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Commission européenne et commissaires
Sommaire
Palmarès des auditions parlementaires
On le pensait achevé, le marathon des auditions est finalement prolongé : Mme Rumiana Jeleva a en effet annoncé mardi 20 janvier qu'elle démissionnait du poste de commissaire en charge de l'Aide humanitaire, l'occasion pour Touteleurope.fr de revenir sur cette course de fond, dont les participants ne sont pas tous sortis indemnes.
Interrogés et jugés sur leurs compétences, leurs portefeuilles et leurs parcours, l'examen s'est révélé redoutable pour plusieurs commissaires désignés. Si certains ont déjà subi l'exercice lors de leur nomination en 2004, le trac demeure néanmoins. Les commissaires ont eu trois séances de préparation avec José Manuel Barroso ainsi que des examens blancs pour se prémunir contre d'éventuelles questions-pièges.
L'examen, public, est intense. Les auditions, retransmises sur le site du Parlement européen, rassemblent députés et journalistes de toute l'Union, s'affirmant peu à peu comme l'un des rendez-vous majeurs de la démocratie européenne.
Que retient-on de ce grand oral ?
L'équipe Barroso II apparait hautement qualifiée à la lecture des CV des candidats. Avec 13 anciens commissaires, 16 anciens ministres et 8 anciens députés européens, la plupart des commissaires désignés ne sont pas des néophytes de la politique européenne.
Si les auditions se sont avérées moins houleuses que celles de 2004, où deux commissaires avait dû être remplacés et un troisième avait changé de portefeuille, la démission de la candidate bulgare Rumiana Jeleva montre à nouveau que le Parlement compte bien exercer son pouvoir de pression sur l'investiture de la future Commission.
Ainsi, malgré la préparation de la Commission, le bras de fer avec le Parlement n'aura pas été complètement évité. Or ce type d'incident en début de mandat peut se révéler d'assez mauvais augure. En 2004, M. Barroso a mis du temps à rétablir son autorité après une série d'auditions difficiles qui avaient entamé sa crédibilité.
Les auditions en bref
Almunia Joaquín | Andor László | Ashton Catherine | Barnier Michel | Cioloş Dacian | Dalli John | Damanaki Maria | De Gucht Karel | Füle Štefan | Geoghegan-Quinn Máire | Georgieva Kristalina | Hahn Johannes | Hedegaard Connie | Kallas Siim | Kroes Neelie | Lewandowski Janusz | Malmström Cecilia | Oettinger Günther H. | Piebalgs Andris | Potočnik Janez | Reding Viviane | Rehn Olli | Šefčovič Maroš | Šemeta Algirdas | Tajani Antonio | Vassiliou Androulla | Jeleva Rumania
Janusz Lewandowski (Budget et programmation financière)
Janusz Lewandowski a du répondre aux questions d'Alain Lamassoure sur un impôt européen : "L'Europe n'est pas prête pour un impôt européen. Cela pourrait être néfaste pour les liens que nous avons avec les citoyens", a estimé le commissaire désigné. "Il est trop tôt pour un revenu purement fiscal". Néanmoins, M. Lewandowski prendra en compte quelques propositions de M. Lamassoure. Actuellement, le majeur parti du budget européen est composé de contributions nationales ainsi que de la TVA, et représente 1.24 % du PIB de l'Union. La position de M. Lewandowski a été jugée moins audacieuse que le manifeste de M. Barroso sur la question des ressources propres de l'Union. Autre point phare de l'audition de M. Lewandowski, la Taxe Tobin sur les transactions financières, à laquelle il s'est dit favorable (tout comme M. Barnier).
Catherine Ashton (Relations extérieures)
Très attendue après un premier passage plutôt décevant (comme candidate au poste de Haut représentant) devant le parlement européen en novembre, Catherine Ashton à mis les bouchées doubles pour rattraper le niveau sur son vaste portefeuille. La moins expérimentée des commissaires pour un portefeuille de cette envergure, l'épreuve était de taille. Plusieurs députés ont relevé son "manque de vision" pour ce poste. Elle a montré des lacunes de sa connaissance des dossiers sur les forces en Afghanistan ou encore en avouant ne pas être au courant du débat sur la question d'un siège unique pour l'Union aux Nations Unies. Le député Elmar Brok a trouvé "une base de coopération avec elle, mais sans enthousiasme". L'avis général des députés et observateurs de son audition est donc plutôt négatif.
Olli Rehn (Affaires économiques et monétaires)
Futur commissaire des affaires économiques et monétaires, M. Rehn a fixé la relance de la croissance et de l'emploi comme son objectif numéro un. "Nous sommes confrontés à un défi majeur : garantir l’avenir de l’euro", a-t-il déclaré. Fidèle à sa réputation de grande réserve, le Finlandais n’a toutefois pas été très prolixe sur ses projets, évoquant une "communication sur la coordination" des politiques économiques.
