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[Revue de presse] Un nouvel attentat en Turquie attribué à l'Etat islamique

Istanbul

"Un attentat a visé, mardi en milieu de matinée, le quartier touristique de Sultanahmet, au cœur d’Istanbul, la plus grande ville de Turquie. La forte explosion, qui a été entendue jusqu’à la place Taksim, à plusieurs kilomètres de distance, a fait au moins dix morts et quinze blessés", rapporte Le Monde. "Au moins neuf des personnes tuées étaient des ressortissants allemands", précisent Les Echos.

Attribué à l'EI mais non-revendiqué

Il s'agit de "l’attentat le plus meurtrier contre des touristes allemands depuis les 14 morts de la synagogue de Djerba en 2002. C’est dire le choc et l’émotion causés par cet attentat-suicide en plein cœur d’Istanbul, destination particulièrement prisée des Allemands", rapporte France info.

"À l’issue d'une réunion d'urgence autour du Premier ministre Ahmet Davutoglu dans la matinée, le porte-parole du gouvernement, Numan Kurtulmus, a annoncé que l'auteur de l'attentat avait été identifié. Il s'agit d'un Syrien de 28 ans né en 1988", rapporte Ouest France.

Selon les autorités turques, l'auteur de l'attaque est "affilié à l'organisation Etat islamique" (EI) [Le Monde]. Ouest France ajoute que, "selon l'agence de presse Dogan, citant des sources policières, cet homme s'appelait Nabil Faldi et était né en Arabie saoudite". Cependant,  "l'EI n'a, pour le moment, pas revendiqué l'attentat" [Le Monde].

Interviewée par Le Figaro et spécialiste de la Turquie, "Dorothée Schmid estime qu'en accusant un Syrien, le président turc cherche à désigner un nouvel ennemi pour redorer son image".

L'Express donne la parole à Samim Akgönül, historien et politologue spécialiste de la Turquie, pour qui "il y a un changement évident de stratégie pour l'Etat islamique. Un parallèle peut être fait avec les attentats de Paris. Jusqu'à présent, il y avait une justification aux cibles choisies", ce sont dorénavant des passants qui sont visés.

Pourquoi viser la Turquie ?

D'après le politologue, la Turquie "s'est retrouvée dans un piège à la suite de son soutien à l'opposition syrienne contre Bachar el-Assad, qui comprend l'Etat islamique. Lorsque l'on crée une organisation violente, le monstre se retourne contre son créateur" [L'Express].

Les médias européens quant à eux s'interrogent : "l'Allemagne était-elle visée ?", titre France info, qui rappelle que "les menaces terroristes contre l’Allemagne se font de plus en plus précises ces dernières semaines, depuis que Berlin a renforcé sa participation à la coalition contre Daech".

Les réactions ambigües du partenaire européen

Les informations concernant l'évènement d'hier restent néanmoins maigres. Le Figaro titre " Attentat à Istanbul, les médias turcs sous contrôle". En effet, "comme après l'attentat d'Ankara en octobre dernier, ou encore l'été dernier après celui de Suruç, le gouvernement turc a interdit temporairement aux médias de diffuser des images".

"Les journalistes turcs y sont habitués" explique au Figaro Emre Demir, rédacteur en chef à Paris du journal turc Zaman. […] "Depuis deux ou trois ans, il y a eu une quarantaine de décisions en ce sens" [Le Figaro].

Pour Samim Akgönül, depuis 15 ans "les médias ont peu à peu été muselés. Très peu de journaux ou de télévisions peuvent maintenant braver le gouvernement. Il faut rappeler que les dirigeants du journal Cumhuriyet sont toujours en prison pour avoir diffusé la photo de camions des services secrets turcs à la frontière syrienne" [L'Express].

La Croix rappelle qu'il y a de ça "un mois, Bruxelles et Ankara célébraient leurs retrouvailles lors de l’ouverture d’un chapitre de négociations censée 'redynamiser' le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE. […] celui-ci stagnait jusqu’alors depuis deux ans en raison des manquements d’Ankara au respect des droits de l’homme".

Pour le journal, les réactions du gouvernement turc présagent d'un marché de dupes entre Ankara et Bruxelles dans le contexte de la crise des réfugiés. Selon Gerald Knaus, directeur de European Stability Initiative, groupe de réflexion basé à Berlin, Bruxelles et Istanbul, "la méfiance [entre les deux partenaires] est plus forte que jamais". [La Croix].