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Immigration et asile

[Revue de presse] Schengen : la Commission lance un ultimatum à la Grèce

Dimitris AVRAMOPOULOS

Evoquée lundi à Amsterdam, la prolongation du contrôle des frontières extérieures au sein de l'espace Schengen se concrétise de jour en jour. Une procédure qui mettrait la Grèce au ban de l'Union européenne. Athènes serait contrainte de surveiller par ses propres moyens les 200 km de frontière maritime qui la séparent de la Turquie. Pour l'instant, les Etats membres espèrent que le chantage au portefeuille suffira à assurer un meilleur contrôle des frontières et la mise en place de tous les "hotspots" promis n'ayant pas encore vu le jour.

Quand il faut choisir entre Berlin et Athènes

Le Monde détaille les trois  étapes de la procédure lancée par la Commission européenne, à la demande des Etats membres, pour "isoler la Grèce". Tout d'abord, "la Commission européenne a endossé, mercredi, un projet 'd’évaluation Schengen' [qui devra être validé par] les Etats membres". Si ce rapport est entériné, "Athènes [aura] trois mois pour 'remédier' au problème".  A défaut, "Bruxelles peut décider d'autoriser la prolongation de deux ans des contrôles aux frontières".

"Il ressort du rapport qu'il y a de graves lacunes dans la façon dont la Grèce gère les frontières extérieures", explique le commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, Dimitris Avramopoulos [Le Vif].  Pour le commissaire, "des efforts considérables sont encore nécessaires en matière d'accueil, d'enregistrement, de relocalisation et de retour des migrants".

Le Monde
s'interroge, sur "le but de la manœuvre". Pour Cécile Ducroutieux, correspondante à Bruxelles du quotidien, "il s’agit d’éviter que, par la force des choses, Berlin se retrouve en infraction avec le code Schengen. Ce qui reviendrait, de la part de nombre de spécialistes bruxellois, à une 'petite mort' des accords Schengen".

Cette procédure, comme le précisent Les Echos, constitue un "ultimatum fait à la Grèce". En effet, bien que la procédure réside en une autorisation exceptionnelle des contrôles aux frontières sur les deux années à venir, "pour la Grèce, qui n’a pas de points de contact terrestres avec l’espace Schengen, cela signifierait avant tout des contrôles pour les allées et venues par avion ou bateau, soit un coup porté au tourisme qui reste l’un de ses rares moteurs économiques". Constat qui permet au Figaro de titrer "Grèce : la saison touristique sous pression".

La Grèce, entourée d'Etats non membres de l'espace Schengen

Harlem Désir, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, a déclaré à Public Sénat que "la sortie de la Grèce de Schengen serait une grave erreur".

En parallèle, le quotidien italien La Repubblica transcrit les propos tenus par Matteo Renzi, critiquant la gestion très "franco-allemande" de la crise : "Si l'on cherche une stratégie commune sur le thème des migrants, il n'est pas possible [pour Angela Merkel] d'appeler d'abord Hollande, puis Juncker et faire de telle sorte que j'apprenne les choses dans les journaux".

Selon Libération, "la situation est en réalité ubuesque : la Grèce est le seul pays de l’Union qui n’a aucune frontière avec un pays membre de Schengen. La Macédoine ne fait pas partie de l’UE et la Bulgarie et la Roumanie ne sont pas membres de Schengen".

Par contre, la Grèce partage "200 km de frontière maritime avec la Turquie", et "c'est là que se trouve la brèche". Pourtant, "officiellement c’est fait. L’Union européenne a conclu un accord avec la Turquie, se montrant au passage bien plus conciliante avec Ankara qu’avec Athènes. Mais visiblement, cette politique n’est pas payante" [Libération].

Vers l'isolement des îles hellènes ?

Le journal espagnol El Mundo rapporte les propos tenus par un ministre grec qui, excédé, dénonçait les propos tenus par un collègue belge lui ayant déclaré qu'il lui était "bien égal que les naufragés se noient", tant qu'ils ne les laissaient pas passer. Des propos démentis depuis Bruxelles.

"'Le plan le plus facile est de mettre la Grèce en quarantaine' aurait déclaré un diplomate européen" [Mediapart].

Pour la presse britannique, à l'agenda chargé par le Brexit, la situation n'est pas tenable. The Telegraph évoque une Grèce "martyrisée par l'Union européenne [qui] menace de repousser les bateaux de sauvetage au milieu d'une crise des réfugiés". Tandis que le Guardian fait mention d'une Grèce "furieuse d'être 'bouc émissaire' dans cette crise des réfugiés".