Joaquin Almunia (Concurrence)
Démontrant une très bonne connaissance de son dossier, M. Almunia s'est pour sa part imposé hier comme un des piliers de la prochaine Commission. A l'aise devant le Parlement européen, il a alterné des réponses en français, en anglais et en espagnol. L'audition de M. Almunia, qui a insisté sur la nécessité de régulation des activités bancaires comme sur la poursuite de la politique européenne de concurrence, semble avoir été particulièrement appréciée des eurodéputés.
Karel de Gucht (Commerce)
Le commissaire désigné au commerce Karel de Gucht a convaincu avec sa présentation franche et fouillée de sa vision du commerce international. Il a dénoncé avec vigueur la politique de change choisie par la Chine pour garder sa monnaie sous-évaluée. " Cette sous-évaluation constitue un problème majeur car il s’agit d’une politique délibérée ". M. de Gucht s'est dit confiant sur les possibilités de conclure le cycle de Doha. Cependant, ni Karel de Gucht ni Joaquin Almunia, ne sont favorables à l'idée française d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe, estimant que celle-ci pourrait desservir la cause des Européens.
Viviane Reding (Justice, droits fondamentaux et citoyenneté)
Briguant le nouveau portefeuille de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, qui serait aussi son troisième mandat de commissaire et, Viviane Reding a critiqué la politique américaine d'anti-terrorisme. La candidate est réticente à l'idée d'équiper les aéroports européens de scanners corporels et aux propositions de partage des données privées avec les agences de renseignement américaines. Dernièrement, lors d'une réunion sur la sécurité aérienne, le Royaume Uni, les Pays-Bas et l'Italie se sont prononcés en faveur des scanners alors que la Belgique, l'Espagne et l'Allemagne y sont défavorables. Mme Reding a promis de mettre la Charte des droits fondamentaux au cœur de toutes les politiques européennes en l'intégrant dans le dispositif d'étude d'impact dans toutes les politiques de l'Union.
Rumiana Jeleva (Coopération internationale, aide humanitaire et réponses aux crises)
L'audition de Mme Jeleva a été houleuse. Au centre d'une controverse sur son rôle dans la direction d'une entreprise bulgare, elle était accusée d'avoir menti sur ses liens avec cette société de privatisation. Bien que députée européenne et brièvement ancienne ministre des affaires étrangères de Bulgarie, elle n'a pas convaincu non plus sur sa connaissance des dossiers. "José Manuel Barroso doit maintenant la défendre ou s’en débarrasser", déclarait le Britannique Andrew Duff, rapporteur de l'audition... c'est la deuxième option qui a été choisie : Mme Jeleva a renoncé à son poste le 19 janvier et a déclaré: "C'est avec amertume que je note que les discussions sur des accusations infondées et le conflit d'intérêt ont dominé l'audition". La Bulgarie vient de nommer Kristalina Georgieva, 56 ans et vice-présidente de la Banque mondiale, pour la remplacer. Cette dernière sera auditionnée le 3 février, retardant l'investiture de la Commission au 11 février probablement.
Algirdas Semeta (Fiscalité et union douanière, audit et lutte antifraude)
Autre profil contesté : M. Semeta, ancien ministre des finances de la Lituanie. Sur le papier, le candidat a l'air idéal pour ce poste de commissaire à la Fiscalité, à l'union douanière, à l'audit et à la lutte antifraude : diplômé d'économie et bénéficiant déjà d'une expérience au sein de la Commission européenne, il avait à priori tout pour plaire aux députés. Cependant, sa présentation a été rondement critiquée par des députés de tous bords, qui lui ont reproché son manque d'expertise pour ce portefeuille, qui regroupe deux dossiers de la Commission précédente.
Siim Kallas (Transports)
"La décarbonisation des transports n'est pas discutable", a répondu Siim Kallas, le prochain commissaire estonien aux transports, au cours de son audition réussie devant le Parlement européen le 14 janvier. La mise en pratique du système de prélèvement "eurovignette" pour les poids lourds restera une "priorité" de la Commission a-t-il affirmé. "Trouver un juste équilibre entre réglementation verte et rentabilité", tel sera l'objectif du futur commissaire.
Neelie Kroes (Agenda numérique)
Lors de son audition le 14 janvier, Neelie Kroes n'a pas fait ses preuves auprès des eurodéputés, à tel point qu'une seconde tentative aura lieu à huis clos le 21 janvier afin de confirmer ou non la Néerlandaise au poste de Commissaire à l'agenda numérique. Elle a néanmoins affirmé son opposition au projet Google books et déploré l'absence d'un système paneuropéen sur le droit d'auteur.
