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Immigration et asile

[Revue de Presse] Crise migratoire : l'UE réagit enfin et débloque 300 millions d'euros d'aide humanitaire pour la Grèce

Réfugiée afghane à Lesbos

Pour la première fois de son histoire, l'Union européenne a officialisé, hier, le versement d'une aide humanitaire pour aider la Grèce à faire face à la crise migratoire. 300 millions d'euros devraient ainsi être débloqués dans les prochains jours et 400 millions supplémentaires pourraient être versés à tous les pays concernés d'ici à 2018. Cette réaction tardive de la part de Bruxelles, la presse française européenne ne manque pas de la commenter, rappelant la désunion criante des Etats membres dans ce domaine et les risques pesant sur l'avenir de l'espace Schengen.

700 millions d'euros d'ici à 2018

"Schengen vole en éclats, Bruxelles s'alarme enfin". Le titre de L'Obs, qui propose également plusieurs cartes représentant les flux migratoires en Europe, illustre bien l'urgence de la situation dans ce pays submergé par les arrivées de migrants et faisant face à la fermeture des frontières de ses voisins, Macédoine en tête.

Comme l'explique Libération (avec l'AFP), "presque 10 000 migrants sont bloqués à la frontière entre la Grèce et la Macédoine" actuellement. Hier, seuls 170 réfugiés syriens et irakiens ont été autorisés à passer.

Dans ce contexte tendu, une réaction européenne était par conséquent indispensable. En urgence, relate Cécile Ducourtieux pour Le Monde, "la Commission de Bruxelles a annoncé, mercredi 2 mars, le déblocage d'une 'aide humanitaire' pour Athènes, d'au moins 300 millions d'euros". Il s'agit "d'une première", poursuit le quotidien : "jamais dans l'histoire de l'Union, ce type d'aide n'avait jusqu'à présent été nécessaire".

Au cours des deux prochaines années, 400 millions d'euros supplémentaires pourront également être dégagés pour la Grèce, et tous les pays concernés par la crise migratoire. Ces fonds, explique le quotidien britannique The Guardian, devraient être disponibles "dans les quinze jours", une fois que les budgets européens – rigides et difficilement modifiables – "auront été révisés". Par ailleurs, la Commission a fait savoir que l'aide humanitaire européenne destinée aux pays tiers, et s'élevant à environ 1,1 milliard d'euros par an, ne serait pas affectée [Le Monde].

Merkel et Tsipras maintenant main dans la main

Toutefois, la presse française ne manque pas de rappeler que cette réaction européenne arrive bien tardivement et qu'elle risque fort de ne pas être suffisante. Cité par Les Echos, Vincent Cochetel, directeur du bureau européen de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, prévient en effet que "quoi qu'il arrive, ce n'est qu'une assistance financière, et la Grèce a aussi besoin que le programme européen de relocalisation marche enfin et que les procédures de réadmission des migrants illégaux en Turquie soient enclenchées".

Des sujets épineux qui s'imposeront justement aux dirigeants européens le 7 mars, lors d'un sommet avec la Turquie, puis les 18 et 19 mars à l'occasion d'un nouveau Conseil européen dédié à la crise migratoire.

Pourtant sous pression dans son pays où les autorités ne parviennent pas à faire face aux demandes d'asile [Der Spiegel], la chancelière allemande, en première ligne sur cette question, s'apprête à "repartir à l'offensive" d'après Le Figaro. Pour ce faire, elle a "rallié à sa cause le plus improbable des renforts : Alexis Tsipras, l'homme qui s'est fait élire à Athènes en jurant de casser l'hégémonie germanique", explique le quotidien. "Aux deux extrémités de la 'route' des Balkans, c'est même l'entente cordiale", poursuit encore Le Figaro. Un diplomate grec interrogé allant même jusqu'à assurer qu'"avec les Allemands, nous sommes désormais d'accord sur presque tout".

Convaincre l'Europe orientale

Dans leur opération séduction, Allemagne et Grèce auront néanmoins la lourde tâche d'inverser la mauvaise volonté de bon nombre d'Etats membres. A cet égard, l'un des plus coriaces interlocuteurs de Berlin et Athènes sera certainement Varsovie. Interviewé par le quotidien italien La Repubblica, Witold Waszcykowski, ministre polonais des Affaires étrangères, a été jusqu'à déclarer que "l'UE ne pouvait faire chanter la Pologne sur les réfugiés". Et d'ajouter que "l'invasion des migrants va s'arrêter" et que "la priorité doit rester la sécurité des citoyens européens".

De plus, comme l'indique le quotidien espagnol El Pais, "la population de six pays de l'UE est contre l'aide aux réfugiés". En effet, selon un Eurobaromètre publié hier, les citoyens interrogés en Hongrie, République tchèque, Bulgarie, Slovaquie, Lettonie et Italie se sont majoritairement prononcé contre l'aide aux réfugiés.

Quelle attitude de la France ?

Par conséquent, l'action de la France lors de ces prochaines échéances européennes pourrait s'avérer décisive. A en croire Le Figaro, François Hollande serait plutôt enclin à "fixer le bout de ses chaussures en espérant que l'orage passe". Quoiqu'il en soit, la question migratoire devrait être abordée aujourd'hui à Amiens alors que le président reçoit David Cameron pour un sommet franco-britannique.

L'avenir de la "jungle" de Calais sera au cœur des discussions selon Le Point (avec l'AFP). Si "Paris ne compte pas remettre en cause les accords du Touquet de 2003 régissant la gestion de la frontière franco-britannique (…), la France veut en revanche une aide substantielle de Londres pour l'ouverture de nouveaux centres d'accueil, la sécurisation des infrastructures portuaires de Calais, Dunkerque et du tunnel sous la Manche et la lutte contre les filières clandestines", énumère l'hebdomadaire. La contribution britannique pourrait ainsi passer de 60 à 80 millions d'euros, d'après Harlem Désir, secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes. Au passage, Emmanuel Macron, ministre de l'Economie et électron libre du gouvernement, a profité d'une interview au Financial Times pour prévenir qu'en cas de Brexit, la France "cesserait de retenir les migrants à Calais".