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Allemagne

[Revue de Presse] Crise migratoire : Merkel défend la Grèce et condamne la fermeture des frontières

Angela Merkel sur la chaîne ARD - 28 février 2016

"Pouvez-vous sérieusement croire que les pays de l’euro ont combattu jusqu’au dernier pour que la Grèce reste dans l’euro (…) pour qu’un an plus tard, en fin de compte, on laisse pour ainsi dire la Grèce plonger dans le chaos ?".

Ainsi s'exprimait hier Angela Merkel, lors d’une émission télévisée sur la chaîne publique allemande ARD, appelant à ne pas "abandonner ainsi" Athènes qui ne parvient plus à gérer l'arrivée de réfugiés sur son territoire.

La Grèce menacée par les quotas en Autriche et dans les Balkans

Un peu plus tôt dans la journée, rapporte Le Monde, "le ministre chargé de la politique migratoire grecque (…) a annoncé (…) que près de 22 000 personnes sont actuellement bloquées sur le territoire grec, notamment à la frontière avec la Macédoine. Selon lui, avec les quotas imposés successivement par les pays des Balkans aux migrants qui arrivent en Grèce, 'entre 50 000 et 70 000 individus' pourraient être 'pris au piège' dès le mois de mars dans le pays".

"Porte d'entrée en Europe pour les migrants, notamment les Syriens fuyant la guerre et venant de Turquie" [La Tribune], le pays est désormais contraint d'en accueillir le plus grand nombre, après la décision des Etats voisins de réduire drastiquement les passages à leurs frontières.

Plusieurs pays des Balkans ont ainsi "emboîté le pas à l'Autriche qui a choisi il y a plus d'une semaine de limiter l'entrée des migrants à 80 demandeurs d'asile par jour, et à 3 200 personnes en transit" [Challenges]. Vendredi, la Slovénie, la Croatie, la Serbie et la Macédoine ont décidé de réduire à 580 le nombre d'hommes, de femmes et d'enfants transitant quotidiennement par leur territoire.

Et le chancelier autrichien Werner Faymann a enfoncé le clou dimanche, accusant Athènes de se comporter "comme une agence de voyages" en laissant librement passer les migrants [Challenges].

Or si les contrôles aux frontières sont prolongés, la Grèce risque de se voir exclue de fait de l’espace Schengen. "Personne ne peut envisager de faire de la Grèce un camp géant de migrants en Europe", croit bon de rappeler un diplomate européen cité par La Croix.

Le "foutu devoir" d'Angela Merkel

C'est donc plus particulièrement à ces mesures que la chancelière allemande s'en est prise hier sur les plateaux de télévision. "Nous aurions pu attendre le Conseil européen du 18 mars", a-t-elle regretté. Ainsi, on "aurait eu un peu plus de temps" pour "penser à la façon dont nous pourrions mettre en place la réinstallation" des réfugiés [Der Standard].

Angela Merkel a rappelé son objectif : conclure "un accord avec la Turquie prévoyant une protection des frontières extérieures de l’Europe en échange d’aide financière et de contingents de demandeurs d’asiles légaux venant en Europe", notent Les Echos.

Elle espère ainsi que "les discussions programmées entre les dirigeants européens et la Turquie le 7 mars, puis le sommet européen sur l'immigration des 18-19 mars permettront de sortir l'Europe de l'impasse et de la course au rétablissement des frontières" [La Tribune].

"Mon foutu devoir et mon obligation est que cette Europe trouve un chemin ensemble", a poursuivi la chancelière "avec une verve inhabituelle" face à la journaliste Anne Will, en insistant sur le fait "qu'il n'y avait selon elle pas de 'plan B' à l'accord conclu entre Bruxelles et Ankara pour réduire l'afflux de migrants" [La Tribune].

Une position confirmée par le président du Conseil européen Donald Tusk cité par La Croix : "Nous devons éviter les batailles entre plans A, B, C. Cela est insensé et crée des divisions au sein de l’Europe", a-t-il déploré.

Celui-ci est attendu cette semaine à Vienne, à Ljubljana, à Zagreb, à Skopje et à Athènes, les principales capitales le long de la route des Balkans, où il tentera d'arracher un "hypothétique consensus" avant les prochains sommets [Challenges].

Elections du 13 mars : quel impact ?

Pour les observateurs, objecte cependant RFI, "la chose est entendue, Angela Merkel a, bien sûr, un plan B. Le gouvernement envisagerait de fermer les frontières, mais il n'est pas question d'aborder le sujet avant les élections régionales du 13 mars dans trois Länder du pays, de peur d'être accusé d'opportunisme".

Car depuis plusieurs mois, remarque la Süddeutsche Zeitung, la pression s'est accentuée sur la chancelière. En témoigne le fait qu'elle ait décidé, trois jours auparavant seulement, de revenir sur le plateau d'ARD ce dimanche pour expliquer sa politique migratoire.

Ainsi a-t-elle déclaré hier "comprendre que, selon un sondage récent, 81% des Allemands pensaient que son gouvernement avait perdu le contrôle de la crise des migrants" [Financial Times]. Tout en rejetant "la proposition soutenue par beaucoup (…) d'introduire des quotas migratoires". Un autre membre du parti conservateur, Guido Wolf, a en effet demandé la semaine dernière de fixer "un plafond quotidien de demandeurs d’asile, à l’instar de l’Autriche", relèvent Les Echos.

"Ironie de ce scrutin", poursuit le journal en ligne, "l’actuel ministre-président et candidat écologiste (Vert) à sa réélection est le plus grand soutien d’Angela Merkel". Une chancelière qui se retrouve aujourd'hui "plus ou moins lâchée par son propre parti".