Dossier Vacances 2016
Immigration et asile

[Revue de Presse] Crise migratoire : 10 jours pour éviter un scénario catastrophe

Conseil des Affaires intérieures du 25 février 2016

Alors que de plus en plus de pays prennent des mesures isolées pour restreindre l'arrivée de migrants sur leur territoire, les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne n'ont pas caché hier leurs profondes divergences lors d'une nouvelle réunion à Bruxelles. Accusée par plusieurs Etats menés par l'Autriche de mal contrôler ses frontières, la Grèce a été jusqu'à rappeler son ambassadeur à Vienne. Le commissaire européen chargé des Migrations a quant à lui réitéré son appel à trouver une solution sous dix jours, sans quoi "il y a un risque que le système s’effondre complètement".

L'Europe du chacun pour soi

"La réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union, jeudi 25 février à Bruxelles, a donné une nouvelle preuve, édifiante, désespérante, de son incapacité à surmonter la crise des migrants", déplore ce matin Le Monde. Un jugement confirmé par Les Echos, pour qui "l’échec de la rencontre [est] patent, les Etats ne cherchant même pas à cacher leurs divisions".

"Les ministres ont certes réitéré leur volonté de trouver des 'solutions européennes', de poursuivre dans la voie de la relocalisation des réfugiés décidée en 2015, de continuer à miser sur les 'hotspots' (les centres d’enregistrement et de tri en Italie et en Grèce), mais les pays des Balkans et d’Europe centrale, à commencer par l’Autriche, ne sont pas revenus sur leurs 'décisions unilatérales' de ne plus faire passer les migrants, et même les réfugiés, qu’au compte-gouttes" [Le Monde].

 

Hier, c'est pourtant la France qui a "donné le coup d’envoi [des hostilités], Bernard Cazeneuve critiquant à son arrivée la 'décision étrange' de la Belgique de rétablir des contrôles à ses frontières" [Les Echos].

Mais les tensions ont atteint leur point culminant au sujet de la Grèce : "Montrée du doigt par plusieurs pays emmenés par l'Autriche qui lui reprochent de ne pas suffisamment protéger la frontière extérieure de l'UE (…), la Grèce a vertement répliqué (…). 'L'Autriche nous traite comme des ennemis', s'est exclamé le ministre grec Yannis Mouzalas devant ses homologues, selon une source diplomatique, tandis que, dans le même temps, Athènes rappelait son ambassadrice à Vienne pour des 'consultations'" [AFP/Le Point].

L'Autriche, "qui a instauré un quota quotidien de demandes d'asile acceptées ainsi que de migrants autorisés à traverser son territoire (3 200), est particulièrement visée par les critiques" d'Athènes mais aussi de Bruxelles [AFP/Le Point].

Or, remarque The Guardian, "un pays de l'UE rappelant son ambassadeur d'un autre pays de l'UE semble sans précédent, et met en évidence la profondeur des divisions et des griefs en Europe sur la crise des réfugiés".

Une crise humanitaire en Grèce

Car la Grèce est confrontée à un afflux qu'elle ne parvient plus à gérer. "Depuis début janvier, plus de 102 000 migrants ont ainsi gagné ce pays par la Méditerranée, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM)" que cite l'AFP/Le Point. "Elle est d'autant plus débordée que le plan de répartition des demandeurs d'asile arrivés sur son sol dans d'autres pays de l'UE peine toujours à être mis en œuvre (…). Et la décision de la Macédoine de refuser le passage aux Afghans à sa frontière avec la Grèce, et d'exiger des Syriens et Irakiens des papiers d'identité, a alourdi la tâche des Grecs et plongé dans le désarroi des migrants déboussolés" [AFP/Le Point].

Face à l'urgence, "les fonctionnaires de la Commission planchent sur une proposition d’aide 'humanitaire' à la Grèce. Du jamais vu", estime Le Monde. "Sur le terrain, la situation est déjà alarmante. Entre 12 000 (selon Médecins sans frontières) et 20 000 (ministère de la défense) migrants sont aujourd’hui bloqués dans le pays".

