Essentiel sur l'UE

[Revue de presse] Livre blanc sur l'avenir de l'UE : la Commission européenne met les Etats membres face à leurs responsabilités

Jean-Claude Juncker

Qualifié d'"acte de naissance" d'une Union européenne sans les Britanniques par le président de la Commission européenne, le Livre blanc sur l'avenir de la construction européenne a été présenté hier après-midi par Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen. Cinq propositions de scénarios y figurent, allant d'une Union européenne limitée au marché unique à un grand saut fédéraliste, en passant par une "Europe à plusieurs vitesses". Ne se prononçant pour aucune des cinq possibilités, la Commission européenne entend avant tout mettre les Etats membres face à leurs responsabilités dans une Europe en crise.

Une Commission européenne prudente

"Ne rien changer, se recentrer sur le marché unique, mettre en place une Europe multipliant les coopérations renforcées dans tous les domaines, se concentrer sur quelques domaines jugés prioritaires et, enfin, effectuer un saut fédéral", résume ainsi Jean Quatremer dans Libération.

Ces cinq scénarios couvrent "un vaste champ des possibles", analysent Les Echos, qui soulignent également que l'exécutif européen s'est bien gardé d'afficher ouvertement une quelconque préférence. "N'en déplaise au président du groupe Socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, l'Italien Gianni Pittella, qui avait invité mardi le président de la Commission 'à faire face aux divisions et à l'immobilisme des gouvernements en présentant un choix politique fort'", commente le journal économique. La Commission européenne se montre au contraire "soucieuse, et veut ainsi éviter d'être accusée de tenter d'imposer ses vues, et par là même mettre les Etats membres face à leurs propres responsabilités dans ce débat".

L'institution européenne a par ailleurs pris garde de ne froisser aucune sensibilité parmi les gouvernements des Etats membres. Ainsi, si "le renforcement de la zone euro est seulement évoqué en filigrane (...), pour ne fâcher personne, Juncker n’envisage pas qu’elle puisse devenir le noyau dur de l’Europe", explique Libération.

Pousser les Etats membres à assumer leurs responsabilités

Jean-Claude Juncker "estime que le temps des tergiversations, des polémiques, des remises en question permanentes et du 'shopping' – en référence au fait que les capitales peuvent décider d’appliquer, ou non, telle politique commune – a assez duré", rapporte Le Monde. Pour Le Figaro, "L'appel de Jean-Claude Juncker à ses pairs du Conseil européen pourrait se résumer d'un trait : pour le bien commun, 'Gesticulez moins et réfléchissez plus !'". Il s'agit, selon une source du quotidien à la Commission européenne, d'obliger les chefs d'Etat et de gouvernement "à descendre dans l'arène et à prendre collectivement leurs responsabilités".

Si l'exécutif européen demande aux Etats membres d'assumer l'orientation future de l'UE, il a toujours joué un rôle majeur dans l'animation de la réflexion, souligne La Croix. "Ce sera sans doute le cas encore aujourd’hui, car de toutes les institutions, c’est celle qui a le plus de stabilité, avec une capacité à porter des idées sur 15 ou 20 ans", estime Vivien Pertusot, spécialiste des politiques européennes, interviewé par le journal.

"L'Europe à plusieurs vitesses" : le salut de l'UE ?

Si les médias jugent qu'une Europe limitée au simple marché unique ou bien plus fédérale sont des hypothèses qui ont très peu de chances de se concrétiser, l'idée d'une "Europe à plusieurs vitesses", c'est à dire une construction européenne où ceux qui veulent aller plus loin ensemble le peuvent sans engager nécessairement toute l'UE, retient leur attention. D'autant qu'elle semble être le scénario choisi par Bruxelles, même si cela n'a pas été explicitement affirmé.

"La semaine dernière, [Jean-Claude Juncker] affirmait même publiquement lors d'une conférence à l'université de Louvain que 'l'heure n'est plus à s'imaginer que nous pourrions tous faire la même chose ensemble'. 'Ceux qui sont d'accord pour faire le plus grand nombre de choses ensemble, qu'ils se mettent d'accord sur ce qui est essentiel à faire, qu'ils soient 15 ou 28', arguait-il, ajoutant que cela 'peut varier d'un sujet à l'autre'", expliquent Les Echos. Certains chefs d'Etat et de gouvernement, dont François Hollande et Angela Merkel, ont, quant à eux, clairement fait savoir leur volonté d'aller en ce sens, précise Le Figaro.

Bernard Guetta sur France Inter va même jusqu'à considérer que le Livre blanc de la Commission européenne n’a "rien de neutre" et que "son objectif est de pousser chacun des 27 à préciser ses positions et de conduire ainsi, sans drame, une fois fait le constat des divergences, à l’Europe différenciée".

"L'Europe à plusieurs vitesses" est cependant loin de faire l'unanimité dans l'UE. Deux camps s'opposent sur cette option : le premier y voit le moyen de relancer le projet européen, tandis que le second croit, au contraire, que cela renforcerait les divergences au sein de l'Union. Un camp "estime [qu'un] 'noyau dur' [composé des Etats membres les plus actifs au niveau européen] entraînerait les frileux et les réticents, et [l'autre] pense qu’une telle évolution ne ferait que creuser le fossé entre les plus déterminés et ceux qui, à l’est ou au sud, traînent déjà les pieds" [Le Monde]. 

 

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