Politique étrangère et de défense

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Elections américaines 2012

Mardi 6 novembre 2012 ont lieu les élections qui vont porter au pouvoir le prochain président des Etats-Unis d'Amérique pour les quatre années à venir. En pleine crise économique , et après avoir connu l'Obamania en 2008, ces élections sont l'heure du bilan pour Barack Obama, candidat à sa propre succession, alors que son challenger Mitt Romney doit marquer sa différence. Les deux candidats sont au coude-à-coude dans les sondages, pourtant leur programmes sont diamétralement opposés. L'occasion pour Touteleurope.eu de revenir sur l'histoire des relations entre les Etats-Unis et l'Union européenne, la place de l'Europe dans la campagne américaine, les chiffres-clés de la présidence d'Obama vue par le prisme européen ou encore les grands thèmes de leur programme respectif.

Sommaire

UE-USA : les hauts et les bas d'une longue histoire

L’Europe, la grande absente de la campagne américaine

Infographie : les relations UE-USA sous Obama

Obama/Romney : programmes comparés

"4 ans de présidence Obama", l'analyse de Bertrand Rioust de Largentaye (Notre Europe)

EU Talk : Chat avec Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS et professeur de science politique à Hallym University (Chuncheon, Corée du Sud)

UE-USA : les hauts et les bas d'une longue histoire

usa ueLes contacts entre les deux rives de l'Atlantique n'ont jamais été si intenses et fréquents que pendant le vingtième siècle, surtout après le deuxième conflit mondial. Alors que du côté des Etats-Unis treize présidents se sont succédé, l'Europe a passé les différentes étapes institutionnelles qui ont constitué les étapes vers la création de l'Union européenne. Bilan d'une relation particulière.




La fin de la guerre et la naissance de l'alliance atlantique

cimetière usaAu lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe est partagée en deux. Les forces américaines et soviétiques sont toujours présentes sur le continent et les Etats européens s'apprêtent à choisir leur camp. Le bipolarisme débute  officiellement quelques années plus tard, en 1949, quand dix Etats européens signent avec les Etats-Unis et le Canada le Traité de l'Atlantique du Nord, qui donne naissance à l'OTAN. A l'alliance militaire occidentale fait suite le Pacte de Varsovie en 1955 : six pays de l'Europe centrale et orientale rejoignent le camp soviétique (ils seront sept un an plus tard).

Durant l'après-guerre, les relations avec Washington sont donc conditionnées par le camp d'appartenance. Les pays de l'Europe occidentale bénéficient à partir de 1947 du plan Marshall, qui distribuent environ 13 milliards de dollars d'aides à 17 pays européens. Le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique et les Pays-Bas sont les pays qui reçoivent le plus d'aides financières grâce à ce programme qui continuera jusqu'en 1951.

L'OTAN et le plan Marshall représentent les deux aspects de l'interdépendance (économique et militaire) qui s'installe entre l'Europe et les Etats-Unis.

 

De la crise de l'OTAN au développement de la CEE

En 1966, Charles de Gaulle sort la France du commandement intégré de l'OTAN pour poursuivre sa propre politique nucléaire (le siège de l'organisation quitte alors Paris). La décision du président français ne trouve pas d'échos en Europe et les autres Etats membres de l'OTAN ne changent pas leur statut d'appartenance à l'organisation. Cependant, cette "volonté d'indépendance" vis-à-vis à l'hégémonie militaire américaine est un signal fort pour l'époque, même si Paris n'arrivera jamais à la rupture complète avec Washington.

Pendant les années soixante, naît la Communauté économique européenne, avec le Traité de Rome (1957), qui pose un nouvel obstacle aux relations transatlantiques. En effet, alors que sur le Vieux Continent une union douanière est mise en place entre six pays initialement, de l'autre côté de l'Atlantique Washington craint que l'intégration européenne menace les exportations américaines. Européens et Américains se disputent plusieurs fois lors des négociations commerciales (et parfois Bruxelles accepte de réduire ses droits de douane sur les produits Made in USA).

berlinermauerEn 1961, les autorités de la RDA décident la construction du Mur de Berlin, pour empêcher les citoyens de l'Allemagne de l'Est de fuir dans l'Ouest du pays. Deux ans plus tard, le nouveau président américain John F. Kennedy prononce à Berlin (Ouest) son fameux discours de soutien aux Berlinois ("Ich bin ein Berliner"). C'est l'un des moments les plus tendus de la guerre froide : USA et URSS risquent d'arriver à couteaux tirés lors de la crise des missiles à Cuba (1963).

