Dossier special Vacances
Emploi et social

[Revue de presse] Socle européen des droits sociaux : l'UE souhaite convaincre les eurosceptiques

Marianne Thyssen

Mercredi 26 avril, entre les deux tours d'une élection présidentielle française marquée par le record historique du Front national, l'Europe a souhaité s'adresser directement aux eurosceptiques. La Commission a ainsi dévoilé hier son socle européen des droits sociaux. Une initiative inédite, prévue de longue date et destinée à répondre aux citoyens rejetant le modèle libéral de l'UE.

L'Europe vers un "triple A social"?

"Europe sociale, es-tu là?", s'interroge L'Express. Si le projet d'une Europe sociale a longtemps été oublié, "depuis la claque du vote en faveur du Brexit et la montée des partis europhobes (…) la Commission de Bruxelles a pris conscience qu’elle ne pouvait plus rester aphone sur le sujet" [Le Monde]. Mercredi 26 avril, l'exécutif européen, représenté par Marianne Thyssen (notre photo), commissaire aux Affaires sociales, a dévoilé son socle des droits sociaux. Un ensemble de 20 principes clés, qui s'articulent "autour du droit à l'accès au marché du travail, à des conditions de travail justes ou encore à la protection sociale", explique Le Figaro.

Mais une proposition en trompe l'œil selon France info, qui accuse l'UE de vouloir "sauver les meubles". Le timing n'aurait en effet "rien d'innocent" commente Le Monde. La Commission européenne, "dont le président Jean-Claude Juncker a jugé utile de féliciter Emmanuel Macron pour sa sélection au second tour de l’élection présidentielle (…) entend prouver aux Français tentés par le vote Le Pen que l’Europe se préoccupe des 'oubliés de la mondialisation'", analyse le journal. "Le populisme se nourrit de la fracture sociale. La Commission fait des propositions aujourd’hui pour renforcer les droits sociaux de tous les Européens", a notamment déclaré Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques [Libération].

Plus concrètement, la Commission énonce que "tous les Européens doivent bénéficier d’un accès égal au marché du travail, avoir droit à des conditions de travail équitables et jouir d’une protection sociale adéquate" [La Croix]. Pas "grand-chose de neuf", selon L'Express, qui pointe tout de même quelques orientations "retenant l'attention". Le texte fixe notamment un congé paternité de dix jours ouvrables partout dans l'Union, ainsi qu'un congé de cinq jours par an pour s'occuper d'un proche ou d'un parent malade. Ou encore un congé parental, d'au moins quatre mois, que chacun des deux parents pourrait prendre jusqu'aux 12 ans des enfants, détaille le journal.

Lutter contre les inégalités

Cette série de recommandations demeure cependant dépourvue de valeur législative. "En tant que tel, le pilier n’affecte pas les principes et les droits déjà existants", précise la Commission. "Mais il cherche à les rendre plus visibles et plus compréhensibles pour les citoyens" [La Croix]. En effet, "le maître mot qui guide la réflexion bruxelloise est la 'convergence'", explique le journal. L'exécutif européen espère en outre lutter contre les inégalités notamment entre les hommes et les femmes, le dumping social et faire barrage aux discours populistes en façonnant des standards minimums valables partout. Selon Sebastiano Sabato, membre de l'Observatoire social européen (OSE) et interrogé par La Croix, "le souci, c’est que le socle se limite à la zone euro" (…) Les pays de l’Est, où les standards sociaux sont plus bas, ne sont pas concernés".

Vers une Europe à plusieurs vitesses ?

"Je ne me fais pas d’illusion. Certains diront que nous allons trop loin ou pas" a commenté la commissaire Marianne Thyssen hier, lors de la présentation de son projet [Franceinfo]. En effet, plusieurs Etats membres "ne sont pas enthousiastes à l'idée de s'engager vers une intégration croissante à grande échelle". C'est pourquoi Mme Thyssen s'est dite prête à s'engager uniquement avec les pays qui le voudraient, conclut le média.