Antonio Tajani (Industrie et entrepreneuriat)
Interrogé sur la façon dont il a prévu de garantir son indépendance envers le lobby de l’industrie des transports, Antonio Tajani a répondu qu'il ne céderait à aucune pression. M. Tajani a par ailleurs proposé de mettre en place un système de contrôle du trafic aérien plus centralisé, au lieu des 27 centres de contrôle nationaux actuellement en place, une étape cruciale dans le domaine de la réduction des émissions de CO2 du secteur.
Maroš Šefcovic (Relations interinstitutionnelles et administration)
Maroš Šefcovic, le candidat slovaque, a été attaqué sur une déclaration qu'il aurait faite il y a 5 ans contre la minorité Rom de son pays. Incisif lors de sa réponse, le futur commissaire a paru sincère en affirmant que les mots qui lui sont attribués ont été sortis de leur contexte. Il a également annoncé vouloir une meilleure coopération avec les parlements nationaux et les citoyens.
Janez Potocnik (Environnement)
Janez Potočnik souhaite voir les questions environnementales ''plus haut sur l'agenda''. Pour cela, il espère encourager l'économie à avancer ''main dans la main'' avec l'environnement. En réponse à Paul Nuttall, eurodéputé britannique, sur l'absence de preuve du lien entre l'activité humaine et le changement climatique, le commissaire désigné a répondu que même si cela n'était pas le cas, ce qui n'était pas son opinion, les politiques envisagées seraient tout de même justifiées : ''j'espère que nous sommes assez responsables politiquement pour agir suffisamment tôt et ne pas reproduire les erreurs qui ont mené à la crise financière''. Un oral réussi.
Andris Piebalgs (Développement)
L'actuel commissaire à l'Energie Andris Piebalgs, désigné pour le développement au sein de la prochaine Commission, a souligné la nécessité de tirer parti pour son portefeuille, de la création du poste de Haut représentant, sans pour autant voir "dans la politique du développement un simple outil destiné à favoriser des objectifs politiques plus larges pour l'UE".
Michel Barnier (Marché intérieur et services financiers)
Michel Barnier est probablement l'un des grands vainqueurs de ces auditions. Affichant dès le début son intention de mener son portefeuille en homme politique, le futur commissaire au Marché intérieur et services est apparut déterminé et au fait de ses dossiers. "Je travaillerai à mettre le marché intérieur au service du progrès humain", a-t-il déclaré. "Je me présente devant vous comme un homme politique qui s'adresse à des hommes et des femmes politiques" et "je ne prendrai aucun ordre de Paris, de Londres ou d'ailleurs", a déclaré le candidat, affirmant qu' "aucun marché, aucun acteur, aucun produit, aucun territoire ne [devait] désormais échapper à une régulation pertinente et à une surveillance efficace".
Androulla Vassiliou (Education, culture, multilinguisme et jeunesse)
Commissaire européenne à la santé, Androulla Vassiliou a parfaitement passé son examen. Reprenant les bases, la candidate a rappelé l'importance du cadre familial et de la qualité de l'enseignement. Son analyse approfondie de tous les aspects de son portefeuille a impressionné. Mme Vassiliou a notamment évoqué les législations pertinentes, la jurisprudence, mais aussi des faits, statistiques, rapports et exemples qui ont illustré son discours.
John Dalli (Politique en matière de santé et de protection des consommateurs)
John Dalli, candidat pour le portefeuille de la Santé et de la protection des consommateurs, a déçu lors de sa prestation. Affirmant que le thème central de son travail sera "les patients d'abord, les consommateurs d'abord", M. Dalli a, selon les parlementaires, exposé des généralités laissant entrevoir son peu de connaissance des dossiers qu’il aura à traiter.
Maire Georghegan Quinn (Recherche et innovation)
Máire Geoghegan Quinn, candidate désignée au poste de commissaire à la recherche et l'innovation s'est montrée convaincante. Faisant preuve d'assurance, elle a affirmé qu'en tant que commissaire, ses actions se concentreraient sur trois grands points: achever la création de l'Espace européen de la recherche, relever les grands défis de nos sociétés, et créer une culture de la recherche et de l'innovation. La candidate irlandaise semble avoir convaincu les députés.
