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Immigration et asile

[Revue de Presse] Crise migratoire : l'UE s'apprête à dévoiler un plan d'aide humanitaire pour la Grèce

Migrants à la frontière greco-macédonienne (c) Freedom House

Après l'appel à l'aide de la Grèce, l'Union européenne devrait débloquer des fonds pour éviter que les réfugiés bloqués dans le pays soient confrontés à une "crise humanitaire". Une situation encore impensable il y a quelque temps et qui, pour beaucoup, révèle l'irresponsabilité des Etats européens.

Une première depuis la Seconde Guerre mondiale

"Rwanda, Syrie, Haïti : l'Union européenne a toujours participé comme donateur aux actions d'urgence internationale, mais personne n'avait envisagé la possibilité d'affronter une de ces crises à l'intérieur de ses frontières", relève ce matin le site espagnol El Pais.

Et pourtant, poursuit La Repubblica, "pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale", une intervention urgente est en préparation à Bruxelles "afin d'éviter une véritable tragédie humanitaire sur le territoire européen".

"Confrontée en moyenne à l'arrivée de 2 à 3000 réfugiés en provenance de Turquie chaque jour, la Grèce a déclaré [hier] que l'afflux menaçait de submerger ses ressources (...) et a demandé à l'UE des fonds d'urgence de 480 millions d'euros permettant d'abriter jusqu'à 100 000 réfugiés si nécessaire" [The Guardian].

"Nous ne sommes pas en mesure de faire face à l'ensemble des réfugiés qui arrivent", a prévenu la porte-parole du gouvernement Olga Gerovassili [L'Express].

La réponse européenne ne devrait pas se faire attendre : dès aujourd'hui le commissaire européen à l'Aide humanitaire, Christos Stylianides, doit "proposer à Bruxelles d'allouer une partie de l'aide humanitaire de l'UE aux pays qui doivent accueillir massivement réfugiés et migrants" [L'Express], comme s'ils étaient "utilisés pour répondre aux crises hors d'Europe" [BBC News].

"Le budget ordinaire de l’UE ne prévoit pas ou peu pour l’aide humanitaire aux Etats membres", note en effet Le Temps. La solution serait donc "d’utiliser une partie de l’aide destinée initialement aux pays tiers".

Selon ce plan, poursuit la BBC, "les agences humanitaires de l'UE travailleraient pour la première fois directement avec l'ONU et d'autres groupes au sein de l'Europe, plutôt que de verser de l'argent aux Etats membres individuellement".

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), "qui a une longue expérience dans la gestion des camps de réfugiés, sera en première ligne sur le plan opérationnel. [L'organisation] est déjà présente dans huit centres d’intervention en Grèce" [Le Temps].

L'Europe "à l'aube d'une crise humanitaire"

Car "les chiffres sont sans appel", estime Le Figaro : "122.637 nouveaux arrivants ont débarqué dans les îles de la mer Égée depuis le début de l'année, d'après le HCR. L'agence humanitaire de l'ONU dénonce d'un même trait l'incapacité des Vingt-Huit à s'organiser et à prendre en charge collectivement les réfugiés".

"La Grèce notamment estime avoir besoin de près de 500 millions d'euros pour organiser l'accueil de 100 000 réfugiés et tente de gérer une situation devenue intenable à sa frontière avec la Macédoine". Des milliers de migrants y "sont bloqués par les restrictions imposées à leur accès par plusieurs Etats européens", rapporte L'Express.

"Quelque 24 000 hommes, femmes et enfants ont besoin de secours immédiats, dont 8 500 se trouvant près du village grec d’Idomeni, proche de la frontière macédonienne. Plusieurs centaines d’entre eux, qui doivent passer la nuit à ciel ouvert, sont en manque de nourriture, d’eau et de sanitaires" [Le Temps].

"Depuis la semaine dernière je dors dehors parce qu'il n'y a pas de tentes disponibles et je peux vous dire que je ne suis pas le seul", se désespère ainsi l'un d'eux, cité par The Guardian. "Mes amis et moi sommes ici depuis exactement sept jours. Chaque jour, nous avons un sandwich. Rien d'autre. Nous avons faim". "Les files d'attente sont si longues que les gens s'évanouissent", poursuit une membre d'ONG sur place.

Hier le HCR a dénoncé la gestion européenne de la crise migratoire, déclarant que le continent était "à l'aube d'une crise humanitaire en grande partie auto-induite". Les agences humanitaires et les ONG ont quant à elles qualifié la réponse européenne à cette crise "inadmissible", avec des Etats totalement divisés lors des sommets d'urgence et des scènes désespérantes à travers le continent "comme à la frontière gréco-macédonienne ou dans le camp de fortune de Calais" [The Guardian].

Cacophonie européenne

Nouvelle marque de ces divisions entre Vingt-Huit, le chancelier autrichien Werner Faymann a proposé hier "que l'Allemagne aille chercher directement les réfugiés en Grèce", relate le Spiegel Online. Une réponse à la chancelière allemande, qui a reproché à l'Autriche d'avoir instauré des quotas de migrations à ses frontières et incité les Balkans à en faire de même. Werner Faymann a ainsi suggéré que l'Allemagne introduise des quotas de réfugiés en provenance de Grèce, tout en l'accusant de limiter déjà elle-même l'entrée des réfugiés passant par l'Autriche…

Pour tenter de mettre fin à cette "cacophonie européenne (...), le président du Conseil européen, Donald Tusk, a entamé mardi à Vienne une tournée dans les Balkans et se rendra jeudi et vendredi en Turquie avant un sommet européen le 7 mars à Bruxelles auquel assistera Ankara" [L'Express].

Car au-delà du plan d'aide humanitaire, "l'Union européenne a également besoin de réduire le flux des nouvelles arrivées", rappelle BBC News. "Ce qui signifie une meilleure coopération avec la Turquie".

Signe des avancées de cette coopération et message fort adressé aux demandeurs d'asile, 308 d'entre eux "seront renvoyés mardi et mercredi en Turquie dans le cadre de 'l’accord de réadmission' signé entre les deux pays en 2002", rapporte Libération. En vertu de ce dernier, "la Grèce a tenté à plusieurs reprises de renvoyer des migrants en Turquie, d’où ils avaient gagné la Grèce et puis vers d’autres pays européens, mais Ankara a souvent refusé de les accueillir".

Après le sommet UE-Turquie, les dirigeants européens se reverront pour une réunion potentiellement cruciale à la mi-mars. Ils "tenteront de forger de nouvelles règles pour la gestion des demandes d'asile suite à la rupture du système actuel" [The Guardian]. Et discuteront d'un plan controversé visant à abolir les règles de Dublin, en vertu desquelles les demandeurs d'asile doivent s'inscrire dans le premier pays où ils arrivent.