Commission européenne

[Revue de presse] Discours sur l'état de l'Union : quel avenir pour l'Union européenne?

Jean-Claude Juncker lors du discours sur l'état de l'Union

Après Emmanuel Macron à Athènes le 7 septembre, c'était hier au tour de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, de donner sa vision de l'avenir de l'Union européenne. A l'occasion de son Discours sur l'état de l'Union, relativement optimiste, le Luxembourgeois a fait des propositions différentes de celles du président français, et plus ou moins bien reçues…

Le débat est lancé

Dans un contexte économique bien plus favorable qu'en 2017 (la croissance européenne est actuellement supérieure à celle des Etats-Unis), "le président de la Commission européenne s'est montré bien plus téméraire qu'un an plus tôt, lors de son précédent discours, sombre et sans souffle, sur l'état de l'Union", commentent les Echos. Sur France info, le journaliste Quentin Dickinson qualifie même le discours d'"optimiste". Effectivement, confirme le quotidien belge [La Libre], "le contexte s'y prête, avec une double embellie politique et économique".

Le président de la Commission européenne a repris certaines des propositions qu'Emmanuel Macron avait formulées lors de son discours à Athènes le 7 septembre dernier : "voulu par le président Emmanuel Macron, le débat sur l’avenir de la zone euro est d’ores et déjà lancé", conclut ainsi Le Monde.

Pas d'Europe à plusieurs vitesses

Mais, la réforme de l'eurozone esquissée hier est différente de celle du président français. Jean-Claude Juncker a en effet "rejeté le triptyque poussé par [Emmanuel Macron] : un budget massif pour les 19 économies de l'euro, un ministre des Finances unique pour la monnaie commune et un Parlement distinct investi du contrôle politique" [Le Figaro].

Par exemple, "'le budget de la zone euro' est ramené par Juncker à une 'simple ligne' dans le budget communautaire", observe Libération. En termes de réformes institutionnelles, le président de la Commission a préféré proposer la fusion "des deux plus hautes présidences [Commission européenne et Conseil européen] en un seul poste, qui sera pourvu à l'issue d'une campagne électorale" [Politico], après la sortie du Royaume-Uni.

Et ce pour éviter que "le fossé entre l’Ouest et l’Europe centrale" ne "se [creuse] davantage" a alerté Jean-Claude Juncker à Libération.

Ainsi, Bruxelles estime "qu’à terme zone euro et UE ont vocation à se confondre ", traduit Le Monde. "Il ne s'agit non pas de diviser, mais d'unir et d'étendre à tous les États membres - sans exception - le bénéfice de la monnaie commune, de l'espace de Schengen et de l'union bancaire.", analyse également Le Figaro. "Une vitesse. Une monnaie. Un président.", résume enfin Politico.

Macron face à Juncker et Merkel ?

Pour Les Echos cependant, "la teneur du discours de Jean-Claude Juncker allait largement dans le sens souhaité par Emmanuel Macron : une Europe qui protège davantage tout en restant ouverte sur le monde". La Croix relève en effet les quelques propositions françaises reprises par le président de la Commission : "le contrôle des investissements étrangers, les accords commerciaux, le socle des droits sociaux, les conventions démocratiques dans toute l’Europe, et même l’importance de la culture".

Pour d'autres médias, toutefois, les positions du président de la Commission reflètent "fidèlement les réticences de Berlin" [Libération] qui ne souhaite pas avancer vers une intégration très poussée de la zone euro. En prenant de telles positions, "Juncker s'est solidement placé du côté de l'approche la plus prudente de la chancelière allemande", estime Politico. Les positions des Français et des Allemands " demeurent éloignées, avec Emmanuel Macron qui cherche des moyens plus ambitieux de partager la dette " [The Guardian].

Juncker, rêveur ?

Au-delà des oppositions franco-allemandes, les propositions de Jean-Claude Juncker ont suscité des résistances immédiates. Concernant un président de l'UE, le Premier ministre danois, Lars Løkke Rasmussen a annoncé : "ne mélangeons pas les rôles et les compétences", [Politico]. Par ailleurs, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a qualifié M. Juncker de "romantique", citant la célèbre phrase d’Helmut Schmidt : "Celui qui a des visions devrait aller chez le docteur", rapporte Le Temps.

De son côté, l'Irlande devrait résister "à toute tentative de la faire renoncer à son droit de veto concernant la fiscalité européenne" [The Guardian]. "L'aboutissement, ou non, du dossier emblématique de la fiscalité des géants du numérique permettra de tester les bonnes volontés des uns et des autres", concluent Les Echos.

L'Europe fait par ailleurs face à "un problème très épineux" [Le Temps] que M. Juncker n'a pas abordé : "[il] n'a pas nommé la Pologne et la Hongrie lorsqu'il a parlé des valeurs européennes et de l'Etat de droit" [The Guardian] alors qu'"il s'y développe une forme de 'populisme autoritaire illibéral' ", explique Le Temps. Toutefois, l'"hommage particulier" de Jean-Claude Juncker à l'Italie et à son action en Méditerranée pour le sauvetage des migrants n'est pas passée inaperçue [La Repubblica]. Pour le président de la Commission, cité par le Corriere Della Sera, "l'Italie sauve l'honneur de l'Europe" grâce à "sa persévérance et à sa générosité", face au refus de la Pologne et de la Hongrie d'accepter la politique des quotas migratoires.

Après l'intervention du président de la Commission, des eurodéputés espagnols de tout bord lui ont demandé "qu'il intervienne en leur faveur dans le conflit catalan" [La Vanguardia]. Interrogé sur le sujet, Jean-Claude Juncker a maintenu sa position en faveur des décisions prises par les tribunaux espagnols interdisant la tenue d'un référendum sur la Catalogne [La Vanguardia].