Maria Damanaki (Affaires maritimes et pêche)
Désignée aux Affaires maritimes et à la pêche, la candidate grecque Maria Damanaki n'a pas réussi sa prestation. Fière de contribuer à la croissance bleue, la commissaire désignée a estimé que cette croissance contribuerait à libérer le potentiel de toutes les ressources de la mer et à créer des "emplois bleus". La présidente de la commission parlementaire de la pêche a notamment déclaré que les réponses écrites de la commissaire désignée n'étaient pas suffisamment détaillées en ce qui concerne le respect des nouveaux pouvoirs conférés au Parlement par le traité de Lisbonne. En guise de réponse, mme Damanaki a déclaré se réjouir que la pêche soit maintenant soumise à la codécision.
Günther Oettinger (Energie)
Commissaire allemand désigné à l'énergie, Günther Oettinger
semble avoir convaincu le Parlement de son engagement européen. Questionné sur sa position par rapport au nucléaire, il a déclaré qu' ''Il y a des pays qui considèrent le nucléaire comme une option à long terme, pas seulement comme une technologie provisoire. Je dois l'accepter''. Il a par ailleurs défendu la réalisation des objectifs du paquet climat-énergie : 20% d'efficacité énergétique, 20% d'énergies renouvelables et une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2020.
Johannes Hahn (Politique régionale)
"Nous avons besoin d'une politique de cohésion pour toutes les régions d'Europe" a déclaré Johannes Hahn, commissaire autrichien désigné à la Politique régionale, qui a également affirmé être fermement opposé à une renationalisation de la politique régionale. Le candidat a également annoncé son intention de faire de l’urbanisation l’une de ses priorités. Souhaitant que l’intervention de la politique de cohésion ne soit pas limitée aux zones les plus pauvres, le futur commissaire a fait la preuve de sa compétence devant le Parlement européen et semble ainsi avoir assuré sa légitimité au poste.
Connie Hedegaard (Actions en faveur du climat)
La Danoise Connie Hedegaard a parfaitement réussi son grand oral. Certains députés l'ont même trouvée brillante. Cependant, elle a dû se défendre des critiques portant sur sa gestion de la conférence de Copenhague sur le climat. Ainsi, elle a dénoncé les faiblesses de l’Europe lorsque l'échec a été évoqué. Elle s'est également prononcée contre les aides à la recherche dans le nucléaire et dans les énergies fossiles. Elle s'inscrit en cela en opposition avec la politique de celui qui pourrait être son futur collègue, l'Allemand Günther Oettinger, désigné à l'Energie.
Stefan Füle (Elargissement)
Le commissaire désigné par la République tchèque, Stefan Füle, souhaite politiser le débat sur l'élargissement, dont il aura la responsabilité s'il est confirmé par le Parlement. Convainquant lors de son audition, il s'est aussi positionné devant les députés en tant que "partisan d'une réunification approfondie" du continent européen. "L'ombre du rideau de fer tombé en 1989 n'a réellement disparue qu'avec l'élargissement" de 2004. Son discours clair a permis aux députés de se faire une idée son action et de considérer son audition comme réussie. Son passé communiste, un temps évoqué, n'est pas venu ternir l'audition de ce diplomate qui semble vouloir changer l'approche de ses prédécesseurs.
László Andor (Emploi et Affaires sociales)
Le futur commissaire à l'Emploi et aux Affaires sociales László Andor a finalement fait une très bonne impression. Son passé de membre des jeunesses communistes n'a pas perturbé son audition. Vieillissement de la population et lutte contre la pauvreté ont été les principaux sujets abordés par les députés lors de l'audition du candidat hongrois. A ce titre, il a cité parmi ses priorités la stratégie 2020 (Stratégie de Lisbonne post 2010), la législation européenne et notamment la révision de la directive temps de travail, et la modernisation des fonds structurels en vue d'une gestion plus souple.
Cecilia Malmström (Affaires intérieures)
Cecilia Malmström, commissaire suédoise désignée aux Affaires intérieures, a fait part lors de son audition de son intention de présenter cette année trois directives destinées à favoriser l'immigration légale. "L'immigration, il s'agit d'un phénomène global qui existe depuis Adam et Eve. Nous n'allons pas y mettre fin", a-t-elle déclaré. Elle a prôné l'adoption d'un "code de l'immigration qui permette aux immigrants légaux de jouir des mêmes droits que les citoyens de l'Union européenne". Elle a su, au cours de son audition, convaincre les eurodéputés par son sérieux et ses compétences.
Dacian Ciolos (Agriculture)
Désigné commissaire à l’Agriculture, le Roumain Dacian Ciolos a réussi son audition. Proche des positions de la France sur l'agriculture, il plaide pour le maintien d’un budget "poids-lourd" en faveur de la Politique agricole commune. Il a été reconnu compétent et très au fait de ses dossiers par les députés présents. Il a toutefois dû répondre aux questions portant sur la mauvaise gestion des fonds européens en Roumanie alors qu'il était ministre de l'Agriculture.
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