 

La "détente" en Europe et dans le monde

Quand les trois communautés européennes (CECA, CEE et EURATOM) sont fusionnées en 1967, Georges Pompidou prend la place de Charles de Gaulle à la tête de la présidence française.  Paris enlève le véto gaullien qui empêcher au Royaume-Uni de rejoindre la CEE : en mai 1973, le projet européen voit donc son premier élargissement (outre Londres, Dublin et Copenhague rejoignent également le groupe). En même temps, l'arrivée au pouvoir de Richard Nixon en 1969 (et surtout de son secrétaire d'Etat francophile Henry Kissinger) contribue à normaliser les relations avec entre Paris et Washington.

Willy Brandt et Richard NixonLe conflit latent entre les deux blocs vit à ce moment-là une période de "détente". En Allemagne, Willy Brandt inaugure une politique d'ouverture vers l’Est ("Ostpolitik") et en 1972 les deux Allemagnes se reconnaissent mutuellement. Les Etats-Unis et l'URSS signent leurs premiers accords de non-prolifération nucléaire (1968) et de limitation des armements (1972). Le printemps de Prague en 1968 entraîne à l'occupation de la Tchèque Slovaquie par les forces du Pacte de Varsovie : la question de la sécurité sera, après 1989, un point central des relations entre les USA et l'Europe centrale (aujourd'hui, la plupart des Etats de l'Europe centrale reprochent au président Obama de ne plus considérer cette région géopolitiquement stratégique et prioritaire).

 

La naissance de l'Union européenne et la fin de la guerre froide

C'est pendant le mandat de Roy Jenkins (président de la Commission européenne de 1977 en 1981), que les Européens votent pour les premières élections du Parlement de Strasbourg en 1979. Pendant les années 1980, le Conseil adopte le drapeau européen et la communauté européenne (qui prendra officiellement ce nom en 1993) s'agrandit encore : la Grèce, l'Espagne et le Portugal y font leur entrée.

L'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979 est l'avant-dernier chapitre de la guerre froide entre Moscou et Washington. Tandis qu'à Moscou Mikhaïl Gorbatchev poursuit sa politique de réforme de l'Etat soviétique, en Allemagne de l'Est des grandes manifestations anticipent la chute du mur de Berlin. La nuit du 9 novembre 1989, le mur qui divisait Berlin en deux depuis 1961 est enfin ouvert. C'est la fin de la guerre froide : en quelques années les pays "satellites" de l'URSS retrouvent leur indépendance.

Drapeau UEAvec la fin de la guerre froide, le processus d'intégration européenne reprend et en 1992 le traité de Maastricht est signé : l'Union européenne est née. Cependant, alors qu'à Bruxelles on réorganise la structure communautaire, la guerre éclate dans l'ancienne Yougoslavie, privée depuis 1980 de son leader charismatique Tito. La guerre des Balkans sera le premier terrain de confrontation entre l'UE et les Etats-Unis. Washington reprochera l’absence de politique étrangère commune en Europe et la difficulté de dialoguer avec de si nombreux interlocuteurs. Cette remarque, que certains attribuent initialement à Henry Kissinger (qui aurait demandé "quel est le numéro de téléphone de l'Europe?"), est souvent invoquée aujourd'hui aussi.

 

UE et USA entre terrorisme, environnement et crise économique

Alors que Bruxelles poursuit son processus d'intégration avec les traités d'Amsterdam (1997), de Nice (2001) et enfin de Lisbonne (2007), l'Union européenne et les Etats-Unis s’affrontent sur de nouveaux dossiers.

GuantanamoLa guerre en Irak (2003) menée par les Etats-Unis après l'attaque du 11 septembre 2001 divise encore une fois les Etats européens : alors que l'Allemagne et la France s'opposent au conflit au sein des Nations Unies, l'Espagne et le Royaume-Uni, tout comme l'Italie et les Pays-Bas, soutiennent la position américaine. La guerre contre le terrorisme voulue par le président George W. Bush posera d'autres problèmes aux relations USA-UE, notamment à cause des affaires de torture et de prélèvement de personnes suspectées de terrorisme ensuite déportées à Guantanamo.

La "taxe carbone"

Entrée en vigueur sur le papier le 1er janvier 2012, elle oblige toutes les compagnies opérant dans l'UE à acheter l'équivalent de 15% de leurs émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, pour lutter contre le réchauffement climatique.

