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Immigration et asile

[Revue de Presse] Crise des réfugiés : la Turquie négocie des contreparties en vue d'un accord lors du prochain Conseil européen

Sommet UE Turquie

Après une nuit de discussions, les dirigeants européens et le Premier ministre turc se sont donnés dix jours pour finaliser un accord qui permettrait de soulager les autorités grecques et limiter l'afflux des migrants. Mais de nombreux aspects du plan proposé par Angela Merkel et Ahmet Davutoglu posent encore problème.

La Turquie accepte de réintégrer les migrants actuellement coincés en Grèce, mais pose ses conditions

"Le temps des migrations irrégulières en Europe est révolu". C'est par ces mots ambitieux de Donald Tusk, rapportés par Le Point, que s'est conclu le sommet européen qui s'est tenu hier à Bruxelles. Plus concrètement, la solution envisagée pour résoudre la crise des migrants en mer Egée consisterait à "sous-traiter à la Turquie la gestion de la crise migratoire" [Les Echos].

Ce plan d'action, décidé en amont lors d'une réunion entre la chancelière Angela Merkel et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu puis proposé hier aux dirigeants européens, vise à "renvoyer massivement des Syriens déjà présents dans les îles grecques, y compris certains qui y auraient déjà déposé une demande d’asile, vers la Turquie", explique Le Monde. Puis dans un second temps, "sur la base 'd’un Syrien pour un Syrien', d’acheminer ceux qui sont dans des camps en Turquie directement vers l’Europe, selon une procédure contrôlée, co-pilotée par les Nations unies."

Pour faire taire les critiques quant à l'éventuelle illégalité d'un tel déplacement de réfugiés au regard de la Convention de Genève ("sur une base non volontaire", rappelle Le Monde), les dirigeants européens préfèrent mettre en avant la lutte contre le trafic d'être humain actuellement en œuvre en mer Egée. "Cela briserait le 'business model' des trafiquants d'êtres humains et le lien entre le fait de monter dans un bateau et de trouver un accueil en Europe" indique le Premier ministre britannique David Cameron dans Challenges.

Face à cette proposition majeure, Ankara pose toutefois de nombreuses exigences. "Ahmet Davutoglu a réclamé une aide additionnelle de 3 milliards d’euros,  s’ajoutant aux 3 milliards déjà décidés mais pas encore déboursés, ce dont s’est plaint le président turc Erdogan depuis Ankara", indiquent Les Echos. De plus "la Turquie a également insisté sur son souhait d'accélérer les négociations pour supprimer 'd'ici juin' les visas pour les Turcs circulant dans l'espace Schengen" [Francetv info] et le Premier ministre turc de conclure : "nous voulons que cinq chapitres de négociations soient ouverts aussi vite que possible" en vue de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

Un accord loin de faire l'unanimité

Toutefois, dans la presse comme chez certains dirigeants, le plan de relocalisation des réfugiés fait face à de nombreuses interrogations, sur le plan pratique comme sur le plan moral, qui contrastent avec l'optimisme apparent de M. Tusk et de Jean-Claude Juncker. Pour le président de la Commission européen, il s'agit  d'"un bon accord" [Francetv info].

"Le président tchèque Milos Zeman a évoqué '3 milliards gaspillés'. Le gouvernement suédois veut consulter son parlement. Les Chypriotes ont rappelé qu’ils s’opposaient à l’ouverture de chapitres de négociations supplémentaires dans le cadre du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE", explique Le Monde. Certains diplomates n'ont pas hésité à parler de "sommet du n'importe quoi". "Je veux une référence à la liberté de la presse, ou bien je ne signe pas", aurait dit Renzi selon le Corriere della Sera.

La presse européenne ne mâche pas non plus ses mots : alors que Le Monde se demande si l'UE ne va pas devoir "renoncer à ses valeurs morales pour en finir avec une crise des migrants qu’elle n’a jusqu’à présent pas su surmonter", le journal espagnol El Pais titre "Le pacte de la honte" et son confrère La Vanguardia "L'Union européenne opte pour une ligne dure". En Belgique, la timidité des prises de décisions déçoit la RTBF : "Ce sommet de la dernière chance, comme certains l'avaient qualifié, a duré douze heures et a accouché d'une souris". Au Royaume-Uni, le Guardian et le Financial Times évoquent tous les deux une Europe "désespérée" face au défi de la réduction du flux des migrants.

Pour conclure, Le Monde souligne que "le seul vainqueur de ce sommet aura été le Premier ministre turc qui est parvenu à éviter toute critique sur la liberté de la presse alors que le journal d’opposition à grand tirage Zaman a été mis sous tutelle par le régime Erdogan" alors que l'adoption d'un accord dans dix jours (les 18 et 19 mars) n'est pas encore actée.