justice de l'Union européenne - Plateau du Kirchberg - L-2925 Luxembourg - Tél.: 00.352.43.03.32.05 - info@curia.europa.eu

 

Sites utiles

Jurisprudence récente de la Cour - CURIA - Europa
Rapports annuels de la Cour et du Tribunal (activités, statistiques...) - CURIA - Europa

Site de la Cour de justice de de l'Union européenne


Mise à jour: 30/11/09