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[Revue de presse] France : la forte baisse du chômage relance François Hollande dans la course à l'Elysée

Pôle Emploi

Après une forte hausse en août, le chômage a connu une baisse historique en septembre, avec 66 300 demandeurs d'emploi sans aucune activité en moins sur les listes de Pôle emploi. Une annonce qui a offert à François Hollande une immense bouffée d'oxygène, au vu des dernières semaines, marquées par une nouvelle dégradation de sa cote de popularité et la publication d'un livre de confessions peu flatteuses. De quoi relancer, selon la presse française, la possibilité et la crédibilité de sa candidature à l'élection présidentielle.

Troisième trimestre de baisse pour le chômage

"Après la déprime d'août, l'euphorie de septembre", écrit Libération. En effet, comme le relate le quotidien sur son site, "les statistiques de Pôle emploi ont fait un plongeon le mois dernier, avec une chute libre de 66 300 du nombre d’inscrits en catégorie A (sans activité), après une envolée de 50 200 en août". Dit autrement, le chômage a baissé de 1,9% en un mois, et de 1,7% depuis un an. Au total, 3,49 millions de Français restent à la recherche d'un emploi.

Les chiffres de septembre sont tous sauf anodins, expliquent Les Echos. Jamais, depuis 1996, le chômage n'avait autant baissé en un mois. De plus, comme Myriam El Khomri l'a elle-même rappelé dans un communiqué, "il agit du troisième trimestre consécutif de baisse, ce qui n'avait pas été constaté depuis 2008". La ministre du Travail l'affirme, "la baisse globale du nombre d'inscrits à Pôle emploi au mois de septembre est essentiellement liée à l'amélioration du retour à l'emploi". En attestent la progression de 2,4% des CDI signés au cours des trois derniers mois, ainsi que le nombre de personnes se trouvant en formation, resté stable, relate le quotidien économique.

Réagissant sur Facebook rapidement après l'annonce des chiffres, François Hollande s'est félicité de voir "le fruit de l'action engagée par le gouvernement à travers le pacte de responsabilité" [Le Figaro]. Mettant en avant "le dispositif embauche PME qui a dépassé les 800 000 recrutements", ou encore "le développement de l'apprentissage et le soutien à l'investissement", le président n'a pas boudé son plaisir. "L'essentiel, c'est que des femmes et des hommes aient pu retrouver un travail et une stabilité", a-t-il également déclaré [Le Monde].

"Ces bons chiffres concernent d'ailleurs toutes les tranches d'âge", indique BFM Business. Le chômage a en effet diminué "de 5,3% pour les moins de 25 ans" en septembre, et de 7% sur un an, précise le média économique. Les séniors également sont concernés par cette embellie. "Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a baissé de 0,2% le mois dernier", même si, tempère BFM Business, "cette catégorie d'âge reste largement touchée par le chômage de masse, avec une augmentation de 2,4%".

Trop tôt pour confirmer l'inversion de la courbe du chômage

Autre "bémol" à apporter à ce tableau idyllique : le nombre de demandeurs d'emploi situés dans les catégories B et C, c'est-à-dire ne disposant pas d'un travail à temps plein. Car si l'on ajoute ces personnes aux celles de la catégorie A, le total s'élève à 5,48 millions de chômeurs, en progression de 1% sur un an [Les Echos]. Partageant cette analyse, Marc Touati, président du cabinet ACDEFI, interrogé par RTL, est sans ambiguïté : "la réalité est donc beaucoup moins rose".

A cela s'ajoute que, depuis le début du quinquennat, "le nombre d'inscrits en catégorie A est toujours de +568 000", rappelle Libération. A cet égard, l'infographie animée que propose France Info sur son site est particulièrement éclairante. En constante hausse depuis 2012, la courbe du chômage ne tend à s'inverser que depuis mars 2016, tandis que le nombre de demandeurs d'emploi accuse une augmentation de 19,42% entre mai 2012 et septembre 2016.

Pour analyser la politique de François Hollande en faveur de l'emploi, le Huffington Post publie également cinq graphiques. Pour le média en ligne, si l'inversion de la courbe du chômage est pour l'heure un "échec total" et que la baisse durable du chômage n'est "toujours pas" une réalité, la "tendance s'améliore" néanmoins, et ce particulièrement pour les jeunes. Dans ce domaine, "mission réussie" pour le gouvernement tranche le Huffington Post, qui rappelle également que le chômage avait également augmenté de 58% durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, au cœur de la crise économique.

Un bol d'air pour le président, mais des doutes persistants sur ses chances en 2017

Il n'empêche, "ce bon chiffre du mois de septembre permet au gouvernement de recrédibiliser son discours", estime La Croix. "Un élément clé alors que François Hollande a fait du retournement de la courbe du chômage le préalable indispensable à une éventuelle nouvelle candidature". LCI ne dit pas autre chose. "Après une semaine de calvaire pour François Hollande, lâché par de nombreux soutiens et au plus bas dans les sondages, les statistiques ont offert au chef de l'Etat une occasion de reprendre son souffle mardi soir", écrit le média.

Suffisant en tout cas pour que les soutiens du président de la République retrouvent des couleurs. C'est le cas de François Rebsamen qui, sur Twitter a affirmé que "François Hollande pourra, s'il le souhaite, participer à l'élection présidentielle". Pour l'ancien ministre du Travail et fidèle du chef de l'Etat, "son engagement est tenu" [Le Monde].

Un enthousiasme qui, de manière prévisible, n'est pas partagé par l'opposition. Pour Eric Woerth, proche de Nicolas Sarkozy et ancien ministre du Budget, également cité par Le Monde, "il n'y a aucune durabilité" : "aux hausses massives se succèdent des baisses étranges", a-t-il argué. Tout autant sceptique, Nathalie Kosciuzko-Morizet, candidate à la primaire de la droite, a déclaré au micro du Grand Journal de Canal +, reprise par LCI : "François Hollande, c'est un million de chômeurs de plus en trois ans. Comment peut-on dire que c'est un pari réussi quand tant de gens souffrent du chômage?".

Dans cette mouvance, Le Point se montre ironique : "Hollande sauvé des eaux", scande l'hebdomadaire sur son site. Si la candidature du président à sa succession ne fait que "peu de suspense" pour le média, cette dernière risque d'être compliquée par "sa faible popularité [qui] tient autant sinon plus à un rejet de sa personnalité qu'à ses résultats". Encore plus que d'inverser durablement la courbe du chômage, c'est d'enfin "inspirer la confiance et la sérénité, sans le parasitage d'une Leonarda, d'un livre de confidences assassines, d'un ministre qu'on découvre corrompu ou d'une tribulation de sa vie privée", qui s'imposera à François Hollande. "C'est possible ?", s'interroge Le Point.