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Immigration et asile

[Revue de presse] Migrants : la parenthèse sur la libre circulation nordique inquiète les défenseurs de Schengen

Contrôle d'identité à l'entrée d'un train danois

Quelques jours à peine après l'entrée dans la nouvelle année, d'anciennes sirènes recommencent à sonner, prenant pour cible l'espace Schengen. Lundi 4 janvier, le Danemark et la Suède ont décidé de réintroduire des contrôles d'identité à leurs frontières. Bruxelles laisse filtrer ses inquiétudes tandis que l'Allemagne tire la sonnette d'alarme.

La fin de 60 ans de libre circulation nordique

"Le Danemark a instauré lundi des contrôles à ses frontières avec l'Allemagne pour empêcher l'entrée de réfugiés sans papiers, […] le jour où la Suède faisait de même à la frontière danoise", rapporte Le Point.  "Ces contrôles aléatoires sont instaurés pour une période de dix jours, qui pourra être prolongée", précise Le Monde.

Pour Euronews, "la décision de Copenhague répond à l’entrée en vigueur, quelques heures plus tôt, de nouveaux contrôles imposés par Stockholm entre le Danemark et la Suède, qui cherche elle aussi à limiter l’afflux de réfugiés. Or, le pont qu’empruntent les migrants, et qui relie les deux pays scandinaves, est également emprunté par les milliers de Danois qui travaillent en Suède".

En effet, le pays, "qui se glorifiait d'être une 'superpuissance humanitaire', a décidé de mettre en sourdine son idéal, rattrapé par la réalité face à l'afflux incessant de migrants à ses frontières: plus de 160.000 en 2015, et plus en 2016, selon les prévisions" [Le Figaro].

Ainsi la Suède "exigeait à partir de ce lundi une pièce d'identité pour franchir en train ou en autocar le pont de l'Öresund, principale porte d'entrée des réfugiés dans le royaume" [Le Point].

Or ce pont est un symbole, celui de la libre circulation dans les Etats nordiques, signale le portail britannique EUObserver. Depuis 1954, les Nordiques pouvaient se déplacer librement, sans contrôles de leurs papiers d'identité.

L'effet domino effraie Bruxelles

Dans son éditorial, le Guardian revient sur une rencontre avec un policier danois se disant "prêt à aller chercher des dents en or dans la bouche des réfugiés, si l'ordre lui en était donné". Le journal précise que le gouvernement danois envisage de légiférer pour ordonner la saisine des biens des réfugiés, ce qui permettrait de financer leur asile.

C'est également le Guardian qui rappelle que la Finlande avait d'ores et déjà instauré des contrôles sur les ferries en provenance d'Allemagne. La "fermeture du Nord" pourrait entrainer un effet domino qui laisse suggérer la direction que va prendre le contrôle des frontières.

Néanmoins, le quotidien belge 7sur7 rappelle que "la décision du Danemark, tout comme les nouvelles dispositions suédoises, sont conformes aux accords de Schengen".

La Repubblica rapporte les propos du Premier ministre danois, pour qui "l'Europe ne protège pas ses frontières". De quoi inquiéter les institutions. La Stampa s'attarde sur la question et titre "l'effet domino effraie Bruxelles".

Le quotidien italien rapporte les propos de Dimitris Avramopolous, commissaire européen au Marché unique, qui a appelé Stockholm et Copenhague à comprendre les implications de leurs décisions, triste augure d'une fin de la libre circulation européenne [La Stampa].

Pour Libération, "l'UE se ferme et se fracture", soulignant que "comme toujours, tant que la crise n’est pas aiguë, les Etats ne voient aucune urgence à partager leur souveraineté".

L'Allemagne tire la sonnette d'alarme

Interrogé sur la décision danoise, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères allemand a déclaré que "la libre circulation est un bien précieux […] Schengen est très important mais est en danger" [Le Figaro].

Il précise néanmoins que "nous devons être à l'unisson en Europe, trouver des solutions européennes concernant les flux des réfugiés et protéger nos frontières européennes extérieures de manière efficace" [Die Welt].

"La solution au problème des réfugiés ne pourra pas être trouvée à la frontière d’un pays A et d’un pays B", a assuré de son côté le porte-parole d’Angela Merkel [RFI].