Immigration et asile

[Revue de presse] Les dirigeants européens inquiets pour la survie de l'espace Schengen

President TUSK - Report to the European Parliament on the European Council of 17-18 December 2015

La crise migratoire n'en finit pas d'infléchir la construction européenne. Après le discours fort tenu par Jean-Claude Juncker en début d'année, c'est le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, qui exprime publiquement ses inquiétudes les plus vives. Pour les Etats membres, la situation n'est guère plus rose, notamment en Allemagne où Angela Merkel continue de jouer l'équilibriste entre tensions internes et leadership européen. Au Royaume-Uni, cependant, les événements fournissent un levier diplomatique de taille dans les négociations sur le Brexit.

Les institutions persistent dans leur discours alarmiste

"L'Union européenne n'a 'pas plus de deux mois' pour maîtriser la crise migratoire ou devra tirer un trait sur l'espace Schengen de libre-circulation, a déclaré mardi le président du Conseil européen, Donald Tusk, au Parlement européen" [RTBF].

De plus, "Donald Tusk a également mis en garde contre le risque d'échec du 'projet politique' européen si l'ensemble communautaire ne parvient pas à exercer un contrôle efficace à ses frontières extérieures", rapporte l'agence Reuters.

Ainsi, pour le président du Conseil européen, "le sommet européen de mars sera la dernière chance de voir si notre stratégie fonctionne. Si ce n’est pas le cas, nous ferons face à de graves conséquences telles que l’effondrement de Schengen". Or, estime Euronews, "dans les faits, la zone de libre circulation Schengen est d’ores et déjà bien compromise. Le Danemark, la Suède ou encore l’Allemagne ont rétabli des contrôles, et l’Autriche compte faire de même à la frontière avec la Slovénie".

Le Monde rappelle que "mi-septembre 2015, l’Allemagne et l’Autriche avaient demandé à Bruxelles l’autorisation d’effectuer des contrôles aux frontières durant deux mois. En novembre, ils avaient obtenu six mois de plus. […] Mais les accords de Schengen ne prévoient pas de délai supplémentaire".

Le quotidien italien ANSA rapporte qu'en "attendant la réunion informelle à Amsterdam du lundi 25, les ministres de l'Intérieur de l'UE peuvent revenir sur la proposition d'introduire des contrôles temporaires aux frontières intérieures pour une période de deux ans".

L'Allemagne ne sait plus sur quel pied danser

Outre l'Allemagne, c'est la presse espagnole qui s'intéresse le plus à la situation complexe d'Angela Merkel. ABC titre "Berlin craint que la crise des réfugiés fasse tomber l'UE aux mains des populistes", avant de préciser que les extrêmes "profiteraient de la perte de force de modération de la chancelière".

Pour autant, le ministre allemand des Affaires étrangères a d'ores et déjà annoncé qu'il "ne devrait y avoir aucune illusion quant à une résolution à court terme de la crise", rapporte le quotidien catalan El Periodico.

Selon l'Opinion, "plus l’Allemagne s’efforce de maîtriser le flux de demandeurs d’asile, plus elle devient attractive à leurs yeux et plus leur nombre tend à augmenter. Ce paradoxe explique en grande partie le dilemme dans lequel Angela Merkel et son gouvernement sont plongés".

Toutefois, Le Monde indique que, "mardi 19 janvier, une cinquantaine de députés conservateurs doivent envoyer une lettre à Angela Merkel, jugeant le pays 'dépassé' par l’afflux de réfugiés". Une source du journal confirmait les propos de Donald Tusk, estimant que "si, après le mois de mai, l’Allemagne enfreint les règles du code Schengen, celui-ci s’écroulera. Et, si Schengen s’écroule, l’Europe explosera".

Outre-Manche, les yeux rivés sur le référendum

Outre-Manche, le débat n'est pas tant sur l'explosion de l'Europe face à l'afflux migratoire, que sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Un sujet qui ne sera pas resté longtemps déconnecté des débats entourant l'espace Schengen.

The Guardian titre "une nouvelle bataille attend Cameron alors que l'UE envisage d'abandonner le Règlement de Dublin", dont la première conséquence serait que les réfugiés n'auraient pas l'obligation de demander l'asile dans le premier pays où ils posent le pied.

Comme le rappelle The Telegraph, l'actuel Règlement de Dublin "permet au Royaume-Uni d'expulser environ 1 000 demandeurs d'asile par an dans d'autres Etats membres". Par conséquent, cela pourrait inciter David Cameron à organiser le référendum sur l'avenir de son pays dans l'UE dès le mois de juin, ajoute le quotidien conservateur.