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Pologne

[Revue de presse] La Commission européenne se dresse face aux dérives polonaises

Frans Timmermans

Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur en Pologne, une vague de réformes fait grincer des dents à Bruxelles. Les dernières en date, touchant à la liberté de la presse ainsi qu'au fonctionnement de la justice polonaise, inquiètent. Craignant de réagir trop tardivement, comme cela a été le cas avec la Hongrie, la Commission a décidé mercredi de lancer une enquête préliminaire. Cette procédure vise à sauvegarder l'Etat de droit dans les Etats membres de l'Union, et peut aboutir à une suspension des droits de vote.

D'inquiétantes réformes

"Le nouveau gouvernement conservateur polonais prépare des réformes controversées qui vont déboucher sur un remaniement profond des médias publics et du Tribunal constitutionnel. ", explique Europe1.

En effet, "en quelques semaines, les conservateurs du PiS ont limogé les chefs de toutes les agences de sécurité, nommé hors procédure leurs hommes au sein du Tribunal constitutionnel et pris le contrôle des médias audiovisuels publics" [Libération].

Or, d'après Le Monde, ces réformes "soulèvent des questions à Bruxelles sur le respect de l’Etat de droit, 'le fondement de toutes les valeurs sur lesquelles repose l'Union'". Et l'institution n'est pas seule à s'inquiéter. France 24 rappelle que les réformes "ont été fortement critiquées par l'opposition" polonaise.

L'"arme atomique" des technocrates

La "procédure de sauvegarde de l’Etat de droit compte trois étapes : évaluation suivie d’un avis, recommandation pour résoudre les problèmes constatés, puis suivi de sa mise en œuvre" [Le Monde].

Si pour l'instant Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne chargé de l'Etat de droit, cherche à faire "tomber la tension" en cherchant la coopération, Contexte rappelle que "dans une lettre, datée du 11 janvier, le ministre de la Justice polonais reprochait à Frans Timmermans de ne strictement rien comprendre à la politique de son pays".

Europe1 s'interroge : "pourquoi la Commission européenne s’en mêle-t-elle ? Parce qu’elle en a le droit". Le mécanisme de surveillance vise à préserver l'Etat de droit dans les Etats membres.

Ce mécanisme créé en 2014 pouvant aboutir à une suspension des droits de vote pour non-respect des normes démocratiques, surnommé "l'arme atomique" à Bruxelles, précise Contexte, n'a encore jamais été enclenché jusqu'à sa phase finale.

Pour mémoire, rappelle Arte, "avant la Pologne, la Hongrie et l'Autriche ont aussi été montrées du doigt. […] L’Autriche, en 1999, lorsque les conservateurs de Wolfgang Schüssel ont formé un gouvernement de coalition avec le parti d'extrême-droite FPÖ ; et la Hongrie, après les réformes controversées instaurées par le Premier ministre Viktor Orban".

Pour Libération, l'Europe réagit si vite car "elle a tardé à le faire avec la Hongrie et qu’elle s’aperçoit que l’Est est de plus en plus gagné par le virus nationaliste".

L'est de l'Europe face au libéralisme ?

"La Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie prennent leur distance avec les positions d'ouverture de leurs voisins de l'ouest au point d'inquiéter l'Union européenne", analyse Slate, évoquant une "coupure qui se dessine entre une Europe plutôt située à l’ouest, où les tendances populistes sont à l’œuvre sans être encore dominantes, et une Europe centrale effrayée par le libéralisme politique".

En effet, "dans les quatre Etats du groupe dit de Višegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) […] domine un mélange de nationalisme, d’euroscepticisme et d’autoritarisme" [Slate].