Immigration et asile

[Revue de Presse] Sommet UE-Turquie sur les migrants : une stratégie vouée à l'échec ?

Route des Balkans - sommet UE-Turquie

Selon le projet de conclusions du sommet qui se tient aujourd'hui à Bruxelles, les Vingt-huit sont tombés d'accord pour "fermer la route des Balkans". Si un tel consensus peut apparaître comme une bonne nouvelle pour l'Europe, plusieurs médias en ligne déplorent une stratégie inefficace.

Consensus autour de la stratégie migratoire

"Les Européens s’étaient donnés dix jours pour sauver Schengen, et le compte à rebours arrive à son terme ce lundi", rappellent Les Echos. "Le sommet européen qui se tient [aujourd'hui] à Bruxelles avec la Turquie est présenté comme une étape essentielle dans la résolution de la crise migratoire", poursuit le site.

Or le projet de conclusions consulté par plusieurs médias, dont Le Figaro, précise que "le flot des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à sa fin : cette route est désormais fermée".

"Plus aucun réfugié clandestin sur la route des Balkans" : tel est le message principal qui ressort du document, selon le Tagesschau.

L'Europe doit aussi répondre à cette crise migratoire par l'annonce d'une aide massive en faveur d'Athènes : "L'UE soutiendra la Grèce dans ce moment difficile et fera le maximum pour aider à gérer la situation", poursuit le texte déjà approuvé par les vingt-huit ambassadeurs [Le Figaro].

Enfin, "le sommet doit valider l'essentiel de la feuille de route dressée par la commission Juncker afin de sauver Schengen de l'implosion : d'abord la reprise de contrôle de la frontière grecque (…), la disparition des contrôles nationaux instaurés par 8 pays - dont la France" et le retour en Turquie des migrants "économiques" que la Grèce s'apprête à refouler [Le Figaro].

Enfin, "lors d'un prochain sommet des dirigeants de l'UE, le 17 mars, Bruxelles devrait proposer une réforme visant à centraliser les demandes d'asile au niveau de l'Union européenne", selon le Financial Times.

Si "le président du Conseil européen Donald Tusk (...) croit déceler 'un consensus européen' autour de cette stratégie" [L'Obs], le spécialiste des flux migratoires François Gemenne estime sur la RTBF que ce plan est "voué à l'échec" : "c'est une mesure stupide, qui isole la Grèce et lui fait porter le fardeau de l'accueil et de la gestion administrative de l'enregistrement des demandeurs d'asile".

Pour Les Echos également, la fermeture de la route des Balkans "reviendrait – si elle était actée ce lundi – à accepter les restrictions aux frontières opérées par l’Autriche et d’autres pays depuis deux semaines et pourtant critiquées initialement. Cela serait également une façon de reconnaître que la Grèce est appelée à devenir un camp de réfugiés à ciel ouvert puisque ces derniers ne pourraient pas continuer leur chemin vers l’Allemagne ou un autre supposé eldorado".

L'Europe fait les yeux doux à la Turquie

Par ailleurs, plusieurs médias dont L'Obs déplorent le fait que "Bruxelles ne parlera ni liberté de la presse ni droits de l'homme à la Turquie ce lundi (…) : alors que le gouvernement Erdogan a mis sous tutelle un des principaux journaux d'opposition en début de week-end, 'Zaman' (…) le sujet ne devrait pas accaparer le déjeuner".

Dans une interview au journal El Mundo, le secrétaire général de Reporters sans frontières Christophe Deloire estime pourtant que "l'Union européenne doit exercer davantage de pression sur la Turquie avec la question des droits de l'homme et de la liberté de presse".

Mais Ankara a au contraire déjà obtenu "des contreparties substantielles" en échange de sa coopération : la suppression prochaine des visas pour les ressortissants turcs [La Vanguardia] "et surtout une relance du processus d'adhésion à l'UE, sans oublier trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés en Turquie", rappelle la RTBF.

Car tandis que "le continent se barde de clôtures, que la Grèce se transforme en poudrière humanitaire au fil des jours et qu'au moins 25 migrants (dont 10 enfants) ont encore trouvé la mort sur la mer Égée ce dimanche" [L'Obs], "les Européens n’ont pas d’autre choix que de traiter avec Erdogan, pourtant peu soucieux des critiques formulées en Europe lorsqu’il bafoue les droits fondamentaux et la liberté de la presse", juge Contexte. "Entre 15 000 et 20 000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu'à l'automne, mais en nombre 'beaucoup trop élevé', selon les dirigeants européens qui craignent un nouvel afflux au printemps" [Le Point].

Et pourtant, "la Turquie ne fait aucun effort dans cette lutte pour endiguer les flux migratoires" selon de nombreux observateurs cités par RFI : "Ankara considère avoir fait tout ce qui devait être fait et les dirigeants turcs assurent que la Turquie ne peut pas gérer seule cette crise humanitaire. Un appel du pied en quelque sorte, pour demander davantage d'aides et de contreparties, et notamment des fonds supplémentaires".

Il serait ainsi "naïf d'espérer qu'un accord entre la Turquie et l'UE réduise réellement les flux de réfugiés", estime The Independent.

"La Turquie héberge 2,7 millions de Syriens et ne veut pas les intégrer, ni leur permettre de travailler pour éviter qu’ils ne s’installent", rappelle Contexte : "le risque est grand d’un exode vers l’UE. Il ranimerait les mauvais démons qui, à Vienne et à Bratislava, veulent exclure la Grèce de Schengen".