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Economie et monnaie

[Revue de presse] Les ministres de l'Agriculture en réunion de crise à Bruxelles

Stéphane Le Foll

En pleine crise du secteur de l'élevage, les ministres de l'Agriculture de l'UE se réunissent aujourd'hui autour du commissaire européen Phil Hogan pour élaborer un plan de sauvetage. Les négociations promettent d'être difficiles entre les partisans d'un marché agricole libéralisé et ceux qui, comme la France, veulent limiter la production.

Deux secteurs en crise et deux camps qui s'opposent

"La crise est sérieuse et pas près de nous quitter" a admis le 7 mars dernier Phil Hogan, commissaire européen à l'Agriculture, "réticent jusqu'à l'automne à admettre la réalité des secousses sur le marché du porc et du lait" [Le Point]. C'est donc dans un contexte tendu que celui-ci participe à la réunion des ministres de l'Agriculture de l'UE alors que "le constat d'une surproduction aux causes multiples qui fait s'effondrer les prix est désormais largement partagé au sein de l'UE, mais ne fait pas encore l'unanimité".

Au cœur des discussions, la crise des secteurs du lait et du porc, le premier touché par la fin des quotas depuis avril 2015 donnant lieu à une surproduction qui a fait s'effondrer les prix, et le second mis à mal par l'embargo sanitaire russe. Dans les deux cas, la France, "première puissance agricole européenne" rappelle La Croix, est particulièrement touchée.

Depuis le dernier Conseil du 14 février dernier, le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll a donc effectué une tournée européenne pour rallier d'autres Etats autour d'une proposition visant à "stabiliser puis réduire la production de lait, dont les niveaux exceptionnels, en Europe depuis la fin des quotas en avril 2015, et à l'échelle mondiale alors que la demande chinoise ralentit, contribuent à l'effondrement des prix", explique Le Point. "Paris propose un relèvement des niveaux de stockage pour la poudre de lait, de 109.000 à 160.000 tonnes (pour l’ensemble des 28) et une dérogation temporaire autorisant les Etats à limiter la production", détaille Libération. Stéphane Le Foll s'est félicité d'avoir réussi à convaincre "l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la Slovénie".

Le secteur porcin est lui durement touché par l'embargo sanitaire russe. Décrété en 2014 par Vladimir Poutine, il répondait aux sanctions économiques de l'UE à la suite de l'immixtion russe dans la crise ukrainienne. Stéphane Le Foll souhaiterait la levée de cet embargo, "ce qui relève de négociations politiques au plus haut niveau" rapporte La Croix. Des mesures de sauvegardes seront également négociées, sous forme d'un "renforcement de l’aide au stockage privé et d'un relèvement du plafond des aides ministérielles, de 15 000 à 30 000 € sur trois ans".

Toutefois, la France et ses alliés devraient faire face à l'opposition farouche des pays du nord de l'Europe, Danemark, Irlande, Royaume-Uni et Suède en tête, qui campent sur une vision plus libérale du secteur agricole." Ces pays ne partagent pas le constat d'une surproduction : ils estiment que subsisteront ceux qui peuvent assumer des prix extrêmement bas", explique Stéphane Le Foll, cité dans Le Point. "La question est de savoir quel sera le montant de la casse".

"Il n'y a plus d'argent frais à distribuer"

De leur côté, les Pays-Bas, qui assurent en ce moment la présidence tournante du Conseil de l'UE, ont résumé leur position dans une note proposant "le relèvement temporaire du plafond des aides nationales et un soutien ponctuel aux États en difficulté" tout en insistant sur le développement de nouveaux marchés, envisageant "un crédit à l’export au niveau européen et des mesures susceptibles d’améliorer la compétitivité européenne, comme l’amélioration de l’étiquetage sur l’origine" [La Croix].

Mais ce crédit à l'exportation, également appuyé par plusieurs Etats membres, risque de ne pas plaire à la Commission, qui "n’a pas l’intention d’accepter de nouvelles dépenses financées par de l’argent frais, et a des réticences à utiliser la réserve de crise européenne". Elle plaide plutôt "pour une meilleure utilisation des instruments existants et relève que les aides débloquées il y a six mois [d'un montant de 500 millions d'euros] n’ont pas encore été toutes utilisées par les Etats membres" indique Libération. La Croix rapporte de son côté des propos de l'entourage du commissaire : "L’agriculture, c’est déjà 38 % du budget européen et il n’y a plus d’argent frais à distribuer".

Entre positions divergentes des Etats membres et volonté de la Commission de limiter les dépenses liées à la Politique agricole commune, certains participants se montrent pessimistes : "La réunion va être très, très compliquée, très difficile. Je crains qu’elle se termine en eau de boudin ou qu’on reporte les discussions au mois prochain, alors qu’il y a urgence" a déclaré Willy Borsus, le ministre belge de l'Agriculture cité dans La Libre, qui n'hésite pas à parler de "cacophonie" pour qualifier dans son titre l'état de la politique agricole européenne.