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Grèce

[Revue de presse] Grèce : l'Eurogroupe parvient à débloquer un nouveau prêt de 8,5 milliards d'euros

Christine Lagarde et Pierre Moscovici

Ce jeudi 15 juin à Luxembourg, lors de l'Eurogroupe qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, un accord a été trouvé pour la Grèce. Au point mort depuis plusieurs mois, les négociations sur l'allègement de sa dette ont enfin abouti à un compromis. Après de nombreuses réformes qui pèsent sur sa population et à un mois du délai de remboursement de créances auprès de la BCE, la Grèce était au pied du mur.

Après des mois de blocage, un accord enfin trouvé

"On n’osait presque plus espérer", avoue RFI. "Mais depuis le Brexit et l’élection de Donald Trump, de nombreux dossiers européens se sont débloqués comme par enchantement", poursuit la radio. Et en effet, à l'issue de l'Eurogroupe qui s'est tenu hier à Luxembourg, les ministres des Finances de la zone euro, en présence de la directrice du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, sont parvenus à un accord sur la Grèce.

"Je suis heureux d’annoncer que nous avons conclu un accord sur tous les éléments", s’est ainsi félicité Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe [Libération]. Signé en juillet 2015, le troisième plan d'aide à la Grèce de 86 milliards d'euro était bloqué "à cause de divergences entre des membres de la zone euro, essentiellement l'Allemagne, et le FMI", explique le Huffington Post. Le nouveau compromis qui doit "relancer le plan d'aide à Athènes, qui patinait depuis des mois" permettrait "le versement d'argent frais et écarte le spectre d'une nouvelle crise" [Huffington Post].

La Grèce, sous tutelle de ses créanciers - FMI, Banque centrale européenne (BCE) et Mécanisme européen de stabilité (MES) - depuis maintenant sept ans, ne cesse de se réformer, allant même au-delà des mesures exigées initialement, indique Le Monde. Ainsi, récemment, "le gouvernement Tsipras a accepté une quatorzième réforme des retraites et une énième révision de l’impôt sur le revenu, des mesures d’austérité supplémentaires de presque 5 milliards d’euros exigées par le FMI et devant s’appliquer après la fin du plan d’aide, à partir de 2019", énumère le quotidien.

Pierre Moscovisci, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, concède que cet accord "va permettre à la Grèce de tourner la page sur cette période, qui a été si difficile pour le peuple grec. C’est une réussite qui a été possible, je crois, parce que tout le monde finalement a su agir de façon responsable" [RFI].

Un nouveau prêt de 8,5 milliards d'euros

L'Eurogroupe est ainsi parvenu à la décision de débloquer un nouveau prêt de 8,5 milliards d'euros [Le Figaro]. Cela devrait permettre à la Grèce de "rembourser sans encombre des créances de la BCE arrivant à échéance début juillet, disposer de suffisamment de ressources pour payer ses arriérés de paiement au secteur privé grec, et même accumuler un peu de trésorerie". Un accord "plus que mérité", a estimé Pierre Moscovici [Le Monde].

"Mieux", note Le Monde : "l’Eurogroupe s’est de nouveau engagé, 'si nécessaire' à des allégements de l’énorme dette grecque (plus de 320 milliards d’euros, près de 180 % de son produit intérieur brut, PIB) à partir de la fin du plan d’aide. Les ministres des Finances avaient déjà formulé une telle promesse en mai 2016, mais à l’époque, ils n’étaient pas entrés autant dans les détails".

Cependant, "les Grecs n'obtiendront pas, dans l'immédiat, les mesures d'allègement de leur dette colossale qu'ils réclament depuis des mois, mais la zone euro leur a apporté 'des précisions' sur ce qui pourrait leur être accordé plus tard", nuance le Huffington Post. L'Eurogroupe a notamment évoqué la possibilité, à partir de 2018, d'ajuster les échéances de la Grèce sur le rythme de la croissance, "ce qui serait une garantie de viabilité à la fois pour l'économie du pays et pour ses créanciers" [Le Figaro]. "S'il y a plus de croissance, les remboursements seront plus rapides, si la croissance est ralentie, les remboursements seront plus faibles", explique Jeroen Dijsselbloem.

"L’action du Français Bruno Lemaire ne serait pas étrangère à ces concessions", estime Le Monde. Pour le journal, "le ministre des Finances a mis beaucoup d’énergie ces derniers jours à faire bouger les lignes, faisant le déplacement à Athènes, lundi, multipliant les contacts avec le ministre allemand."

Le FMI et l'Allemagne, acteurs centraux des négociations

L'accord n'aurait pas eu lieu si le FMI n'avait pas accepté "d'adoucir ses exigences". Il a en effet donné son "accord de principe" à sa participation au plan d'aide, à hauteur de 2 milliards d’euros de prêts. Cette aide ne sera toutefois accordée qu'à la condition que les Européens accordent "formellement" à la Grèce un allègement de sa dette, jugée insoutenable par l'institution [Huffington Post]. "Personne ne dit que c'était la meilleure solution" mais "c'est la deuxième meilleure solution", a déclaré Christine Lagarde [Huffington Post].

L'agenda allemand a pesé dans les négociations. "Une fois de plus, Athènes est pris au piège du calendrier électoral allemand : entrer dans le détail d'une réduction de la dette grecque est un tabou à quelques mois des élections législatives outre-Rhin", jugent ainsi Les Echos. Le sujet, impopulaire en Allemagne, voulait à tout prix être évité par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble pendant la campagne électorale [Le Monde].