Les Etats-Unis, tout comme la Chine ou la Russie, s'opposent à cette directive et menacent ne pas payer la taxe quand elle sera effective (avril 2013).

Les questions environnementales (le protocole de Kyoto et les quotas de CO2, entre autres), tout comme le débat sur les OGM, sont également dans la liste des sujets qui fâchent. La politique de la Commission européenne qui vise à obliger les compagnies aériennes à contribuer économiquement pour limiter la production de CO2 ne trouve pas d'écho favorable aux USA. De même, la pression du Parlement européen pour une limitation des importations des produits génétiquement modifiés se heurte aux actions de lobbying que mènent l’industrie agroalimentaire américaine à Washington pour qu'elle impose à Bruxelles davantage d'ouverture.

La crise économique, débutée aux Etats-Unis et débarquée ensuite en Europe, est probablement le dossier le plus important de ces dernières années dans les relations transatlantiques. Depuis l'élection de Barack Obama à la Maison blanche, Washington s'est très souvent adressée aux leaders européens pour influencer leur politique concernant la résolution de la crise de la dette. Le gouvernement d’Obama est un observateur très actif de la politique économique européenne. En effet, les Etats-Unis ont un lien financier très fort avec le Vieux Continent et c'est pour cela que l'exécutif américain s'est souvent exprimé en faveur d'une majeure intégration économique européenne (par exemple, pour l'union bancaire) afin de rendre plus stable l'union monétaire de la zone euro. En même temps, par contre, les Etats-Unis s'opposent toujours à l'idée d'une taxe sur les transactions financières (que onze pays de la zone euro voudraient mettre en place en 2013). Le "non" de Washington conditionne ainsi Londres, qui s'oppose à la mise en place d'une taxe qui ne s'appliquerait pas aux autres places financières majeures dans le monde, comme New York, Hong Kong et Singapour.

L’Europe, la grande absente de la campagne américaine

Mardi 6 novembre, les Américains éliront leur nouveau Président. Entre le Républicain Mitt Romney et le Démocrate Barack Obama, les programmes des deux candidats s’opposent radicalement, excepté sur un point : l’absence des questions européennes pour les deux concurrents à la Maison Blanche. Même si la crise économique est le dossier le plus important de ces dernières années dans les relations transatlantiques, le vieux continent intéresse de moins en moins les Américains.

La Grèce, lanterne rouge de Washington

En 1993, Warren Christopher, secrétaire d’État sous l’Administration Clinton affirmait déjà que "l’Europe n’[était] plus le centre du monde". Les rares voyages du président Obama en Europe témoignent de cette évolution des relatons transatlantiques.

Pourtant la crise économique, et la politique économique européenne, sont depuis le début observées de près par le gouvernement d’Obama qui aurait souhaité davantage de politique de relance de la part de Bruxelles.

Lors des derniers débats entre les deux candidats sur la politique extérieure des Etats-Unis, l’Europe n’a pas été abordée. Un signe qui ne trompe pas et qui en dit long sur les priorités à venir du gouvernement américain quel que soit le résultat des élections.

Seule la comparaison avec le cas de la Grèce a été évoquée. Le 22 octobre, le Républicain Mitt Romney s’en est violemment pris à la politique budgétaire de Barack Obama  en déclarant que le président actuel avait "dit qu'il réduirait de moitié le déficit, au lieu de cela il l'a doublé". Après quatre années de présidence Obama "nous sommes passés d'une dette nationale de 10 000 milliards de dollars à une dette nationale de 16 000 milliards de dollars Cela nous met sur le chemin de la Grèce", a lancé le candidat mormon, reprenant là une de ses formules courantes de campagne.

Vers un nouvel équilibre géopolitique

Les enjeux européens sont-ils réellement le dernier souci des deux candidats ? Selon plusieurs observateurs spécialistes des questions transatlantiques, une nouvelle carte se dessine. Les Etats-Unis s’intéressent davantage à l’Asie et à l’Amérique du Sud, là où la croissance est la plus forte et là où la richesse se créé.

L’Europe est-elle en train de perdre du terrain ? Rien n’est moins sûr. Les Américains et Européens gardent les mêmes enjeux géopolitiques, telle que la menace terroriste, la question de la politique étrangère avec l’Afghanistan, l’Irak, ou encore le conflit israélo-palestinien.

Même si l’Europe demeure absente des débats, le nouveau président élu ne pourra contourner ce dossier. Outre les thématiques économiques, les questions environnementales (le protocole de Kyoto et les quotas de CO2, entre autres), tout comme le débat sur les OGM, sont également dans la liste des sujets qui devront être traités par la Maison blanche.