Ainsi, poursuit Le Monde, "les gouvernements semblent entrés en mode 'panique'. Ils sont tétanisés par les arrivées depuis janvier en Grèce (102 000 migrants), et la perspective de flux encore plus élevés au printemps (…). Angela Merkel est désormais seule en Europe – avec la Commission – à défendre encore l’accueil des réfugiés".

Die Welt voit cependant dans cette "tragédie grecque" une opportunité pour la coopération européenne défendue par la chancelière allemande : "si la Grèce est débordée, l'Europe pourrait être forcée d'agir".

La Turquie seule voie de recours ? 

D'un autre côté, Berlin compte également sur la coopération d'Ankara pour bloquer le passage des migrants vers l'Europe. La Turquie, qui rencontrera à nouveau les Etats européens le 7 mars, a signé un plan d’action avec l’Union le 29 novembre dernier pour limiter les flux de migrants quittant ses côtes pour la Grèce. Un accord resté en grande partie lettre morte.

Le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, a ainsi lancé un ultimatum au pays, rapporte Le Figaro : l'Allemagne laisse "dix jours à la Turquie pour prouver sa bonne foi en réduisant 'considérablement' l'exode de réfugiés et de migrants traversant la mer Égée, faute de quoi l'Europe ne pourrait plus échapper à la fermeture en série de frontières nationales".

Un message qui vise toutefois "autant Ankara qu'Athènes et les autres capitales, celles qui ont jusqu'ici laissé le flux des nouveaux arrivants remonter jusqu'à la République fédérale", et qui obéit également à des enjeux nationaux : des élections régionales cruciales pour le parti conservateur. "Le pays organise plusieurs élections régionales le 13 mars prochain et la chancelière Angela Merkel doit nécessairement faire passer le message qu'elle contrôle la situation", renchérit El Pais. Tandis que Die Zeit cite une étude montrant que, si un tiers des Allemands agit pour aider les réfugiés, plus des trois quarts considèrent que "ces migrations comportent plus de risques que d'opportunités à court terme".

Si la collaboration de la Turquie est perçue par certains comme l'une des principales clés en vue d'une sortie de crise, d'autres pays européens se montrent toutefois "sceptiques sur son efficacité", prévient L'Obs. Tandis que pour The Guardian, un certain nombre "espèrent que ce plan échouera".

"Sans signe de ralentissement du nombre de réfugiés arrivant en Grèce (…), et tandis que l'Autriche, la Hongrie et la Belgique prennent des mesures unilatérales pour imposer des contrôles aux frontières, les responsables estiment que les progrès de ce sommet seront minimes", confirme The Irish Times.

Le scénario du pire

Dès lors se profile un "scénario catastrophe" pour Le Figaro : si cette diminution du nombre de réfugiés à la frontière turco-grecque ne se produit pas, "Berlin restreint drastiquement les réfugiés admis sur son territoire, après les avoir généreusement invités l'été dernier. Fût-ce de manière coordonnée, les frontières se refermeraient à travers toute l'Europe, comme dans une réaction en chaîne. 'Pour Schengen, ce pourrait être le signal de la fin', concède un ambassadeur".

Une éventualité appuyée par The Guardian, pour qui "les ministres semblent s'être fixé la date limite du 7 Mars avant de recourir à un 'plan B' (…) qui évincerait la Grèce de l'espace Schengen et suspendrait probablement cet espace pendant deux ans, tandis que les contrôles aux frontières nationales se multiplieraient dans toute l'UE".

"Nous risquons de sombrer dans l’anarchie", a reconnu Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères repris par Les Echos. Cité par Libération, "Dimitris Avramopoulos, commissaire de l'UE chargé de la Migration, y est aussi allé franco jeudi, estimant qu'il restait à l'Europe dix jours (…) pour faire baisser les flux arrivant de ce pays : 'Il nous faut des résultats clairs et tangibles sur le terrain, a-t-il indiqué après une réunion des 28 ministres de l’Intérieur à Bruxelles. Autrement, il y a un risque que le système s’effondre complètement'". Un plaidoyer qui, pour The Guardian, ne fait que "souligner à quel point la Commission de Bruxelles est ignorée et contournée"…