Dossier spécial L'Europe dans la Présidentielle
Hongrie

[Revue de presse] Hongrie : Bruxelles hésite à sanctionner Orban

Victor Orban

De la détention systématique des migrants à la législation sur les universités, la Commission européenne s'inquiète des lois récemment adoptées par la Hongrie. Alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu mercredi 12 avril à Budapest, les 28 commissaires européens se sont réunis pour convenir de la stratégie à adopter à l'égard du pays. Les marges de manœuvres de l'institution demeurent cependant limitées.

Bras de fer entre Bruxelles et Budapest

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban (notre photo) est bien "dans le viseur de Bruxelles", lance Le Monde. Suite aux nombreuses provocations de l'homme fort de Budapest, l'exécutif européen s'est penché, mercredi 12 avril lors de sa réunion hebdomadaire, "sur une série de réformes ainsi que sur un projet d'encadrement du financement 'étranger' des ONG", qui ont jeté un nouveau froid entre Bruxelles et la capitale hongroise [L'Express]. Au menu de cette discussion, se trouvent également la loi sur le placement systématique des migrants en détention et celle, adoptée le 10 avril, visant directement les universités non-européennes présentes sur le territoire.

"Ces 'développements ont soulevé l’inquiétude générale quant à leur compatibilité avec le droit de l’Union européenne et les valeurs communes sur lesquelles l’UE est basée", a rappelé la Commission [Le Monde].

"Et les griefs de Bruxelles ne s'arrêtent pas là", commente la RTBF. En effet, "les dirigeants européens veulent tout d’abord répondre à une campagne de dénigrement dirigée contre eux", analyse La Croix. Tous les foyers hongrois ont reçu, début avril, un questionnaire en six questions intitulé "Stoppons Bruxelles". Une consultation populaire sur l'UE "tournée de manière si caricaturale" qu'elle vise, selon Les Echos, "à en faire un plébiscite dans sa bataille contre Bruxelles".

Jusqu'où ira la Commission ?

La Commission européenne a promis de boucler, avant la fin du mois, une évaluation juridique approfondie de la loi sur les universités. L'exécutif européen se dit prêt "à utiliser tous les instruments à sa disposition 'pour préserver les valeurs sur lesquelles notre union est fondée', tout en prévoyant en dernier ressort la possibilité "d'attaquer la Hongrie devant les juridictions européennes", expliquent Les Echos.

Cependant les marges de manœuvre de l'institution restent limitées, comme en témoigne "l’impasse dans laquelle se trouve la procédure engagée par Bruxelles contre la Pologne après sa réforme du Tribunal constitutionnel", détaille Le Monde.

En effet, "reste à savoir jusqu'où ira la Commission", s'interrogent Les Echos. Bruxelles "aurait toutes les raisons de faire preuve d'un minimum de retenue avec Budapest", car Viktor Orban a déjà su "se rendre utile". Notamment lorsqu'il s'est "désolidaris[é] de la Pologne lors de la récente réélection de Donald Tusk à la tête du Conseil européen", analyse le journal.

Selon La Croix, "les plus grandes représailles pourraient venir des propres alliés politiques de Viktor Orban au sein du Parti populaire européen" (PPE, le parti réunissant les conservateurs au niveau européen). Le PPE a en outre brandi "la possibilité d’invoquer l’article 7 du traité de Lisbonne, qui suspend les droits d’un pays au sein de l’UE" en cas de violation grave et persistante des valeurs démocratiques.

 "À plus long terme, la Hongrie pourrait s’exposer à un retour de bâton (…) lors du vote du budget européen pour la période 2020-2024", poursuit le quotidien. Cependant "rien ne dit que Viktor Orban ne fera pas machine arrière".

En Hongrie, les mobilisations continuent

En marge de cette rencontre, plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté hier à Budapest contre le gouvernement hongrois. "Ils étaient toutefois moins nombreux que lors du rassemblement de dimanche dans la capitale, le plus important depuis la réélection de Viktor Orban en 2014", tempère Le Parisien.

"Les manifestations, devenues quotidiennes à Budapest depuis l’adoption de la loi contre l’université CEU, ne semblent avoir qu’un poids très relatif", ajoute Le Monde, qui note toutefois une "évolution (…) : "après sept années d’'orbanisme', une frange toujours plus importante de la population semble en colère et affiche son ras-le-bol".