 

Infographie : les relations UE-USA sous Obama

A la veille des élections américaines, un sondage de CVoter International/Win-Gallup International réalisé à la mi-septembre, indique qu'en Europe plus de 90% des personnes voteraient pour Obama. En France, 95% des interviewés préfèrent le président sortant au candidat Romney. Aux Etats-Unis, par contre, la différence est moins marquée.

Pourquoi l'obamania persiste en Europe ? Barack Obama a-t-il été à la hauteur des attentes des Européens ? Cette infographie fait le point sur quatre ans de relations transatlantiques. Vous pouvez la télécharger ici en PDF.

Obama/Romney : programmes comparés

L'un est démocrate, l'autre républicain. L'un est encore président, l'autre souhaite le devenir. L'un a conquis le coeur des Européens (voir l'infographie ci-dessus), l'autre doit encore se faire connaître. Sur les principales thématiques qui concernent directement, ou plus indirectement, l'Union européenne (comme l'économie, l'environnement, ou la défense), quelles sont exactement les différences entre les programmes de Barack Obama et de Mitt Romney ?

 

Barack OBAMA
(Parti démocrate)

Mitt ROMNEY
(Parti républicain)

Déficit/ Budget national

- Mettre Wall Street face à ses responsabilités
- Etablir et appliquer des régles claires et cohérentes pour les marchés financiers afin de protéger les foyers américains
- Mettre en place un plan bipartisan pour réduire la dette américaine

- Couper les dépenses fédérales et réformer les programmes de prestations sociales
- Equilibrer le budget en réduisant la taille du gouvernement fédéral
- Redonner le pouvoir fiscal aux Etats et au peuple

Crise de la zone euro

Europe

- Convaincre l'UE à accélérer la rentrée de la Turquie dans l'Union
- Soutenir tout effort vers une plus forte intégration économique en Europe
- Réduire la présence militaire américaine sur le sol européen

- Privilégier les relations avec le Royaume-Uni
- Assurer le soutien américain à la Pologne et la République tchèque qu'Obama aurait "abandonnées" selon lui dans le dossier du bouclier nucléaire

Fiscalité

Faire bénéficier la classe moyenne et la classe ouvrière de réductions d'impôts

Etendre les déductions fiscales à ceux qui paient leur assurance maladie afin d'encourager les individus à se doter de leur propre assurance maladie

Environnement

- Adopter des normes en matière d'énergie propre pour assurer l'approvisionnement énergétique du pays
- Développer les énergies propres

- S'oppose à la réglementation de l'Agence américaine de l'environnement sur les gaz à effets de serre

Energie/pétrole

- Appliquer des normes plus strictes en matière d'exploration pétrolière pour éviter les pollutions
- Envisager d'utiliser le pétrole américain comme l'un des sources d'énergie aux Etats-Unis
- Eliminer les subventions à l'exploration des énergies fossiles

- Assurer l'indépendance énergétique américaine par le forage pétrolier, l'énergie nucléaire et les biocarburants
-Subventionner le développement de l'éthanol de maïs comme source d'énergie domestique

Mariage homosexuel

- Favorable

- Défavorable

Changement climatique

- Croit au changement climatique

- Ne croit pas au changement climatique

Défense

- Rééquilibrer les capacités de défense pour le 21e siècle
- Renforcer les partenariats militaires et les alliances

- Moderniser les forces aériennes et navales, les systèmes d'armement et l'équipement, notamment l'arsenal nucléaire
- Renforcer les troupes, s'assurer qu'elles disposent des fonds nécessaires à leurs besoins
- Stopper les efforts pour réduire le budget en matière de défense

Iran

- Privilégie la diplomatie directe
- Renforcer les sanctions économiques avec le soutien de la communauté internationale
- N'envisage pas d'intervention militaire
- Promesse faite en 2008 de rencontrer sans conditions le président iranien non tenue

- Renforcer les sanctions économiques avec le soutien de la communauté internationale
- N'envisage pas d'intervention militaire

Irak

- Opposé à l'intervention américaine depuis le début
- A mis fin à l'intervention militaire en Irak (comme négocié par le gouvernement Bush)
- N'a pas tenu la promesse faite en 2009 d'un retrait total
- Troupes déplacées vers l'Afghanistan et la frontière iranienne

- Souhaite le maintien des troupes en Irak pour minimiser les pertes et maintenir un gouvernement démocratique dans le pays

 

 


Mise à jour : 05/11/12