Dossier spécial L'Europe dans la Présidentielle
France

[Revue de presse] Présidentielle : au cœur de la campagne, l'Union européenne attend les résultats avec inquiétude

Elections françaises

A trois jours du premier tour de l'élection présidentielle en France, l'Europe n'a jamais été aussi présente dans les débats. Alors que la majorité des candidats présentent des positions eurosceptiques, deux sur les quatre en tête (selon les derniers sondages) envisagent une sortie de l'Union européenne. Cette perspective effraie les institutions européennes, cloîtrées dans un silence anxieux dans l'attente des résultats.

L'Union européenne retient son souffle

Contrastant avec l'agitation et l'effervescence ambiante en France à l'heure de l'élection présidentielle, le calme plat règne dans les couloirs des institutions européennes. "Pas de nouvelle proposition législative d'envergure et un silence assourdissant au sujet de l'élection elle-même", soulignent Les Echos. "L’inquiétude et la passion semblent se disputer le calme des couloirs feutrés de la Commission et du Parlement européens", ajoute FranceInfo.

L'appréhension découle en premier lieu du nombre de candidats incriminant l'Europe ou prônant une sortie de l'Union. Elle est d'autant plus prégnante que "deux des quatre candidats donnés en tête par les sondages, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, brandissent dans leurs programmes une possible sortie de l’Union européenne", rappellent Les Echos. L'élection d'un eurosceptique en France pourrait être "le coup de grâce (…) compte tenu du rôle longtemps moteur qu'a eu la France dans la conception même du projet européen", poursuit le journal. "On peut faire l’Union européenne sans la Grande-Bretagne, mais on ne peut pas faire l’Union européenne sans la France", s’inquiète ainsi l'eurodéputé social-démocrate allemand Jo Leinen, cité par FranceInfo.

Très critique envers l'Union européenne, le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, n'engendre cependant pas les mêmes craintes que Marine Le Pen. "A partir du moment où le type est démocrate et pas complètement anti-européen, on fera avec", résume une source au Conseil de l'UE, qui préfèrerait néanmoins éviter un second tour Le Pen-Mélenchon et voir un candidat pro-européen l'emporter, tel qu'Emmanuel Macron [L'Express].

La Commission européenne s'alarme surtout "de la facilité avec laquelle ces candidats peuvent exprimer des idées simplistes ou même fausses au sujet de l'Europe. (…) Elle trépigne et assiste, impuissante, au déferlement de 'fake news' à la française". Mais toute déclaration pourrait être retenue contre elle et se retourner contre les candidats pro-européens, notent Les Echos. L'exécutif européen s'autorise seulement, grâce à "un site internet", Les Décodeurs de l'Europe, à "'établir' sa vérité, quand 'il y a des mythes' ou 'des mensonges'", explique M. Schinas, porte-parole de le Commission [L'Express].

Seuls quelques candidats, dont Emmanuel Macron, Benoît Hamon et François Fillon, se sont rendus à Bruxelles et ont rencontré le président de la Commission européenne. Les autres n'ont pas pris cette peine et n'auraient de toute façon pas été reçus par Jean-Claude Juncker. "La candidate du Front national, parfois donnée en tête des intentions de vote au premier tour, est [toutefois parvenue] à faire sortir la Commission de sa réserve", rapporte L'Express. M. Juncker a ainsi promis de "porter des vêtements de deuil" si elle l'emportait, et le commissaire français Pierre Moscovici a déclaré que "voter Le Pen, c'est quitter l'euro, (...) une folie mortifère", précise le journal.

La question européenne au cœur de la campagne

Symptomatique de la crispation autour de l'UE que génère cette campagne présidentielle, la candidate du Front national a exigé le retrait du drapeau européen du plateau de TF1 alors qu'elle était invitée à l'émission "Demain, Président" [Euractiv]. "De tous les clivages, l’Europe est celui qui démarque le plus les projets et, parce qu’elle est l’exutoire facile des humiliations et des frustrations, porte en germe le plus de conséquences", analyse Ouest France. Ces clivages ne sont pas nouveaux, mais "la victoire des partisans du Brexit au Royaume-Uni et celle de Trump aux Etats-Unis a contribué à libérer la parole des candidats sur l’Union européenne" [Le Monde].

Selon Ouest France, l’Europe se retrouve au centre de la campagne pour trois raisons : "elle est en crise et, à ce titre, elle est l’objet naturel de confrontations. L’international et la diplomatie relèvent des prérogatives d’un président. Enfin, il n’y a pas de politique nationale qui puisse ignorer presque soixante-dix ans d’engagements, de traités, de coopérations."

De son côté, Guillaume Klossa, président du think tank Europanova, tente de comprendre dans Le JDD le paradoxe entre, d'une part, les derniers sondages qui montrent l'attachement des Français à l'Union européenne et à l'euro, et de l'autre le climat eurosceptique qui règne pendant cette campagne. Une contradiction qui, selon lui, viendrait du manque de débats sur l'Europe lors des précédentes élections, du fait que "beaucoup de professionnels des médias ne sont pas à l'aise avec la dimension européenne", et enfin de "la tentation antisystème de nos concitoyens. Parce qu'ils souhaitent renouveler en profondeur un système partisan essoufflé, ils privilégient des candidats en marge des grands partis traditionnels".