Droits fondamentaux

[Revue de presse] Droits de l'homme : Amnesty International dénonce de graves régressions en Europe

Manifestation

Dans son nouveau rapport annuel, Amnesty International n'épargne aucune région du monde. L'état des droits de l'homme en Europe préoccupe particulièrement l'organisation. Amnesty s'indigne notamment du sort réservé aux réfugiés ainsi que des atteintes aux libertés publiques dans le cadre des mesures de lutte contre le terrorisme. La banalisation des discours de haine sur le Vieux Continent est également dans le viseur de l'ONG.

Un recul historique des droits de l'homme

"En 2015, l’ONG dénonçait déjà une année 'catastrophique' dans le monde. En 2016, la situation a encore empiré", annonce Libération. Salil Shetty, le secrétaire général d'Amnesty International, cité par le quotidien, dresse un tableau particulièrement sombre : "2016 a été salie par l’ignorance, l’oubli et le mépris des droits humains", a-t-il ainsi comencé sa présentation, hier, du rapport annuel.

Le rapport a été présenté en France et non au Royaume-Uni, comme l'avait toujours fait Amnesty International depuis sa création en 1961. "En France, 'la patrie des droits de l'Homme' que 'le monde regarde', selon les mots de Salil Shetty […]. En France, où la situation des droits humains est 'extrêmement préoccupante', où 'les choses risquent de basculer'", rapportent Les Echos, qui voient dans le choix de la France "un symbole lourd".

Des discours de haine omniprésents

"La présentation était axée sur les dangers en Europe d’un discours de 'déshumanisation pratiquée par des partis qui peuvent se dire centristes', selon John Dalhuisen, directeur Europe et Asie centrale chez Amnesty", fait savoir La Croix. Le secrétaire général de l'ONG n'a pas de mots assez durs pour dénoncer la multiplication de ces propos : "en 2016, l’utilisation cynique de ces discours, qui rejettent la faute sur les 'autres' et distillent la peur et la haine, a atteint des niveaux inégalés depuis les années 1930", rapporte le journal.

"Les discours déshumanisants, c'est quand le premier ministre hongrois qualifie les migrants de 'poison', c'est quand Geert Wilders parle de la 'racaille marocaine', c'est aussi quand le premier ministre néerlandais écrit une lettre ouverte invitant les migrants à se comporter de façon 'normale' ou de rentrer chez eux", a souligné John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International, au cours de la présentation du rapport [Le Figaro].

Un traitement dégradant des réfugiés

Le sort des réfugiés en Europe figure parmi les principaux motifs d'inquiétude d'Amnesty International. Concernant la crise migratoire, "rien n'a changé, sinon en pire", selon Jean-François Dubost, responsable du programme protection des populations pour Amnesty International France, interrogé par Ouest France. Il constate une "généralisation de la rhétorique de la peur et de la haine, distillée par des responsables politiques, qui légitiment les violences contre les migrants en Europe".

Plusieurs pays européens sont épinglés par Amnesty, dont la France, qui n'a "pas pris ses responsabilités" dans l'accueil des réfugiés, selon la présidente d'Amnesty International France, Camille Blanc [Les Echos].

Dans le viseur d'Amnesty se trouve notamment l'accord UE-Turquie sur les migrants conclu l'année dernière, qui permet à l'Europe de renvoyer des réfugiés sur le territoire turc. Un accord que l'organisation qualifie d'"illégal et irresponsable", relate le quotidien suisse Le Temps. "Le rapport annuel d’Amnesty International montre que 36 pays ont violé le droit international en renvoyant illégalement des réfugiés dans des pays où leurs droits étaient menacés", rapporte également le journal.

Camille Blanc, dont les propos sont repris par La Croix, dit ainsi espérer que "cet accord ne sera pas dupliqué avec la Libye, le Niger ou le Soudan".

Des mesures anti-terroristes liberticides

Les politiques sécuritaires menées par plusieurs pays européens, notamment par la France, à la suite des attentats terroristes ayant frappé le Vieux Continent, sont également sévèrement critiquées par Amnesty International. Selon l'ONG, les multiples prolongations de l'état d'urgence en France ont mis à mal "certains droits fondamentaux". "Pour qu'un état d'urgence soit déclaré ou prolongé, il faut que les autorités en démontrent, à chaque fois, la nécessité", explique à Franceinfo Nicolas Krameyer, responsable du programme "Libertés" au sein d'Amnesty France. "Or, notre lecture, c'est qu'il n'y a plus de nécessité de l'état d'urgence, ou que cette nécessité n'est plus du tout démontrée par les autorités, ni même par les faits avancés", estime-t-il. Un constat partagé par l'avocat de la Ligue des droits de l'Homme, Patrice Spinosi, interviewé par le média, qui considère que le renouvellement de l'état d'urgence est une mesure "essentiellement politique".

Amnesty International ne se montre guère optimiste quant à l'évolution de la protection des droits de l'homme en Europe et dans le monde, prévoyant qu'il "est aussi assez peu probable que des grandes puissances usent de leur influence pour protéger les droits fondamentaux", indique Franceinfo. L'ONG en appelle ainsi à un "sursaut citoyen". "L’indignation de chacun doit provoquer des actions de solidarité qui défient les personnes au pouvoir afin de protéger les droits humains", selon Amnesty.