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Industrie

[Revue de Presse] Sidérurgie : l'Europe face au dumping chinois

Sidérurgie : l'Europe face au dumping chinois ©iStock

Après l'échec des négociations sur l'agriculture hier, c'est au tour du secteur sidérurgique d'être sur le devant de la scène bruxelloise. En jeu, la pérennité de l'acier européen et le statut d'économie de marché de la Chine. Depuis des mois, les importations massives des aciers chinois à bas coût, issus des surproductions générées par l'affaiblissement de l'économie chinoise, font plonger les prix de l’acier en Europe et met au supplice toute une industrie.

Quand les patrons appellent à la manifestation

"Plus de 5000 sidérurgistes de 18 pays européens ont manifesté [hier] à Bruxelles" indique la RTBF, prenant le soin de préciser une incongruité propre à ce cadre particulier. "Pour une fois, ce ne sont pas les syndicats qui appellent à se mobiliser, mais bien les patrons". La Nueva España insiste, "cinquante gestionnaires et ouvriers d'Arcelor-Mittal en Espagne [ont participé] dirigés par le chef de l'unité Europe du Sud de la multinationale, Jose Manuel Arias". Selon RTL, "l'Anglais Arcelor-Mittal est la première victime de ce jeu de massacre : son chiffre d'affaires a chuté de 22% et ses pertes dépassent le milliard".

Le but de cette manifestation ? Dénoncer les pratiques anticoncurrentielles chinoises. "Ils demandent à l'Union européenne de défendre l'acier européen. Venus de Pologne, d'Italie, d'Allemagne ou encore de France, les manifestants se sont retrouvés devant la Commission avec sifflets et banderoles", rapporte France Info.

"Les organisations se plaignent 'des importations bradées en provenance de Chine' qui provoquent des fermetures d'usines en Europe", cite La Tribune, pointant du doigt une statistique effarante : "40 000 emplois ont déjà été perdus ", dans un secteur qui emploie pourtant "environ 3,5 millions de personnes". Selon la Commission européenne, "l'Union européenne est le deuxième plus gros producteur d'acier au monde après la Chine, avec plus de 177 millions de tonnes par an, soit 11% de la production mondiale" [Le Figaro].

Pour Emmanuel Macron, "l'Europe s'est bâtie sur un projet industriel et doit garder cette ambition" [France Info]. Une ligne de conduite que soutiennent ses partenaires ministres de l'Economie en Europe.

L'Europe monte au créneau ?

Ainsi "dans une lettre adressée la semaine passée à la Commission et au Conseil, huit Etats, dont l’Allemagne et la France, ont dénoncé la pratique commerciale déloyale de la Chine", indique Le Temps. "'L'Union européenne ne peut rester passive lorsque l’augmentation des pertes d'emplois et des fermetures d'aciéries montre qu'il existe un risque important et imminent d'effondrement du secteur européen de l'acier', prévient la missive" [Challenges].

Pourtant, selon Les Echos, "l'Europe donne de la voix. […]Vendredi, l’Union européenne a annoncé une série de mesures antidumping sur différentes catégories d’acier. La Commission va d’abord imposer des droits de douane sur des produits laminés à froid en provenance de Chine et de Russie. […] Au total, l’Union européenne a déjà mis en place des mesures défensives sur 30 produits différents dans l’acier".

Cela ne parait pas suffisant pour "l’expert du marché de l’acier Didier Julienne [qui] a estimé lundi sur France Info que les mesures anti-dumping appliquées en Europe et aux Etats-Unis pour limiter la chute des prix de l’acier ne sont que des 'solutions passagères'".

Bruxelles mène l'enquête : statut d'économie de marché de la Chine

"Dans la ligne de mire des manifestants, outre le dumping pratiqué par les sidérurgistes chinois, en surcapacités, les difficiles discussions sur l'octroi à la Chine du statut d'économie de marché", explique Le Vif. Là est le nerf de la guerre. "L’Organisation mondiale du commerce prévoit un changement de statut pour la Chine à la fin 2016", ajoute Le Temps.

L'Union européenne a déjà ouvert "trois nouvelles enquêtes", soit "neuf au total" [Les Echos]. Pourtant, Antonio Gozzi, président du groupe sidérurgique italien Duferco n'en démord pas. "L'industrie sidérurgique chinoise perd 4 milliards de dollars par mois, or c'est un secteur subventionné par l'Etat, je ne comprends pas comment [la Chine] peut être considérée comme une économie de marché", cite le Corriere Della Sera. Une question qui sera aujourd'hui "au centre de la réunion entre […] Cecilia Malmström et le ministre [italien] du Développement économique, Carlo Calenda", indique l'agence de presse italienne ANSA.